Culture | 29.07.2014

«Singe ne tue pas singe!»

Texte de René Progin
L'un des blockbusters les plus attendus de l'année sort le 30 juillet en Suisse : "La Planète des Singes : L'Affrontement." Faisant suite au film "L'aube de la Planète des Singes" (2011), le « roi de la motion capture », Andy Serkis, y excelle une fois de plus. Techniquement parfaite et pleine d'émotion - à  mesure de blockbuster - la production peine à  offrir un scénario vraiment original.
Deux longs plans centrés sur le regard de César sont des scènes clées du film.

Dix ans après les événements du film précédent, le chimpanzé César est à  la tête d’une communauté de singes vivant paisiblement dans les forêts californiennes. César et ses amis ignorent si des humains ont survécu à  la « grippe simiesque », cause de la destruction d’une grande partie de l’humanité. (A voir: la « campagne virale » faite à  ce sujet pour la sortie du film, ou quand « viral » prend un double sens). Jusqu’à  ce que deux jeunes singes tombent nez-à -nez avec un homme. Celui-ci, effrayé, blesse un chimpanzé avec son arme à  feu. Dès lors commence une escalade des tensions entre singes et humains qui vivent dans une place forte construite dans les ruines de San Francisco.

 

Amis, alliés ou ennemis

Dans chaque camp, on retrouve les partisans de la paix et ceux qui cherchent à  exterminer les « ennemis ». De chaque côté des « bons » et des « méchants ». César va trouver en l’un des leaders humains un alter-égo qui lui ressemble, Malcolm (Jason Clarke), qui agit pour protéger son fils et sa compagne. César aussi protège sa compagne et ses deux fils, dont le dernier (adorable!) vient de naître. Ils vont combattre ensemble pour la paix.

 

Ce sont pourtant les choix du singe Koba qui détermineront le sort des singes, des humains, et peut-être de la planète. Maltraité par les hommes lors de sa captivité dix ans plus tôt, Koba cultive un désir de vengeance. Qu’est-t-il prêt à  faire pour éradiquer l’espèce humaine ? Va-t-il enfreindre la règle suprême mise en place par César comme fondement de sa nouvelle société: « Singe ne tue pas singe! » ?

 

Techniquement meilleur, scénaristiquement plus faible

En un peu plus de deux heures, le film parvient à  présenter de nombreux rebondissements tout en offrant des temps calmes qui permettent de réfléchir. Pourtant, il n’y a que peu de surprises et la plupart des rebondissements sont plus que prévisibles. On ressent quelque peu l’influence du nombre de scénaristes qui ont successivement travaillé sur le script, même si Mark Bomback (Die Hard 4, The Wolverine) a rendu le tout cohérent. On regrette également que Rupert Wyatt, réalisateur du film précédent, ait quitté le projet suite à  des désaccords artistiques avec la 20th Century Fox : il aurait probablement fait preuve de plus d’audace que son remplaçant Matt Reeves (Cloverfield).

 

D’un point de vue visuel et technique, le film est presque parfait. Les singes, entièrement numériques, sont magnifiques, au point qu’à  aucun moment, ou presque, on ne réalise qu’il ne s’agit là  que d’acteurs en motion capture. Les plans d’images sont toujours beaux, et le montage est agréable même lors des scènes d’action.

 

La fin du film reste peut-être la meilleure surprise du film. Loin des clichés et des habituels happy ends, elle annonce une suite sans vraiment jouer dans le « cliffhanger ». Elle résume surtout bien l’esprit du film : l’homme disparaît littéralement dans la pénombre, laissant les singes régner en nouveaux maîtres.

 

Un jeu d’acteurs à  deux niveaux

Les singes sont tous interprétés par des acteurs dont les mouvements et expressions sont utilisés pour animer les primates numériques. En tête d’affiche, on retrouve avec plaisir l’excellent Andy Serkis, maître incontesté du motion capture (Gollum dans le Seigneur des Anneaux, Godzilla ou encore le capitaine Haddock dans Les Aventures de Tintin : le secret de la Licorne). Il parvient à  donner une présence, une autorité et une force surprenantes au personnage de César.

 

Les acteurs ont dû apprendre à  se mouvoir comme l’espèce de singes qu’ils incarnent ; certains ont passé beaucoup de temps en compagnie de primates. L’actrice Karin Konoval a par exemple souvent rendu visite à  des orangs-outangs dans des zoos ; elle apporte une douceur et une tendresse tout à  fait naturelles à  l’orang-outan mâle Maurice (Je crois qu’il est autorisé de rire pour un tel nom donné à  un singe !) Le bonobo Koba est parfaitement interprété par l’anglais Toby Kebbell.

 

En contrepartie, les personnages humains sont faibles et montrent peu de présence. Un temps à  l’écran trop court est accordé à  l’excellent Gary Oldman (Sirius Black dans la saga Harry Potter, le commissaire Gordon dans la trilogie Batman), qui incarne le chef des survivants humains. Il parvient néanmoins à  transmettre beaucoup d’émotion lors d’une scène très forte de deuil. Jason Clarke interprète Malcolm sans erreur mais sans ambition non plus.

 

Les singes sont donc réellement les personnages intéressants du film. Peut-être est-ce un choix volontaire, afin de souligner le fait que la planète a de nouveaux maîtres ? L’affrontement est encore loin d’être terminé. Le combat qui termine le film ne semble en effet être que le précurseur d’une guerre bien plus importante à  venir. A suivre dans le 3ème film, déjà  annoncé !

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