Sport | 10.07.2014

Patriotisme et Coupe du Monde: tournoi de foot ou guerre d’Etat ?

Texte de Célie Gachet
PSYCHO - Le 12 juin 2014, c'est avec excitation que le coup d'envoi de la Coupe du monde a été lancé au Brésil. Depuis, à  force de trois diffusions par jour, d'une myriade de coups de klaxon et d'articles qui affluent sur le net, on ne cesse d'en entendre parler. Pourtant, qu'on aime le foot ou pas, qu'on connaisse les règles ou non, chacun de nous se prend au jeu. Et, match après match, le patriotisme qui va de pair avec la Coupe du monde se fait ressentir, stimulé de surcroît par les médias.
« On a jamais été aussi patriote que pendant la Coupe du monde. On a jamais été aussi fier, euphorique, belliqueux, hystérique non plus d'ailleurs. » Photo : darkroom.baltimoresun.com Des supporters du monde entier sont venus au Brésil soutenir leur équipe. Photo : telegraph.co.uk

Si le football est un sport parfois critiqué (et certainement critiquable), il est le seul qui semble susciter un tel engouement et un tel sentiment d’unité autour du monde. Tous les quatre ans, pendant un mois, chaque nation revendique les couleurs de son drapeau, avec fierté, détermination et à  l’unisson. On pleure les matchs perdus, on acclame ces 11 petits héros, qui, tels de véritables conquérants sont au coeur de l’actualité pendant plusieurs semaines. A chaque victoire, certes intense, mais de courte durée, on titille ses collègues, et tout haut, tout fort, on revendique ses origines. On a jamais été aussi patriote que pendant la Coupe du monde. On a jamais été aussi fier, euphorique, belliqueux, hystérique non plus d’ailleurs. Les politiciens exhortent les troupes qui chantonnent l’hymne national, les commerces exploitent l’événement en produits dérivés, et les supporters ne cessent de prier une victoire incertaine. Alors que, pendant ce temps, les moins patriotiques se transforment en personnages des plus chauvins.

 

« Au fond de tout patriotisme, il y a la guerre : voilà  pourquoi je ne suis point patriote » – Jules Renard (écrivain français)

Sur Internet, les 100 moments de la 1ère Guerre Mondiale côtoient les dernières nouvelles du Mondial. Ironie ? En 1913, Charles de Gaulle, général français et 18e président de la République, donne quatre origines à  ce mouvement : « Il est indispensable de voir [dans le patriotisme] en premier lieu une sorte de patrimoine de race, qui porte l’homme à  préférer tel peuple plutôt que tel autre. » Selon lui, ce patriotisme peut découler de l’amour naturel que chaque individu ressent pour l’endroit dans lequel il est né et a grandi ainsi que pour les objets, propres à  son pays, qui ont entouré son enfance et sa vie. Il mentionne également la propension naturelle des hommes à  préférer ceux dont le caractère, la langue, les mŠ«urs, les traditions sont les mêmes que les siens. Il termine: « Notre patriotisme est un amour profond pour une nation qui, à  toute époque, a tiré son épée, enfanté ses savants et ses théosophes, versé le plus pur de son sang pour toutes les grandes causes et renversé les obstacles que les peuples et les individus avaient jetés au travers de sa civilisation. »

 

Etonnant de constater qu’il y a plus de 40 ans, deux pays d’Amérique Centrale, qui devaient alors disputer trois matchs éliminatoires pour se qualifier à  la Coupe du monde, ont engendré une micro-guerre communément connue sous le nom de « Guerre du Football » ou « Guerre des 100 heures ». Plus récemment, on se souvient de la défaite prématurée de l’Argentine en 2002, qui avait retourné le pays et installé un véritable deuil national. Ou de la cérémonie de décoration des joueurs de l’équipe de France ,que Jacques Chirac avait organisée pour célébrer ses « soldats », après leur défaite en finale, en 2006. Et en 2014, il semble même que l’on puisse confondre Coupe du monde et politique d’intégration ; une erreur que Marine Le Pen s’est d’ailleurs empressée de faire à  la télévision la semaine passée, alors qu’elle déclarait vouloir remettre en question la « double-nationalité » des Algériens français suite aux débordements survenus après le match de lundi soir et la victoire de l’équipe algérienne contre l’Allemagne.

 

Et au foot comme à  la guerre, tous les moyens sont bons

Si la limite entre patriotisme, nationalisme et chauvinisme est déjà  fine, elle semble se réduire encore dans le milieu du sport. Pendant un mois, qu’on s’en préoccupe ou non, on ressent cette volonté des uns d’écraser les autres au nom de leur patrie. Sans oublier les violents accrocs pendant les matchs (les joueurs mordent maintenant ?), les insultes entre supporters qui parfois (souvent ?) dérapent, les propos excessifs lancés contre les arbitres (qui cautionne vraiment une victoire adverse ?) ou les actes patriotiques accomplis par les équipes – on peut mentionner l’équipe de Grèce qui, en renonçant à  ses primes, proclama ne  « jouer que pour la Grèce et le peuple grec ». Alors, véritable Coupe du monde ou opportunité d’expression patriotique ? Si l’on peut en effet approuver l’unité nationale que suscite cet événement pendant quelques semaines, celle-ci ne s’apparente-elle pas, en parallèle, à  une forte désunion à  l’échelle internationale ?

 

Echos


« Je ne suis pas une fervente de ce sport, mais à  chaque Coupe du Monde, je me surprends à  regarder les matchs de mon équipe jusqu’à  leur élimination. Je soutiens chacune de leur victoire, avec une pointe de fierté et d’enthousiasme ! » Eva, 21 ans


« Je suis vraiment fier de cette équipe qui a gagné le respect de beaucoup de gens aujourd’hui, et même des « olé » du public. Malgré sa défaite, l’équipe suisse n’a pas démérité. » Michael, 22 ans, en parlant de la dernière défaite de la Suisse contre l’Argentine


« Je déteste le foot, mais entre la presse, la TV, et mes newsfeed FaceBook, je ne peux m’empêcher d’être au courant de tout !» Marc, 20 ans

 

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