26.09.2014

Le stérilet: une option pour les jeunes aussi

En 2012 en Suisse, le préservatif et la pilule arrivaient en tête des contraceptifs les plus utilisés. A l'occasion de la Journée mondiale de la contraception, qui a eu lieu le 26 septembre, coup de projecteur sur une autre méthode encore peu choisie par les jeunes: le dispositif intra-utérin, ou stérilet.
Le stérilet, au cuivre ou aux hormones, est une méthode contraception très fiable, qui n'est plus réservée aux femmes ayant des enfants.
Photo: avec l'aimable autorisation de Pénélope Bagieu (penelope-jolicoeur.com)

En octobre 2013, un nouveau venu dans le monde de la contraception longue durée a débarqué sur le marché: le stérilet hormonal Jaydess. Plus petit dispositif existant à  l’heure actuelle, il semble particulièrement indiqué pour les femmes sans enfant. «Du fait de sa petite taille [28x30mm contre 32x32mm pour le Mirena, un autre stérilet diffusant du lévonorgestrel, ndlr], la pose est plus facile pour les jeunes patientes qui n’ont pas eu de grossesse», précise Lorenza Bettoli, responsable de l’Unité Santé Sexuelle et Planning Familial des HUG.

 

Un engouement récent pour le stérilet

«Dans la pratique, on constate récemment un réel regain d’intérêt pour les stérilets de la part des femmes», ajoute la spécialiste. D’après les données de l’Enquête suisse sur la santé 2012, le stérilet ne fait pourtant pas l’unanimité auprès des adolescentes et jeunes adultes: seules 1,7% des 15-24 ans utilisant une contraception choisissent le DIU («dispositif intra-utérin», l’appellation médicale du stérilet) au cuivre ou aux hormones. Des chiffres à  relativiser, selon Lorenza Bettoli: «Il n’y a pas encore de données postérieures à  2012. Depuis les polémiques en 2013 liés aux pilules de 3ème et 4ème génération, de plus en plus de femmes cherchent une alternative aux hormones oestro-progestatives, qui sont parfois liées à  des risques de phlébite, et se tournent notamment vers le DIU au cuivre.»

 

Les praticiens partagés

Si la popularité nouvelle du stérilet semble être une réalité du côté des patientes, c’est sans compter la réticence de certains gynécologues. L’utilisation du DIU pour les nullipares (les femmes n’ayant encore jamais accouché) ne fait en effet pas encore consensus dans la communauté médicale. «On a beaucoup de collègues qui n’osent pas poser de stérilet sur des jeunes filles, parfois par peur de faire mal», souligne le Dr. Martine Jacot-Guillarmod, médecin associée à  l’Unité de Gynécologie de l’enfant et de l’adolescente du CHUV. Les risques d’infection sont aussi souvent brandis: certes, il s’agit d’insérer un corps étranger dans un utérus qui n’a jamais porté d’enfant, et dont on ne sait pas comment il va réagir. Mais selon Lorenza Bettoli, ces risques sont surtout liés au moment de la mise en place, et non au stérilet lui-même: «si la pose est bien faite, il y a peu de dangers.» Une étude américaine publiée en 2013 concluait que les risques de complications sévères n’étaient pas plus élevés pour les adolescentes que pour les patientes plus âgées. Avec une nuance: les chercheurs mettaient aussi en évidence que, de manière générale, le stérilet aux hormones est visiblement associé à  un risque d’infection moins important que le DIU au cuivre.

 

Pas d’avis officiel en Suisse

Les recommandations de l’OMS sont très claires à  ce sujet: l’utilisation du DIU chez les moins de 20 ans et chez les nullipares est classée en catégorie 2 sur 4, soit «Etat où les avantages de la méthode contraceptive l’emportent en général sur les risques théoriques ou avérés» (la catégorie 1 étant intitulée «Etat où l’utilisation de la méthode contraceptive n’appelle aucune restriction») [1]. De même, aux Etats-Unis, l’association professionnelle des obstétriciens et gynécologues se prononce régulièrement en faveur du DIU pour les adolescentes [2]. Et en Suisse? La Société de Gynécologie et d’Obstétrique n’a à  ce jour pas émis d’avis sur le sujet. Et selon Catherine Stangl, présidente de l’association Santé Sexuelle, ce n’est pas pour demain: «la contraception en général n’est pas un sujet qui mobilise.»

 

«Il y a quelques années, les professionnels de la santé apprenaient encore que le stérilet n’était pas pour les nullipares», rappelle Lorenza Bettoli. Selon le Dr. Jacot-Guillarmod, cette idée est encore «très ancrée» parmi les praticiens. «Mais les choses sont en train de bouger: de plus en plus de jeunes sont en demande à  propos du stérilet, et de fait de plus en plus de médecins sont ouverts à  la question.»

 

* le prénom a été changé

 

 

[1] Source: «Critères de recevabilité pour l’adoption et l’utilisation continue de méthodes contraceptives», 2009 (4ème édition), Organisation Mondiale de la Santé

[2] Source: «Adolescents and Long-Acting Reversible Contraception: Implants and Intrauterine Devices», Committee Opinion, 2012, The American Congress of Obstetricians and Gynecologists

 

 

 

L’info en + : Plus efficace que la pilule?


En matière de contraception, le DIU apparait, sur le papier, comme une option très intéressante. Selon l’indice de Pearl, qui mesure l’efficacité des moyens contraceptifs, 0,2 et 0,8 femmes sur 100 tombent enceintes avec respectivement un DIU au cuivre et un DIU aux hormones. Pour la pilule, ce chiffre monte à  8 femmes sur 100, plombé par les oublis à  répétition. Maude, 24 ans, apprécie la tranquillité d’esprit que lui apporte son DIU au cuivre, posé en avril 2014: «C’est génial de ne plus devoir penser à  prendre la pilule chaque jour. Et en voyage, plus besoin de calculer le décalage horaire.» Un constat à  nuancer pour Lorenza Bettoli: «Cela ne veut pas dire abandonner toutes les autres méthodes de contraception. L’important, c’est que la femme ait le choix.»

 

Pour la spécialiste, les réserves émises à  l’égard du stérilet sont moins d’ordre médical que liées au style de vie, et aux choix personnels de chacune. Tout comme la pilule, le DIU ne protège pas des infections sexuellement transmissibles, il n’est donc pas recommandé aux femmes ayant plusieurs partenaires. Chloé*, 22 ans, raconte avoir gardé son stérilet trois ans sans problème, avant que sa gynécologue ne lui conseille de l’enlever: «comme je n’avais pas une vie amoureuse stable, j’étais plus sensible aux infections.» A noter aussi que si le DIU au cuivre peut rendre les règles plus longues et douloureuses, celui aux hormones peut au contraire les supprimer presque totalement. Pour Lorenza Bettoli, «Il faut prendre en compte le rapport qu’a la femme avec son cycle menstruel: certaines n’aiment pas voir leurs règles disparaitre alors que pour d’autres, c’est un soulagement.»

 

 

L’info en + : Cuivre ou hormones?


On distingue deux types de dispositifs intra-utérins: ceux qui sont composés en partie de cuivre, dont la composition chimique est toxique pour les spermatozoïdes, et les DIU hormonaux, qui diffusent dans l’utérus des hormones progestatives. Les deux dispositifs ont un effet à  la fois contraceptif, qui inhibe l’action des spermatozoïdes (le premier car il joue le rôle de spermicide, le second car il épaissit la muqueuse du col de l’utérus qui ne laisse ainsi plus passer les gamètes), et un effet contragestif (rendant l’utérus impropre à  la nidation). A chacune de voir celui qui lui convient. Le DIU au cuivre peut rendre les règles plus longues et abondantes. Celui aux hormones peut au contraire les faire disparaitre; il s’accompagne parfois d’effets secondaires similaires à  ceux des autres contraceptions hormonales. A noter que le DIU hormonal est en moyenne plus cher que celui au cuivre. Le stérilet au cuivre peut être utilisé en contraception d’urgence, dans les cinq jours après un rapport sexuel non ou mal protégé.