09.09.2014

Jouer pour aller mieux

Texte de Guy Schneider | Photos de Guy Schneider
Lors d'une table ronde consacrée au rapport des ados à  la mort, au corps et à  l'écriture, les intervenants ont exploré comment le jeu théâtral permettait d'exprimer ses émotions.
Photo: Guy Schneider

Dimanche 7 septembre, le nouvel espace d’expression culturelle genevois l’Abri (place de la Madeleine) a accueilli un moment fort et plein d’émotions de la campagne de prévention de l’association Stop Suicide. La Compagnie Les Minuscules a présenté Autoportrait (s), une performance théâtrale traitant du rapport de la femme au corps. Une table ronde intitulée Le rapport des adolescents à  la mort, au corps et à  l’écriture a suivi la pièce.

Animé par Thierry Mertenat, journaliste à  La Tribune de Genève, le débat a accueilli Christine Barras, auteur de On est trop sérieux quand on a 15 ans. Cette dernière était présente pour discuter du concours d’écriture pour adolescents qu’elle organise depuis plusieurs années avec une école fribourgeoise. Médecin responsable de l’Unité de crise des HUG, qui accueille des jeunes en difficulté, la Doctoresse Anne Edan a en plus apporté un éclairage thérapeutique sur la question. La comédienne Léonie Keller et la metteur en scène Manon Krüttli, à  l’origine de la pièce, étaient aussi de la partie.

Du théâtre pour aller mieux

«Lorsque nous avons reçu une carte blanche de Stop Suicide, nous étions un peu empruntées. Que faire avec ça ?» Les deux comédiennes considèrent en effet que le théâtre peut procurer un sentiment positif. Pourtant, la manière de l’apporter aux jeunes en difficulté méritait réflexion. Faut-il aller vers eux, ou les inviter ? La compagnie a finalement opté pour la poursuite d’une recherche débutée à  l’été 2013 sur le rapport de la femme au corps. «Dans la pièce, une femme essaie de se représenter telle qu’elle est, ses tentatives d’autodéfinition tournent à  l’obsession et elle devient peu à  peu prisonnière de son corps.»

Mettre en scène pour prendre du recul

La doctoresse Edan a aussi présenté son travail à  la cellule de crise. Régulièrement, elle organise des « psychodrames » avec des groupes de 8 à  10 jeunes femmes, âgées de 14 à  18 ans. « La parole n’est pas un moyen si simple pour communiquer entre adolescentes et adultes. Il y a deux difficultés. La jeune femme doit pouvoir accepter de partager, ce qui n’est pas évident, et l’adulte accepter de recevoir la parole d’un ado. Pour éviter ce blocage, nous proposons donc un autre moyen d’expression, le psychodrame. »

Cette forme de médiation s’articule autour d’un petit scénario connu par la « conductrice », l’une des deux adultes présentes aux séances. Il s’agit en principe d’une scène quotidienne. Le groupe décide des détails de la scène, puis quelques adolescentes et une adulte la jouent. «Cette démarche permet de communiquer indirectement sur ce qui fait souffrir. On peut ainsi partager à  travers le jeu. Il s’agit surtout être écouté et de prendre du recul», explique Anne Edan. La scène est ensuite interrompue par l’autre adulte du groupe à  un moment clé et la discussion démarre. «L’habillement, les gestes et l’attitude de l’adolescent sont des indices sur sa personnalité ou son état. La difficulté est toujours de passer cette barrière et de les engager à  parler». A en croire les messages du livre d’or de la cellule de crise, les effets positifs de la démarche sont nombreux…

« L’adolescent cherche à  surprendre »

«Le message de Stop Suicide, « Je tiens à  toi », correspond tout à  fait à  la démarche des psychodrames », poursuit la doctoresse Edan. Pour les adolescents, il est important de savoir que quelqu’un est là  pour eux. «Pendant l’adolescence, le corps est indocile. On subit des changements et les pulsions qui les accompagnent. C’est une source de souffrance.» Christine Barras rebondit: «Les textes des adolescents sont souvent morbides et parlent de la souffrance du corps. Dans le texte, ils vitriolent leurs parents. Il y a une délectation dans le jeu d’une mort heureuse. L’adolescent ne veut pas être compris. Il cherche à  surprendre. »

Prendre conscience à  travers l’expression

Dans le cadre du 8ème concours d’écriture Christine Barras-Bruxelles, l’auteur a proposé un sujet aux étudiants d’une école fribourgeoise. «Les thèmes avec le mot mourir ont toujours un certain succès. Même à  travers un thème positif, les élèves reviennent sur les mêmes sujets.» Exil, deuil du corps de l’enfant, la mort est contée comme un passage positif vers l’âge adulte. «Cette rupture est essentielle pour avancer et évoluer.»

Face au futur, les adolescents visent un idéal inatteignable pour lequel ils ont envie de se battre, mais ils se confrontent aussi à  l’image du père et de la mère. Toute la difficulté de la prévention est de saisir ce paradoxe qui amène la souffrance. Quelque chose doit s’arrêter pour qu’ils puissent reprendre. Le passage par un processus créatif permet de digérer cette épreuve. Selon Christine Barras, «les textes proviennent souvent d’adolescents qui vont bien, mais on y trouve beaucoup de similitudes avec des adolescents en crise. Le passage à  l’écriture est un passage à  l’acte inoffensif. En mettant des mots sur le mal-être, on évite de se laisser intoxiquer. »

Faire de la prévention sous-entend forcément un risque, estime Christine Barras. Elle préfère parler de développement. «L’adolescent aime remplacer une émotion par une sensation. La prise de conscience du changement vers l’âge adulte crée de l’émotion. L’écriture et le théâtre peuvent apporter des sensations positives et aider l’adolescent. »


Les filles sont plus nombreuses à  demander de l’aide

80 % des jeunes qui se rendent en cellule de crise pour demander de l’aide sont des filles. Ce sont d’ailleurs le plus souvent les mères ou les copines qui donnent l’alerte, peut-être grâce à  une sorte d’ « instinct maternel ». Quant aux garçons, ils ne représentent que 20% de ceux qui s’adressent à  des structures d’aide. Au Québec, la démarche est plus proactive. Des ateliers de réparation de vélo sont organisés pour permettre aux jeunes de parler à  travers une activité « virile ». «Nous réfléchissons à  des solutions pour encourager les garçons à  s’adresser aux professionnels», explique Anne Edan.


 

Chercher de l’aide n’est pas un aveu de faiblesse!

Stop Suicide n’est pas une structure d’aide ni de soin, et ne tient pas de permanence téléphonique. Voici des numéros et adresses utiles afin d’obtenir de l’aide pour vous-même ou pour quelqu’un de votre entourage.

143 – La Main Tendue

147 – Ligne d’aide pour jeunes

022 372 42 42 – HelpAdoLine du Centre d’Etude et de Prévention du Suicide HUG – Children Action

www.ciao.ch – Site d’information pour les jeunes

Partenariat


Tink.ch et l’association de prévention Stop Suicide s’associent pour parler d’un sujet souvent passé sous silence, ou mal abordé, le suicide chez les jeunes. A l’occasion de sa campagne annuelle de prévention, dont Tink.ch est partenaire, Stop Suicide organise en septembre différents événements pour sensibiliser la population à  cette thématique.