Culture | 11.08.2014

Une histoire de jeunesse

Texte de Sarah Gay-Balmaz | Photos de Universal
En salles le 20 août, «Boyhood» est le film surprenant de l'été. Réalisé par l'américain Richard Linklater, il conte l'histoire d'une famille douze ans durant, le tournage s'étant réellement étalé sur la dernière décennie. Tink.ch a pu découvrir cet ovni cinématographique au concept précurseur.
Les acteurs de "Boyhood" ont été filmés douze ans durant, à  raison de trois ou quatre jours par année (ici, Ellar Coltrane et Ethan Hawke).
Photo: Universal

Voilà  plusieurs mois que Boyhood secoue le monde culturel. La raison de cet engouement avant même la sortie officielle du film n’est autre qu’un choix de réalisation qui donne toute son originalité au projet: ce dernier a été tourné en douze ans. A raison de trois à  quatre jours par an, le réalisateur autodidacte Richard Linklater a réuni les mêmes interprètes pour conter l’histoire d’un garçon nommé Mason, et montrer ses changements de 6 à  18 ans. On voit ainsi le jeune Ellar Coltrane, casté à  sept ans, évoluer aux côtés de Patricia Arquette et Ethan Hawke (ses parents dans le film), qui quant à  eux prennent des rides. Le fil de l’histoire se déroule sous les yeux du spectateur, emporté pour 2 heures 45 d’incursion dans la vie d’une famille, à  travers les yeux d’un enfant qui grandit.

 

 

La vie version instantanée

Il est bien clair que Boyhood n’a pas la carrure d’un blockbuster au suspens prenant. Mais il embarque le spectateur dans le temps, avec une bande-son qui retrace la dernière décennie (de Britney à  Soulja Boy en passant par Bob Dylan et Archive), des repères culturels comme les Game Boy, Harry Potter ou encore Twilight, et des jalons historiques (attentats du 11 septembre, guerre en Irak, élection d’Obama…). Le monde et les décors évoluent, en parallèle des transformations de chaque personnage. Ces dernières sont suivies, capturées par le biais de séquences telles que des instantanés de vie: l’adolescent conscient du monde succède à  l’enfant facétieux, le père blagueur laisse place au géniteur aux abonnés absents… Puis on quitte Mason à  l’orée de sa vie d’adulte et de son indépendance loin du cocon familial, sur les bancs de la fac. Avec une pointe de nostalgie, et l’impression de refermer un album photo, la tête emplie de bribes de souvenirs.

 

 

Au-delà  de la performance, une simplicité séduisante

À une trame narrative plutôt simple, basée sur la jeunesse de Mason, se sont ajoutées des contraintes de taille: évolutions technologiques, ellipses dans l’intrigue… que le réalisateur balaie avec brio, privilégiant un format d’image homogène, mais surtout évitant les facilités scénaristiques. En effet, Boyhood ne s’appuie pas sur le schéma typique d’introduction – problème, résolution et fin. Loin de là . Le spectateur découvre une famille comme les autres, avec des moments de bonheur comme de difficultés. Père absent, mère célibataire se démenant pour élever ses enfants et reprendre ses études, gaffes d’enfants, déménagements, beau-père violent, premières soirées, premier amour, entrée à  la fac… Tout y passe. Mais ces évènements qui auraient pu être filmés de A à  Z et érigés en tant que moments clés sont ici évoqués en douceur. Pas de violons et larmes interminables pour les drames, pas de scène voyeuriste pour les fêtes ou la découverte de la sexualité. Boyhood n’occulte pas les difficultés pour autant, mais là  où beaucoup de films s’y attarderaient pour émouvoir le public, Richard Linklater filme ces moments avec pudeur.

 

 

Quand la banalité prend son sens

Le réalisateur prend donc le parti de filmer le quotidien plutôt que de se focaliser sur des moments supposés être «constitutifs». Si certains trouveront qu’il ne se passe rien dans ce film, d’autres verront dans une partie de bowling la tentative du père de recoller les morceaux, dans un regard l’attrait pour une fille, dans une phrase l’adolescent qui ouvre les yeux sur le monde. A travers un scénario épars, ne tournant pas autour d’un fil conducteur spécifique, le film témoigne des banalités qui nous forgent et du temps qui passe, avec poésie et malice. Au cours d’interviews, Patricia Arquette a même déclaré que beaucoup de scènes étaient basées sur des expériences de vie des acteurs mêmes… Au final, ce que cet enfant, puis jeune adulte, vit, chacun peut ou a pu le vivre à  sa manière; ce qui donne au film un réalisme particulier. Comme quoi, il n’y a pas qu’Hollywood et ses paillettes qui peuvent séduire. A découvrir en salle dès le 20 août !