19.09.2014

La discrétion du Chiptuning

Le tuning, c'est-à -dire la personnalisation automobile, est avant tout assimilé aux modifications de carrosseries, d'accessoires extérieurs ou d'équipements intérieurs. De façon moins visible, le tuning peut aussi porter sur le changement de certaines pièces d'un moteur. Le Chiptuning sort du lot : il consiste à  reprogrammer la puce électronique d-~un moteur par une manipulation invisible à  l'S«il nu. Enquête sur ses effets concrets.
Si la perspective de reprogrammer son moteur est attrayante, elle s'avère peu aisée à  mettre en Š“uvre.
Photo: © ponsulak - Fotolia.com

L’idée de modifier volontairement les réglages fixés par un constructeur automobile peut sembler pour le moins incongrue. Pourtant, la reprogrammation d’un moteur permet d’en améliorer les performances significativement. Techniquement possible sur tous les véhicules, elle se révèle particulièrement efficace sur les moteurs turbo diesel et se mesure d’abord en termes d’amélioration du couple, avec pour conséquence immédiate l’augmentation de la puissance du véhicule. Selon la puissance d’origine des moteurs, 30 à  50 chevaux supplémentaires en moyenne peuvent ainsi être obtenus.

 

L’augmentation de puissance permet naturellement de réduire le temps nécessaire pour atteindre la vitesse de pointe d’un véhicule. Mais l’intérêt du Chiptuning réside surtout dans les conséquences de l’amélioration du couple : confort de conduite, surplus de réactivité et, selon le style de conduite, économie de carburant potentielle (jusqu’à  2L/100km). En contrepartie, les pièces mécaniques davantage sollicitées après une reprogrammation peuvent s’user plus rapidement.

 

Exclusivité luxueuse chez les constructeurs

Si la perspective de reprogrammer son moteur est attrayante, elle s’avère peu aisée à  mettre en Š«uvre. La plupart des constructeurs automobiles préfèrent limiter l’accès au Chiptuning, renommé « préparation automobile », à  leurs modèles haut-de-gamme ou à  certaines éditions spéciales. C’est le cas de la toute récente série P212 du Range Rover Evoque, proposé par Land Rover sur le catalogue suisse uniquement: le modèle correspond à  un moteur de 190 chevaux à  l’origine, reprogrammé pour en atteindre 212 par le préparateur de luxe Startech, filiale du bien connu Brabus.

 

Officiellement, et contre toute réalité technique, Land Rover déclare que « les valeurs consommation et CO2 du modèle P212 correspondent exactement à  celles du modèle standard de 190 chevaux ». La marque ne tient donc manifestement pas à  valoriser une possibilité d’économie. De fait, l’intérêt financier d’une reprogrammation de moteur luxueuse est effectivement assez relatif, car celle-ci s’accompagne habituellement d’autres modifications spécifiques en matière d’équipements ou de design. Le surcoût d’un véhicule préparé sous contrôle du constructeur peut alors annuler le bénéfice de la possible économie de carburant. Une alternative plus accessible consiste à  faire appel à  une société indépendante du constructeur, c’est-à -dire à  un garage automobile, généraliste ou spécialisé.

 

Accessibilité et risques du circuit parallèle

Powerchips est l’une de ces sociétés, basée à  Genève. Son responsable, Gregory Carinci, propose la reprogrammation électronique du moteur pour 1’000 francs. Selon ses dires, la plupart des clients seraient âgés de 30 à  45 ans et disposeraient d’automobiles de catégorie routière ou utilitaire de moyenne gamme. En leur permettant d’augmenter la puissance de leur moteur, il s’agirait selon lui de « jouer sur l’effet de gamme », c’est-à -dire de compenser le manque de moyens initial pour l’achat d’un véhicule de motorisation supérieure.

 

Reste que la réalité du travail effectué hors du giron des constructeurs est difficile à  vérifier. Ces sociétés n’ont ainsi pas toutes bonne réputation. Olivier*, un mécanicien qui connaît bien le milieu, en soupçonne certaines de se contenter de « booster le turbo », exposant dès lors le moteur à  un risque de casse. Pour cette raison, la reprogrammation des moteurs effectuée par ce biais peut faire perdre le bénéfice de la garantie constructeur.

 

Pour assurer la sécurité routière sans interdire le Chiptuning, la réglementation suisse apparaît plutôt souple. Roger Jenny, directeur des Finances de l’Office cantonal des véhicules de Genève, indique que « le détenteur d’un véhicule doit spontanément annoncer à  l’Office toute transformation qui y serait apportée, et ce dans les quatorze jours ». Pour être validée et reportée sur le certificat d’immatriculation, la modification doit également respecter le cadre fixé par la fiche d’homologation suisse du véhicule, établie selon les normes techniques définies par le constructeur. Cette double exigence entraîne plusieurs conséquences.

 

Coûts et contraintes du cadre légal

Premièrement, la validation du Chiptuning effectuée par l’Office cantonal dans le cadre d’une annonce coûte de 35 à  70 francs, selon le temps passé. Si elle s’inscrit dans le cadre défini par le constructeur, l’augmentation de puissance induite par reprogrammation du moteur est reportée sur le permis de circulation. Ensuite, elle doit alors faire l’objet d’une annonce à  l’assureur du véhicule, qui peut faire augmenter la prime en conséquence. A Genève, où la taxe sur les véhicules est calculée en fonction de leur puissance, la reprogrammation du moteur entraine également un changement du barème applicable. Dissuadés ou empêchés par ces contraintes d’officialiser leur démarche, certains préfèrent miser sur la probabilité qu’elle ne soit pas détectée.

 

Le mécanicien Olivier* fait partie des récalcitrants pour qui, « même quand elle est possible, l’officialisation coûte cher et ne sert à  rien car la reprogrammation n’est quasiment pas détectable ». Question d’appréciation : si l’Association des Services Automobiles reste discrète sur les méthodes employées pour contrôler les véhicules lors des expertises, des appareils de contrôle électronique existent bien. La plupart des fraudeurs le savent et en sont réduits, avant toute visite de contrôle, à  faire annuler la reprogrammation pour la renouveler ensuite. C’est sans compter cependant le risque de contrôle inopiné : des sanctions administratives, pénales, ainsi qu’en matière d’assurance peuvent alors s’appliquer. A pile ou face, une seule pièce de monnaie ne saurait résoudre la difficulté.