Culture | 13.08.2014

Happy Dayzee

«Peu importe d'où tu viens, peu importe où tu t'en vas...». «People», le single trilingue de Dayzee, est largement partagé sur les réseaux sociaux depuis peu.
"La musique est pour moi la forme d'expression la plus dangereuse. Quand on a le trac, ça s'entend dans la voix."
Photo: site officiel de Daisy Pinchemaille

Daisy Pinchemaille, de son vrai nom, est une artiste valaisanne aux talents multiples. Née au Brésil, elle est venue en Suisse à  l’âge de 9 ans, avant d’étudier l’art dramatique à  Paris. Elle a trouvé la célébrité suite à  son arrivée en finale, avec sa compagne, lors de l’émission de télévision Pékin Express. Des trois pays où elle a vécu, Daisy garde «l’éducation suisse, la chaleur brésilienne, et le caractère un peu français à  taper du poing quand il faut»!

 

 

23’000 vues sur YouTube, une campagne réussie de financement participatif pour le disque… Ce succès vous a-t-il surprise?

Totalement! Cela faisait des années que je voulais sortir de la musique. J’avais depuis longtemps le challenge de casser mes tabous et de pouvoir m’exprimer au travers de chants. J’ai reçu énormément de messages de sympathie ces derniers temps… Et je trouve très touchant que les gens sachent faire la part des choses entre mon passé à  la télévision et maintenant la musique.

Quand j’ai lancé le projet sur My Major Company [un site de crowdfunding, ndlr], la première barre à  atteindre était 5000 euros. C’était déjà  pas mal. En neuf heures, la somme était réunie et même dépassée! J’ai pleuré, je ne voulais pas y croire. Et les financements ont continué à  grimper depuis. Aujourd’hui, on a de quoi faire six titres; mais pas encore un album entier, qui coûte vraiment cher. Il reste deux mois, on arrivera donc peut-être à  réunir la somme pour 10 titres!

 

 

Est-ce que le single «People» donne le ton de l’album que vous aimeriez faire?

Oui. Dans tout l’album, il y aura du batucada, ces tambours typiques du Brésil et de Salvador, où je suis née. J’ai des frissons rien qu’à  les entendre, ils me rappellent tellement mes origines que je ne pourrais pas m’en défaire. «People» donne le ton pour le texte, aussi, parce que l’album parlera de migration, de mélange et des rapports entre les gens. Il y aura aussi du funk brésilien, ce genre qu’on ne trouve nulle part ailleurs que dans les favelas brésiliennes. C’est un style un peu hip-hop/RnB, sur lequel j’ai décidé de mettre une musique un peu langoureuse. J’adore les contrastes. Il y aura aussi un peu de jazz, auquel se mélangera toujours ce batucada.

 

 

Qu’est-ce qui vous a conduit à  la musique?

Mon parcours est un peu laborieux, dans le sens où j’ai touché à  tout. Il y a quelques années, on se disait que les gens qui savaient faire plusieurs choses les faisaient forcément mal. Ce n’est pas vrai! J’ai commencé avec la danse, déjà  toute petite. C’était inné, chez moi, comme une respiration! Après, je me suis intéressée à  une autre forme d’expression, la comédie. Je suis restée sept ans à  Paris pour étudier au Cours Florent. C’est devenu une nouvelle drogue, je suis devenue accro à  ça!

La musique, je l’ai apprise par passion pure, en autodidacte. Et j’ai toujours écrit des textes. J’étais une enfant introvertie, silencieuse… Et j’apprenais au fur et à  mesure que j’écrivais, en me renseignant. Mais souvent, c’était assez instinctif. J’ai vite compris que la perfection n’existe pas, et que ça ne sert donc à  rien de courir après au risque de perdre l’émotion. Je préfère être imparfaite et donner plus d’émotion!

 

 

On ne vous sent plus du tout introvertie, aujourd’hui!

En effet! Je pense que j’ai vraiment explosé. Des choses très difficiles me sont arrivées, c’était loin d’être rose tous les jours. Certaines expériences sont comme un frein dans la vie. Alors j’écrivais, parce que ça me détendait, ça me permettait de dire les choses avec une certaine distance. J’avais un endroit où me cacher; c’était de moi dont je parlais, ou peut-être pas, on ne sait pas. Le papier était devenu un exutoire.

 

 

Ces textes étaient déjà  pensés en musique?

Pas au départ. Mais peu à  peu, ils se sont mués en des mélodies qui me venaient en tête, je ne sais pas vraiment comment. Alors les textes commencent à  se fondre dans ces mélodies. C’est ainsi que peu à  peu, j’ai commencé à  entrer dans la musique. Là , j’ai réalisé que j’étais en train de finir la boucle! Après la danse, le théâtre, l’écriture, je revenais à  la musique. Celle-ci est pour moi la forme d’expression la plus dangereuse. A travers la danse, on peut cacher ou imiter des émotions; en théâtre également, on peut dire que ce qu’on montre, c’est un personnage. Tandis qu’en musique, on ne triche pas. Les textes que j’écris sont ma propre perception du monde, des autres et de moi-même. Et quand on a le trac, ça s’entend dans la voix.

J’avais beaucoup de tabous avant, une certaine pudeur par rapport à  ma vie personnelle. Mais aujourd’hui mon histoire est au centre de ma musique, j’ai décidé de la livrer complètement. La chanson a été comme une délivrance. Je laisse aussi une place au vécu des autres, de mon entourage. Leurs perceptions et les miennes se mélangent pour créer une certaine vérité de vie. C’est pour cela que mon premier single s’appelle «People». Les gens, c’est moi, et moi c’est les gens.

 

 

Les émotions positives sont toujours un fil conducteur?

Oui, ma musique transpire toujours la joie. Elle est très solaire, mais sans être aveuglante, car les textes lui apportent une certaine profondeur. J’adore cet esprit léger, mais avec des textes un peu plus poignants, parce que chez nous au Brésil, on recherche la joie même dans les moments difficiles. Je veux que l’album soit riche, aussi bien en instrumentation qu’en textes et en mélodies.

 

 

Et l’avenir, vous le voulez comment ?

J’aimerais juste pouvoir vivre de ce que j’aime le plus au monde. Je ne cherche pas à  être une star, ça ne m’intéresse pas: je sais pertinemment que ça mène à  la solitude. Non, je veux juste vivre sereinement. La vie me donne déjà  tellement: heureuse en amour, une famille extraordinaire, une bonne santé, que demander de plus?