Politique | 23.11.2014

La politique familiale, un avantage pour les entreprises

Choisir entre une carrière professionnelle et une vie de famille ? Voilà  qui peut sembler risible. Pourtant de nombreux obstacles restent présents. Améliorer la situation est dans l'intérêt de tous. Anne Küng Gugler, responsable du dossier "Travail et famille / Femmes et carrière" au Secrétariat d'Etat à  l'économie (SECO), nous livre les enjeux d'une politique familiale sur la scène économique et sociale.
Anne Küng Gugler: "Si les jeunes communiquaient leurs besoins aux entreprises de manière plus systématique et massive, ces dernières adapteraient probablement davantage leur politique."
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La conciliation professionnelle et familiale est-elle un enjeu politique ou économique ?

L’enjeu politique de la conciliation travail-famille est double: social et économique. Au niveau social, la politique familiale permet de lutter contre la pauvreté: le fait d’avoir un second revenu dans la famille améliore la situation, notamment en cas de divorce, de chômage ou d’invalidité. Elle encourage l’égalité homme-femme: les femmes sont professionnellement actives et financièrement indépendantes. Pour ce qui est de la natalité, le fait qu’une femme n’ait plus à  choisir entre sa carrière et sa famille représente un progrès! L’accueil extra-familial favorise une meilleure intégration sociale et scolaire des enfants, surtout – des études l’ont démontré – dans les milieux défavorisés.

 

Sur le plan économique, la conciliation travail-famille contribue à  augmenter le nombre d’actifs, ce qui améliore le financement des assurances sociales, un point important en regard du vieillissement démographique. Face à  la pénurie de la main d’Š«uvre qualifiée qui se dessine, en particulier après la votation du 9 février 2014, les ressources humaines indigènes, en particulier celles des femmes, doivent être mieux utilisées. Une femme davantage présente sur le marché de l’emploi améliore ses perspectives professionnelles.

 

Comment l’Etat agit-il ?

L’Etat agit surtout dans le domaine de l’accueil extra-familial : les communes (parfois aussi les cantons) subventionnent les crèches et structures d’accueil parascolaire, selon un barème dégressif en fonction du revenu des parents. L’Etat doit également veiller à  ce que la fiscalité ne décourage pas deux revenus dans un ménage, comme c’est le cas notamment, malgré des progrès, pour les couples mariés. En ce qui concerne les conditions de travail favorables à  la famille, mis à  part un congé maternité de seize semaines, l’Etat laisse aux entreprises le soin de s’entendre directement avec leurs employés sur des solutions qui profitent aux uns et aux autres. Il se limite à  informer et sensibiliser ces dernières.

 

Quelle est la situation dans les entreprises en Suisse ?

Il n’existe pas de statistiques exhaustives. Par ailleurs, ces politiques d’entreprise sont difficiles à  évaluer: il peut y avoir un écart important entre ce qui figure sur le papier et la pratique. L’adhésion des cadres des différents échelons hiérarchiques joue un rôle primordial.

 

Quelles sont les retombées positives d’une politique familiale au sein d’une entreprise ?

Ces retombées positives, appelées « business case », sont nombreuses. Les employés sont plus productifs : ils sont davantage satisfaits et motivés, moins absents et plus loyaux envers leur employeur. Il en résulte une réduction des coûts de recrutement et d’initiation de nouveaux collaborateurs, et les carrières en interne sont favorisées. Une culture d’entreprise davantage basée sur les résultats que sur le temps de présence favorise l’autonomie et la polyvalence des employés et diminue les risques pour l’entreprise en cas de départ d’une personne-clé. Une entreprise qui pratique une telle politique détient des atouts dans la chasse aux talents.

 

Quels sont les premiers pas d’une entreprise dans l’adoption d’une politique familiale ?

Chaque entreprise doit définir quelles mesures sont les plus adaptées, il en existe toute une palette. L’analyse doit être effectuée dans le cadre d’une discussion ouverte qui prend en compte à  la fois les impératifs de la gestion des affaires et les besoins des collaborateurs.

 

Comment peut agir une PME avec sa petite structure ?

Les ressources d’une PME sont plus modestes que celles d’une grande entreprise. Cependant, les formalités et les barrières hiérarchiques y sont moindres, ce qui permet une identification simple des besoins de chacun et des solutions adaptées et souples. De nombreuses mesures sont relativement peu coûteuses, telles que le travail à  temps partiel, le job sharing ou le télé-travail.

 

Quelles sont les conséquences pour les jeunes de l’absence de politique familiale ?

Entre autres, les jeunes femmes se posent des limites déjà  dans le choix de leur formation professionnelle et les pères qui souhaitent être plus présents auprès de leurs enfants rencontrent des obstacles professionnels importants. Si les jeunes communiquaient leurs besoins aux entreprises de manière plus systématique et massive, ces dernières adapteraient probablement davantage leur politique.