Culture | 23.10.2014

« Contrairement à  ce que l’on croit, les acteurs sont très solidaires »

Texte de Noa Grothe | Photos de Dorine Venetz
John Rhys-Davies, 70 ans au compteur, était l'un des invités les plus attendus du Swiss Fantasy Show de Morges. L'inoubliable interprète de Gimli, le nain grognon du "Seigneur des Anneaux", revient avec sagesse et humour sur sa carrière d'acteur.
John Rhys-Davies: «Les acteurs devraient participer à ce genre de conventions pour un face-à-face avec le public.»
Photo: Dorine Venetz

De Indiana Jones à  Sliders: Les Mondes parallèles, en passant par les James Bond ou Aladdin et le Roi des voleurs, John Rhys-Davies a accumulé les rôles devenus cultes. Si sa carrière a commencé en 1976, c’est pour son interprétation du nain Gimli dans la trilogie du Seigneur des Anneaux, de 2001 à  2003, que l’acteur britannique a trouvé une renommée mondiale.

 

Vous avez joué dans un grand nombre de films et séries de science-fiction?

C’est vrai. C’est d’ailleurs pour cette raison que je suis membre honorifique du conseil de la Planetary Society [organisation à  but non lucratif qui initie et participe à  de nombreux projets de recherche en astronomie et astronautique, ndlr]. C’est Carl Sagan, le créateur du projet SETI, qui l’a fondée. Sagan désirait encourager l’humanité à  explorer le système solaire. Cela nécessite des ingénieurs, des scientifiques, des physiciens, des informaticiens, des mathématiciens… En tant qu’acteur, je peux apporter ma faible contribution à  travers de telles conventions. J’y viens à  la rencontre de jeunes gens merveilleux qui sont sur le point d’entamer une vie passionnante. Certains réfléchissent à  débuter l’Université, d’autres s’intéressent au droit, d’autres encore aux sciences. En venant à  des évènements comme le Swiss Fantasy Show, je peux rencontrer ces jeunes et les attirer vers le coté sombre de la Force!

 

A part aussi la rémunération, qu’est-ce que le fait de participer à  des conventions vous apporte en tant qu’acteur?

Nous acteurs avons besoin de savoir qui est notre public et qui sont nos fans. La manière dont ils suivent notre travail, tantôt avec intérêt, tantôt avec ennui, nous montre l’état de notre carrière. Il y a un magnifique aphorisme qui dit: «La perversion de l’humain, c’est son besoin d’être accepté et de recevoir de l’attention.» Plus un acteur s’éloigne de son public, et plus il court le risque de s’imaginer ne pas appartenir à  la même espèce d’individus. Il reçoit une marque d’attention et d’acceptation lorsqu’on lui dit: «Vous êtes tellement beau, vous êtes tellement merveilleux » Une fois qu’on a entendu ce genre de musique, le danger n’est plus très loin. On commence à  croire qu’on est au-dessus de tout, que les lois du commun des mortels ne s’appliquent pas à  soi (rires). Voilà  pourquoi les acteurs devraient venir à  ce genre de conventions. Pour un face-à -face avec le public.

 

Comment était-ce de travailler avec Peter Jackson sur le Seigneur des Anneaux?

Peter est quelqu’un d’unique, et c’est un terme auquel je donne du poids. Il est non seulement un grand producteur et scénariste; mais il a également créé une industrie du cinéma en Nouvelle-Zélande dans le but de servir sa vision. De toute ma vie je n’ai connu aucun autre réalisateur qui ait fait quelque chose de semblable. C’est lui qui a le plus contribué à  replacer la Nouvelle-Zélande sur la mappemonde, depuis le capitaine Cook!

 

Et avec les autres acteurs de la trilogie?

Oh! Ce sont tous des fils de… (il éclate de rire). Non, ce sont des gens absolument merveilleux. Il n’y avait dans le studio qu’un seul enfoiré, et je portais ses bottes tous les jours! De manière générale, la plus grande joie que l’on éprouve en tant qu’acteur, en plus de se lever le matin et d’aller au travail dans le but de s’amuser, c’est de retrouver ses collègues acteurs. Contrairement à  ce que l’on croit, nous sommes très amicaux et très solidaires, nous aimons nous taquiner. Et nous avons aussi une sorte de langage propre, comme les journalistes: nous avons les mêmes blagues et vous avez le même langage critique et cynique. Mais ce tournage fut cependant une de mes expériences les plus solitaires. Avec tout le maquillage que je devais me faire faire tous les matins, qui me séparait des autres physiquement et relationnellement, je me sentais seul, très seul.

 

A l’écran, Gimli avait une bonne relation avec Legolas, joué par Orlando Bloom. Était-ce aussi le cas sur le plateau?

Quand j’ai commencé à  participer à  des conventions, de jeunes filles venaient vers moi et me demandaient: «John, j’ai une question: vous passiez souvent du temps en compagnie de Oli?» Et je répondais: «J’avais 55 ans et il avait 19, presque 20 ans. Si nous avions passé beaucoup de temps ensemble, il y aurait eu de quoi se faire du souci!» (rires).