18.10.2014

Le suicide: première cause de décès des 15-29 ans

Ce ne sont pas les accidents de la route qui font le plus de victimes chez les jeunes, mais ceux de la vie. Le suicide reste actuellement la première cause de suicide chez les 15-29 ans. Pourquoi sont-ils tant à  se donner la mort ? Analyse.
Des changements de comportement, les conduites à  risque répétitives, les fugues et l'absentéisme scolaire sont aussi très révélateurs d'une situation critique.
Photo: LoloStock - Fotolia.com

Tous les trois jours en Suisse, 1 jeune entre 15 et 29 ans se suicide. Les chiffres et les faits sont là . Troublants, effrayants, mais bien réels. En 2012, sur 446 décès de jeunes suisses, 128 se sont donné volontairement la mort,  faisant du suicide la principale cause de décès de cette tranche d’âge. Le taux de mortalité lié au suicide, bien qu’en baisse depuis les années 80, aurait tendance à  stagner ces dernières années. Qui sont ces jeunes qui ne supportent plus de vivre ? Quels sont les facteurs  et les signes de ce mal-être ? Analyse.

 

Tout le monde est concerné

Contrairement aux clichés, il n’y a pas de profil type relatif aux adolescents qui passent à  l’acte. Le suicide touche et concerne toutes les classes sociales, n’a rien d’héréditaire et n’est vraisemblablement pas lié à  l’origine ethnique ou géographique. Il est en soit un phénomène universel. La seule «catégorisation» possible est celle du sexe des victimes : 80% de garçons pour 20% de filles. Soit pour l’année 2012, 103 jeunes hommes et 25 jeunes femmes. Pourtant, les personnes de sexe féminin font deux à  trois fois plus de tentatives que celles de sexe masculin. « La différence de «réussite» s’explique par le fait que les filles utilisent généralement des méthodes potentiellement moins létales (telles que les médicaments) que les garçons. Ces derniers, quant à  eux, privilégient des solutions plus radicales telles que la pendaison et les armes à  feu», remarque Irina Inostroza, chargée de projet pour Stop Suicide.

 

Il est possible d’anticiper

Mais qu’est-ce qui peut bien pousser un jeune qui a la vie devant lui à  vouloir y mettre fin ? Les facteurs de risques sont nombreux et certains d’entre eux sont récurrents. Bien qu’un événement violent serve généralement de déclencheur au passage à  l’acte (harcèlements, rupture amoureuse, échec…), le mal être menant au suicide est le résultat d’une accumulation de conditions. Irina Inostroza indique qu’ «il est fréquent de retrouver : les violences sexuelles, la maladie physique chronique ou mentale, les questionnements sur l’identité sexuelle, les problèmes familiaux, la dépendance à  un psychotrope, l’isolement social et une mauvaise estime de soi.»

 

Certains signes peuvent, si l’on y prête attention, permettre d’anticiper un éventuel passage à  l’acte chez une personne en souffrance. D’après la chargée de projet chez Stop Suicide, « il ne faut jamais prendre à  la légère des propos explicites tels que « Je veux en finir »ou  » Vous seriez bien mieux sans moi  » ». Des changements de comportement, les conduites à  risque répétitives, les fugues et l’absentéisme scolaire sont aussi très révélateurs d’une situation critique.

 

Les moyens de prévention

Il existe de nombreux éléments favorisant la protection face au risque de tentative de suicide. Ils sont d’ailleurs généralement à  l’opposé des facteurs de risque. Irina Inostroza détaille : « Le maintien de l’équilibre psychologique et le développement de l’estime de soi en sont deux points très importants. Un réseau social développé tant au niveau familial qu’amical permet aussi de maintenir un contact fort et d’éviter les sentiments de rejet ou solitude. » De plus, une politique de prévention initiée par l’Etat permet de limiter l’accès aux moyens (armes à  feu, sécurisation des lieux dangereux…) et des associations proposent des programmes d’aide. Une motion a d’ailleurs été transmise au Conseil fédéral pour pallier à  l’absence de plan de prévention du suicide au niveau national (lire encadré). Une affaire à  suivre.

 

 


La Motion Ingold

Face à  l’absence de plan de prévention du suicide au niveau national, la conseillère nationale Maja Ingold (PEV) à  déposé une motion contraignant le Conseil fédéral à  mettre en Š«uvre un plan d’action concret de lutte contre le suicide. Déposée le 4 mars, cette dernière permettrait de faire collaborer les acteurs de la prévention grâce à  une logique commune. De plus, elle met l’accent sur « les facteurs de risque suicidaire individuels, comme la dépression, mais aussi des facteurs socioculturels comme l’isolement », détaille Sophie Lochet, coordinatrice de l’association Stop Suicide. A l’heure actuelle, le plan d’action est en discussion et l’Office fédéral de la santé publique a lancé un appel d’offre pour réaliser un état des lieux de la prévention en Suisse.

 

 


Chercher de l’aide n’est pas un aveu de faiblesse!

Stop Suicide n’est pas une structure d’aide ni de soin, et ne tient pas de permanence téléphonique. Voici des numéros et adresses utiles afin d’obtenir de l’aide pour vous-même ou pour quelqu’un de votre entourage.

143 – La Main Tendue

147 – Ligne d’aide pour jeunes

022 372 42 42 – HelpAdoLine du Centre d’Etude et de Prévention du Suicide HUG – Children Action

www.ciao.ch – Site d’information pour les jeunes

 

Partenariat


Tink.ch et l’association de prévention Stop Suicide s’associent pour parler d’un sujet souvent passé sous silence, ou mal abordé, le suicide chez les jeunes. A l’occasion de sa campagne annuelle de prévention, dont Tink.ch est partenaire, Stop Suicide organise en septembre différents événements pour sensibiliser la population à  cette thématique.