Culture | 07.09.2014

Dans le blizzard de Fauve

Texte de Vincent Allemandet | Photos de FauveCorp
Jeudi 4 septembre, la petite commune du Noirmont a accueilli la 23ème édition du Festival du Chant du Gros. L'occasion pour Tink.ch de découvrir un phénomène du paysage musical actuel : Fauve. Retour sur un concert unique.
FAUVE était également en concert au Tohu Bohu vendredi soir. Mais l'avis de notre reporter y était tout différent (voir lien ci-dessous)
Photo: FauveCorp

Pour ce premier soir de festival, le Chant du Gros a placé la barre déjà  très haut en programmant ceux qui sont actuellement l’un des collectifs musicaux les plus mystérieux. Est-ce une simple coïncidence si ce jeudi était sold-out pour le festival du Noirmont ? Peu probable. Fauve est en effet précédé de sa légende. Combien de groupes peuvent se targuer de faire salle comble dès ses débuts, sans même avoir produit un seul album ? Le collectif parisien est donc à  la fois une véritable énigme et une référence en marketing. Une communication maîtrisée pour ne pas dire verrouillée, aucune photo ne filtre en dehors de productions officielles. Une présence et une utilisation des réseaux sociaux exemplaire, des fans dévoués, à  quelques heures de leur passage sur scène, la tension était palpable, le mystère allait enfin être levé.

 

La Fauve family

Entre fan de Fauve on se reconnaît, chacun arborant le signe de la confrérie : ≠. Quentin Postel, le chanteur de la formation emploie d’ailleurs le terme « famille » pour parler de ses admirateurs, ce qui est loin d’être un euphémisme. Il y a un réel lien entre toutes ces personnes qui se pressent contre la scène trente minutes avant le début du concert. Un simple regard, un sourire appuyé entre eux suffit à  dire « toi aussi tu en es ». Bien que la scène soit encore désespérément vide, une sorte d’aura magnétique se fait sentir dans le public. Fauve. Prononcé du bout des lèvres comme si le formuler à  haute voix risquerait d’invoquer une chimère. Quand on demande au hasard pourquoi le groupe suscite autant d’adoration, Thomas, spectateur, nous répond sans détour « ça me parle, c’est mon quotidien, mes problèmes ».

 

Un live à  fleur de peau

22h00. Les lumières se tamisent, Fauve Corp monte sur scène. Les gorges se serrent, les yeux brillent, les cris oscillent entre soulagement et dévotion quasi religieuse. « Nous sommes de ceux qui ont tout fait comme il faut mais qui n’y arrivent pas ». Premier morceau du set, « De ceux » fait mouche et confirme leur univers désenchanté. Les textes sont portés par des beats simples et lancinants, soutenus par des riffs de guitare et des samples électro. Le groupe a défini lui-même son style si particulier sous l’étiquette « spoken words ». Fauve c’est aussi une présence scénique en adéquation avec ses textes. Mouvement énergique, gestuelle appuyée, bras tendu, majeur levé. « On emmerde tout ce bordel ambiant », lance une jeune fille du haut des épaules de son copain, avec l’attitude de celle qui évacue des tensions trop longtemps contenues. Quentin ne cesse de parler à  son public entre deux morceaux invectivant le « Blizzard », allégorie du malaise ressenti par certains. En toute simplicité, il remercie même l’équipe du festival ainsi que « l’accueil suisse » qui est parfait.

 

Loin du cynisme et du second degré en vogue à  l’heure actuelle sur la scène française, Fauve conte le quotidien d’une jeunesse désabusée. Pas de faux positivisme, ici les émotions sont brutes, les textes incisifs, les mots crus, la quintessence du mal-être adolescent. « Même les travelos rêvent du prince charmant, et pourtant on passe notre temps à  se mettre des coups de cutter dans les paumes », conclut « Nuits fauves ». Certains pourront leur reprocher de céder à  la facilité de l’hypersensibilité adolescente. Mais si l’on considère que la musique est un vecteur d’émotions, au vu des larmes qui perlaient le long des nombreuses joues croisées lors du live, l’objectif est atteint.

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