Culture | 06.07.2014

« La sécurité du public et des artistes est prioritaire »

C'est toujours un crève-cS«ur lorsqu'il faut prendre la décision, et pourtant, elle est parfois nécessaire. Le Montjoux Festival a été contraint d'annuler sa deuxième soirée, le 4 juillet, à  cause des intempéries, jugées beaucoup trop dangereuses. Comment s'organise une telle situation ? Qui sont les décideurs ? Thierry Macia, directeur du Montjoux Festival, nous éclaire sur le fonctionnement de l'évènement dans des conditions météorologiques difficiles.
Vendredi 4 juillet, la soirée a dû être annulée à  cause des orages qui grondaient.
Photo: © Xavier Delorme Le météorologue du festival se tient au courant de la situation et prévient de l'évolution des intempéries. DR

Quels sont les risques d’une mauvaise météo sur un festival en plein air ?

Le risque, nous le connaissons bien dans la mesure où nous habitons au bord d’un lac bordé de montagnes : celui d’une météo extrêmement violente, rapidement changeante et avec des éclairs traçants et dangereux. Le risque c’est donc qu’un éclair tombe sur la foule ou sur les arbres aux alentours, et ce serait un drame effroyable qu’il faut éviter.

 

Est-il possible d’anticiper une telle situation ?

Nous avons au sein de la sécurité un météorologue, avec tous ses appareils, qui nous prévient de l’évolution des orages dans l’ensemble de la région, à  partir du Massif central jusqu’à  la région lémanique. La masse d’eau que représente le lac Léman permet parfois d’éviter l’orage ou au contraire de l’attirer. Dans ces cas-là , on est prévenus et on sait qu’il faut être prêts.

 

Qui décide finalement de l’annulation ?

En tant que directeur, c’est moi qui prends la décision, avec un risque pénal. La préfecture et la mairie de Thonon m’ont appelé dans l’après-midi pour me dire qu’il y avait un niveau d’alerte orange et donc un risque élevé d’orages. Toute situation est locale, les choses peuvent très bien ne pas se passer pour des raisons mystérieuses, et c’est pour cela qu’il faut prendre les décisions au moment où ça arrive et avec l’ensemble des informations dont on dispose. Les agents de sécurité, les pompiers, la police… Tout le monde apporte son éclairage pour pouvoir prendre la meilleure décision possible, qui n’est malheureusement pas toujours celle que l’on souhaiterait.

 

Une fois la décision prise, qu’est-ce qui est mis en place auprès du public ?

Si l’orage est sur place, il faut premièrement protéger les personnes déjà  présentes: ce que nous avons fait hier. Nous avons aussi bloqué les entrées et informé les agents de sécurité, ainsi que l’ensemble de ceux qui travaillent avec nous, de l’annulation avant de faire évacuer le site. Le remboursement des places est immédiat et ceux qui le souhaitent ont pu échanger leurs billets avec la soirée d’aujourd’hui [samedi 5 juillet, ndlr].

 

Comment se gère l’annulation d’une soirée par rapport aux artistes ?

D’abord, on essaie de les informer, de leur faire prendre conscience que leur sécurité et celle du public est prioritaire. Dans cette période de festival, les artistes savent que ça peut arriver. C’est plus compliqué quand la soirée a commencé car ils sont dans le feu de l’évènement et ont parfois du mal à  comprendre qu’il faut s’arrêter. Hier soir [samedi 5 juillet, ndlr], ça n’avait même pas commencé, malheureusement ou peut-être heureusement, et tout le monde l’a très bien compris.

 

Dans une telle situation, quels sont les enjeux ?

D’abord au niveau économique, c’est toujours un drame. Nous avions pris nos dispositions en ayant recours à  une assurance annulation : elle coûte toujours très cher au départ puis finalement, lorsque ça nous arrive, on est toujours content qu’elle soit là  ! Maintenant, est-ce que tout sera pris en compte ou pas ? C’est la question qu’il va falloir régler avec l’assurance, avec qui on était en relation pendant l’évènement.

Mais nous devons faire des choix : soit on couvre tout le festival et à  ce moment-là  on n’a plus de problème mais on n’est plus non plus dans la nature. Soit on veut faire un bel évènement en extérieur et on prend le risque. Il faut aussi que le public comprenne et accepte de prendre ce risque. L’important est de préserver la longévité du festival.