Culture | 04.11.2014

Interstellar : ambitieux, mais vide

Texte de René Progin
Tous les ingrédients étaient réunis pour placer Interstellar dans la ligue des grands films de l'histoire de la science-fiction. Un casting de qualité, une histoire simple mais supposément efficace, un Christopher Nolan tentant de retrouver ce qui a fait le succès de Inception il y a quatre ans, un hommage à  2001, Odyssée de l'espace... Et pourtant, le film est mauvais. Un père qui quitte sa famille pour un voyage à  l'autre bout de l'univers, dans l'espoir de sauver l'humanité... Le tout termine de manière surréaliste et pseudo-mystico-philosophique. Certains adoreront, nous on s'est ennuyés.
L'humanité trouvera-t-elle une planète ou se réfugier? Rien n'est moins sûr. Le film se vante de contenir des éléments très scientifiques, comme cette représentation d'un trou noir basée sur des calculs complexes... Photos: Warner Bros. Pictures

Joseph Cooper (Matthew McConaughey) est un ingénieur et ancien pilote de la NASA. La Terre manquant de ressources et de nourriture, il a été forcé de se reconvertir en agriculteur. Ou plutôt en gestionnaire d’un domaine agricole, on ne le voit que gérer des machines qui font le travail. Les ressources de la Terre ne sont plus suffisantes pour l’humanité, et les plantations sont décimées par des maladies. Tout l’écosystème planétaire se meurt. Comme le dit un personnage, « ceux qui ne mourront pas de faim seront les premiers à  mourir asphyxiés ».

Veuf, Cooper vit avec son fils, sa fille et son beau-père. Alors que sa fille pense voir les actions d’un fantôme dans la maison, il déchiffre des traces étranges formées par le sable pour y trouver des coordonnées. Il se rendra au lieu indiqué, pour y découvrir une base secrète que la NASA a continué à  entretenir.

On y apprend l’existence d’un trou de ver proche de Saturne : cette formation spatiale, un tunnel à  travers l’espace vers « une autre galaxie », permet d’atteindre plusieurs planètes. Plusieurs années auparavant, douze explorateurs ont été envoyés vers douze mondes inconnus. LA NASA désire envoyer une nouvelle expédition, afin de déterminer, suite aux comptes rendus des douze explorateurs, quelle planète est la plus adaptée à  accueillir l’humanité.

 

Philosophie à  deux balles

Là  où Christopher Nolan avait marqué un grand coup dans la multiplicité des niveaux dans Inception, il se perd avec Interstellar dans une complexité inutile et désolante. Le film commence très lentement, sans que pourtant on puisse réellement s’attacher aux personnages. Le père et la fille ont une relation très marquée, le frère ne sert strictement à  rien – inutilité qui sera amplifiée tout au long du film.

Plus on avance dans le film, plus on s’ennuie. Mais c’est le troisième acte qui coule le tout. S’inspirant de Stanley Kubrick ou Andreï Tarkovski, Interstellar tente une résolution de l’intrigue proche des scènes expérimentales et hallucinatoires de 2001, tout en s’engageant dans l’onirique façon Inception. Tout cela semble conduire à  une philosophie de bistrot : « l’Amour est une Force », au sens physique du terme, apparemment (…), « capable de transpasser l’espace et le temps. ». Certes…

Le concept de base du film a été écrit par le physicien Kip Thorne et par la réalisatrice Lynda Obst, qui avaient déjà  collaboré pour le film Contact en 1997. D’ailleurs, on retrouve quelques éléments proches, tel que le mystère sur ce qui se passe réellement à  la fin du film. Et comme dans Inception, la fin d’Interstellar laisse la porte ouverte à  de nombreux doutes et questions : est-ce la réalité ?

 

Un suspense inexistant

Le scénario se veut très recherché, mais tombe à  plat. Mauvaise réalisation, ou scénario bidon ? Peu importe, le film est indigeste. Et contrairement à  Inception, on n’a aucune envie de le revoir une deuxième fois pour tenter d’en tirer quelque chose : le film est lent, et mis à  part deux scènes vraiment dépourvu d’action. Le fil conducteur, construit de manière emboîtée entre plusieurs histoires, éloigne encore le spectateur, en tentant de donner beaucoup de suspense à  des scènes relativement peu intéressantes.

Le suspense est surtout apporté – ou simulé – par une musique plus qu’omniprésente. Et vas-y à  coups d’orgue bien lourd et bien chargé, et rajoute encore une couche de cuivres et de cordes ! L’orchestre se déchaîne, les basses font trembler le cinéma… mais le suspense tombe à  plat.

 

Rien à  sauver ?

Les acteurs sont passables. Matthew McConaughey donne heureusement beaucoup de poids à  son personnage, chacun de ses gestes et expression sont travaillés avec soin ; Mackenzie Foy incarne plutôt bien la jeune Murphy, avec force et émotion. A l’inverse, Jessica Chastain reprend le personnage à  l’âge adulte, mais sans convaincre un seul instant, tout comme Anne Hathaway qui n’a jamais été aussi inintéressante. Même Michael Caine, un habitué de Nolan qui sait souvent donner une juste profondeur à  ses personnages, reste terriblement superficiel.

Impossible de prévoir si le film restera dans les annales. L’Histoire du cinéma a bien montré que ce genre de films peut marquer son temps : il va pour sûr diviser. De bons points sont à  donner à  la réalisation des scènes spatiales, ultra-réalistes à  l’image du récent Gravity d’-ŽAlfonso Cuarón, en beaucoup moins immersif hélas. Les mondes extraterrestres que l’on découvre sont d’une beauté froide et meurtrière, tout comme les choix des personnages, souvent illogiques, toujours égoïstes. On ressent bien le désir de Nolan de donner au tout un coté réaliste, qui hélas ne passe à  aucun moment réellement.