Culture | 21.07.2014

Ed Sheeran clôt le Montreux Jazz avec brio

Méconnu il y a quelques années encore, Ed Sheeran remplit aujourd'hui les salles de concert, trois ans après la sortie de son premier album. Lors de la dernière soirée du Montreux Jazz Festival, le 19 juillet, la magie a opéré auprès du public.
L'authenticité de ses performances en live est déstabilisante: Ed Sheeran ne se contente pas de chanter, il construit littéralement ses chansons, pas à  pas.
Photo: Daniel Balmat / Montreux Jazz Festival

«Il arrive, il arrive ?», peut-on entendre au milieu de la foule, impatiente. Tout le monde scrute la scène. Après le passage du groupe Mighty Oaks en première partie, on compte les minutes avant qu’Ed Sheeran, 23 ans, ne fasse son apparition. Certains essaient de s’approcher le plus possible, sous le regard mécontent de ceux qui se font dépasser. Certains s’insurgent. On installe trois écrans au fond de la scène. Quelques minutes encore et de grands « x » s’affichent, symbole du deuxième album de l’Anglais d’origine irlandaise, sorti en juin. La tension commence à  monter: Ed va se montrer d’un instant à  l’autre, c’est certain.

 

Teintes sentimentales

Il est 22 heures et les premiers cris se font entendre. Le chanteur tant attendu arrive le plus simplement du monde: chemise à  carreaux, guitare à  la main. Et cela suffit. Première chanson du concert, première chanson d’amour. «See the flames inside my eyes. It burns so bright I wanna feel your love». Le morceau I’m a mess a comme un goût de déjà -vu. Si dans son premier album « + » en 2011, l’amour occupait une place prépondérante, il en va de même pour « x ». Il fait chaud dans la salle du Lab, un petit courant d’air serait une aubaine. Mais cela n’empêche pas les couples de s’enlacer, les corps de s’enivrer. Avec One, Ed Sheeran prend le contrôle de son public, tel un marionnettiste. La foule balance sans cesse. Trop d’amour tue l’amour ? Au contraire. Les textes sont touchants, hypnotisants. Le public ne s’en lasse pas.

 

Symbiose indispensable

« Si vous ne connaissez pas les paroles, inventez-les! » L’échange est l’une des caractéristiques propres aux concerts d’Ed. Et les fans venus à  Montreux ce soir-là  le lui rendent bien. « Kiss me! », entend-on à  plusieurs reprises. Le chanteur sourit. Même si Ed Sheeran n’a pas le physique d’un mannequin, le charme opère. Sa bouille ronde y est pour quelque chose, sans aucun doute. Une proximité immédiate s’installe avec l’auditoire. « Il fait toujours autant participer le public », lance Natacha, également présente lors de la première venue de l’artiste au Montreux Jazz, il y a deux ans.

 

Nous sommes tout de suite prévenus: « Mon boulot est de vous divertir, le vôtre est d’être diverti ». Mais pas question de rester les bras ballants pendant le concert. D’ailleurs, bien peu de gens ont l’air de s’ennuyer. Il faut dire que la foule est mise à  contribution tout au long de la soirée: taper dans les mains, lever les bras le briquet allumé, ou encore sourire pendant qu’Ed prend une photo. Sur Give me love, la moitié droite de la salle s’occupe d’un accord, la moitié gauche de l’autre. Un jeu dont le chanteur semble raffoler.

 

Au-delà  de l’interprétation

Écouter le nouvel album d’Ed Sheeran ne suffit pas. L’authenticité de ses performances pop en live est déstabilisante: l’Anglo-Saxon ne se contente pas de chanter, il construit littéralement ses chansons, pas à  pas. Wayfaring stranger en est la preuve vivante. Si d’autres artistes s’arment d’une équipe sur scène, Ed Sheeran, lui, est seul. Ou presque. A l’aide de sa pédale de loop, il enregistre un son brut, puis un autre. On entend ensuite jouer en boucle ce qu’il vient d’enregistrer. Il ne lui reste plus qu’à  chanter par-dessus la bande. On voit à  l’Š«uvre un véritable artisan-chanteur. Et si l’on en croit les applaudissements tout au long du concert, les gens ne semblent pas s’en lasser. L’Irlandais l’annonce: c’est la dernière chanson. I see fire s’achève sous des centaines d’yeux pétillants.