Culture | 30.09.2014

L’Usine vit aussi le jour

Texte de Anne Maron
25 ans que l'Usine symbolise culture alternative et nuits de fête à  Genève. Et si tout le monde croit connaître par cS«ur ce centre culturel autogéré, il fourmille de recoins encore peu connus, à  la lumière du jour.
Le Cheveu sur la soupe est le salon de coiffure de l'Usine. Dans le studio photo Azzurro Matto, Isabelle développe toujours des pellicules argentiques. Le Studio des Forces Motrices porte les traces des artistes qui y ont enregistré des disques. Photos: Anne Maron

Hormis les salles de concerts qui animent les nuits genevoises, c’est une équipe entière d’artistes en tous genres qui, partagés en une vingtaine de collectifs et associations, font vivre l’ancienne entreprise de dégrossissage d’or. De la création à  la diffusion, l’Usine regroupe tous les membres de la chaîne culturelle. Visite guidée.

 

Le Cheveu sur la soupe

Presque cachée lorsqu’on pénètre dans l’Usine, une première pièce est à  découvrir. La plupart des bâtiments d’époque étaient dotés d’une conciergerie; celle-ci a conservé son carrelage patiné d’origine, mais a désormais adopté une fonction pour le moins originale. Baptisée «Le cheveu sur la soupe », la pièce est devenu le salon de coiffure de l’Usine. Contrastant avec l’exigüité du lieu, un grand miroir surplombe des dizaines de bibelots kitsch et reflète les multiples facettes de son propriétaire. Véritable artiste capillaire au caractère marqué, Michel aime avoir une clientèle variée, sans jamais imposer sa vision de la coiffure. Ici, une simple coupe peut se transformer en véritable moment d’échange. Certains soirs, le salon de coiffure devient l’antre de l’une des figures emblématiques de l’Usine, Greta Gratos.

 

Azzurro Matto

Bref aperçu des loges de la plus grande des quatre salles de concert, le REZ, dont les murs restent muets des aventures qu’ils ont vu passer. Grimpons les escaliers pour atteindre le troisième et probablement plus mystérieux étage du bâtiment. L’une des nombreuses portes s’ouvre sur le studio de photographie Azzurro Matto, présent depuis le début de l’aventure, il y a 25 ans. Isabelle, photographe indépendante, en est la gardienne. Même si aujourd’hui le numérique a pris le dessus sur l’argentique, un grand laboratoire de développement survit, toujours opérationnel, prêt à  être réutilisé dès que l’occasion se présente. «Quand on peut aller barboter dans les différents bains et qu’après nos mains sentent les produits, moi j’adore!», sourit Isabelle face à  l’agrandisseur, aux éviers et aux rouleaux à  négatifs. Avec 25 ans d’archives qui restent à  développer, son plaisir n’est pas près de s’arrêter.

 

Archicouture

A quelques mètres de là  – à  condition de ne pas se perdre dans ce labyrinthe de culture et de création – se cache un atelier de couture qui tire son nom de son histoire. «Archicouture» est en effet un ancien cabinet d’architectes. Mais depuis 2008, le bruit des machines à  coudre a progressivement envahi les lieux. Jonas, Elisa, Agnès et les autres sont en quelque sorte les nouveaux architectes du textile où chacun conçoit et réalise selon l’envie et les besoins des clients.

 

Le Studio des Forces Motrices

Surplombant le Rhône, le Studio des Forces Motrices, qui doit son nom à  son voisin le Bâtiment des Forces Motrices, a été témoin de l’évolution de l’association qu’il a intégrée il y a 25 ans, ainsi que des nombreux artistes venus y enregistrer leurs disques. La cabine de mixage, l’une des deux pièces qui composent le studio, est un véritable poste de pilotage: elle compte une centaine de boutons de commande dont David, le propriétaire, maîtrise les secrets. «Je les connais tous!», annonce-t-il fièrement. D’après lui, ce n’est pas si compliqué de s’y retrouver… De l’autre côté de la vitre, plusieurs instruments sont à  disposition des artistes qui enregistrent sous le regard bienveillant de PJ Harvey, sur une immense photographie en noir et blanc prise lors de la venue de l’artiste au Montreux Jazz Festival. Un signe, un objectif, un espoir?