Sport | 08.10.2014

«Le sport est un bon vecteur pour lancer le débat sur l’égalité»

Texte de Anne Maron
Les inégalités entre les hommes et les femmes alimentent beaucoup les débats sociaux. Mais en dehors de la sphère professionnelle ou privée, c'est également dans le sport que certains préjugés se retrouvent. Même si des efforts sont faits pour favoriser l'équité, pourquoi le poids des stéréotypes est-il si important dans ce domaine?
Dans le sport, «le corps féminin décorseté, débridé, échappe au contrôle social. Et ça dérange», estime Brigitte Mantilleri, déléguée à  l'égalité au sein du bureau de l'égalité de l'UNIGE. Photo extraite du film "Sarah préfère la course" de Chloé Robichaud (Aramis Films)

Le sport aurait-il un genre? C’est en tout cas ce que révèlent les chiffres de l’enquête «Sport Suisse 2014» de l’OFSPO: la part des femmes dans les disciplines considérées comme «masculines» telles que le football, le hockey sur glace ou le basketball est inférieure à  20%. Parallèlement, moins de 20% des hommes pratiquent des sports dits «féminins» comme la danse, le patinage ou le yoga. Aptitudes physiques inégales? Peur des représentations sociales? Dans tous les cas, chaque minorité souffre des amalgames souvent faits entre sports et sexualité. Le festival de cinéma LGBT Everybody’s Perfect a d’ailleurs abordé cette question intemporelle lors d’une soirée-débat sur le thème du genre dans le sport, le 26 septembre à  Genève.

 

 

Le sport: reflet de la société?

Entre les Jeux Olympiques de Sotchi et le mondial de football, 2014 semblait être l’année idéale pour mettre les inégalités sportives au centre du débat: sous-représentation des femmes dans les instances dirigeantes des clubs et fédérations sportives, inégale répartition des ressources à  disposition pour les sportives, inégalité des revenus des athlètes selon leur sexe… «Le sport est un espace dans lequel s’expriment de manière très claire des représentations stéréotypées du masculin et du féminin, et des discriminations liées au genre et à  la sexualité», explique la conseillère administrative Sandrine Salerno. Pour tenter d’y faire face, la Ville de Genève, en collaboration avec le service Agenda21-Ville durable, a créé le programme «Genre et sport» pour favoriser le respect de la mixité dans le sport. Pour cela, de nombreuses manifestations ont été mises en place tout au long de l’année. Comme un reflet plus large de la société, «le sport est un bon vecteur pour lancer le débat, parler d’égalité et de respect de la diversité, poursuit Sandrine Salerno, en charge du programme. Il permet d’atteindre des publics variés: sportifs et sportives, supporters et supportrices, jeunes, encadrant-e-s, parents, enfants, associations sportives…».

 

 

Le poids des stéréotypes

Mais pour quelles raisons les exploits sportifs féminins suscitent-ils toujours autant la surprise? La question des stéréotypes, fidèlement ancrés dans nos comportements sociaux, est fortement impliquée. Selon Brigitte Mantilleri, déléguée à  l’égalité au sein du bureau de l’égalité de l’UNIGE, «le corps féminin décorseté, débridé, échappe au contrôle social. Et ça dérange». L’image de la femme sportive qui multiplie les exploits physiques ne correspond donc plus à  celle d’une personne douce, passive et aimante qui lui colle à  la peau. Dans le monde du sport, historiquement réservé à  la gente masculine (les Jeux Olympiques ne sont ouverts aux femmes que depuis 1900), les dames sont bien de plus en plus impliquées. Mais l’ombre des stéréotypes plane toujours: «on continue à  s’occuper du corps des sportives en le voilant ou bien en le déshabillant trop pour que les femmes restent «féminines», rassurent, poursuit Brigitte Mantilleri. On les interviewe dans une cuisine, on les fait parler de maquillage… Bref, on les rend insipides».

Autre facette, les hommes aussi sont confrontés à  ces préjugés: «il est ainsi attendu des garçons qu’ils soient forts, combatifs et résistants», complète la conseillère administrative. Nous sommes alors bien loin de la grâce et la légèreté propres aux danseurs d’opéra ou aux patineurs artistiques. Une réalité parfois difficile à  vivre au quotidien, surtout pour celles et ceux qui pratiquent des sports pour lesquels les représentations sont fortes.

 

 

Selon Brigitte Mantilleri, un deuxième facteur pourrait également alimenter l’étonnement constant autour des performances féminines: «les médias relaient formidablement bien cette surprise en mettant très peu de grandes sportives en avant». La victoire d’une équipe féminine relève alors davantage de l’anecdote tandis que le public a suivi très attentivement et passionnément toute la saison sportive de leurs homologues masculins. C’est notamment ce qu’a vécu l’équipe féminine de France de rugby lors de sa participation à  la Coupe du Monde en août dernier: un engouement populaire soudain et peut-être tout aussi éphémère. Absence de relais médiatique ou manque d’intérêt de la part du public? Dans les deux cas, c’est toujours un combat pour être reconnu en tant que sportif ou sportive dans une discipline dont l’autre sexe a traditionnellement l’apanage.

 

 

 


L’info en +

La suite du programme «Genre et Sport» proposera notamment la découverte du hockey pour les filles, ainsi que les métiers du Service des sports lors de la Journée «Futur en tout genre» le 13 novembre prochain. Plus d’informations sur le site de la Ville de Genève.

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