04.06.2014

Régimes : Et si on arrêtait simplement de manger ses émotions ?

Texte de Célie Gachet | Photos de Shutterstock
PSYCHO - Dans son nouveau livre, « Maigrir c'est dans la tête », le Dr. Apfeldorfer propose une nouvelle façon d'aborder la nourriture et de bannir régimes et complexes : et si, plutôt que de se priver de nourriture, on apprenait à  renouer avec son corps, à  l'écouter, et à  lui faire du bien ? Il pourrait nous en remercier.
Selon le Dr. Apfeldorfer, faire un régime, c'est commencer une lutte à  la fois contre son mental et son corps. Les sensations de plaisir, de faim et de satiété, déréglées par les régimes à  répétition et la restriction cognitives, sont en fait indispensables à  la régulation de notre poids.
Photo: Shutterstock

« Le ventre est notre deuxième cerveau« , ne l’aviez-vous donc jamais entendu ? Il y a quelques années, les chercheurs ont découvert que notre estomac contenait environ deux cents millions de neurones. En permanence, ceux-ci veillent à  notre digestion et échangent des informations avec notre cerveau. On savait que ce que l’on ressentait pouvait agir sur notre système digestif, mais on découvre maintenant que l’inverse est aussi vrai: notre deuxième cerveau pourrait être en mesure de jouer avec nos émotions…

 

Aux premières lueurs de l’été, à  l’heure où les corps se dévoilent et où certaines d’entre nous recommencent à  osculter le leur et à  maudir les quelques kilos superflus gagnés au fil de l’hiver, le Dr. Apfeldorfer, psychiatre et psychothérapeute spécialisé dans l’étude des comportements alimentaires et dans le traitement de ses dysfonctionnements (anorexie, boulimie, obésité, etc.), publie son nouveau livre et tire la sonnette d’alarme : Maigrir c’est dans la tête, nous dit-il. Vraiment ? Pour vous aider à  vaincre vos rondeurs tout en douceur, Tink.ch s’est penché sur l’étonnante méthode que l’auteur propose, au travers de ce titre plutôt révolutionnaire.

 

« Notre société oblige les obèses à  se cacher et les minces à  devenir toujours plus minces »

Grand pourfendeur des « régimes miracles », c’est avec vigueur que le Dr. Apfeldorfer s’efforce de dénoncer notre société, qu’il considère obsédée par la minceur. Pour lui, la minceur ne s’acquière pas par la restriction et le contrôle constant de nos prises alimentaires, mais par l’identification et le changement de nos schémas et habitudes nutritifs: Pourquoi est-ce que je mange ? A quel moment ? Ai-je vraiment faim ?

 

Le Docteur explique: trop souvent, nous mangeons pour combler certaines émotions – le stress, la fatigue, le chagrin – que nous nous efforçons de refouler par la prise alimentaire. Nous ingérons les aliments trop rapidement, inconsciemment, sans prendre le temps de savourer et d’apprécier l’acte même de manger. Devant sa télé, devant son ordinateur, on s’oublie, peu à  peu.

 

C’est alors que la culpabilité et l’anxiété nous rattrapent, avant les menaces formulées contre soi, les jeûnes de plusieurs jours, le surentraînement sportif, les privations, et les poussées de frustration qui, ingérables, nous incitent à  ensuite consommer trois fois plus, au premier instant de crise. Combien sont celles qui, pourtant désireuses de maigrir, reprennent des kilos à  tour de bras ? Combien sont celles qui ont subi le fameux effet « yo-yo » et repris plusieurs kilos après un régime acharné dont elles étaient si convaincues ? Combien sont celles qui en sont venues à  être découragées et à  détester leurs corps, ou pire, à  se méfier des aliments ? Selon le Docteur, plus de la moitié des femmes. Et les sondages le confirment : en France, plus de huit femmes sur dix affirment surveiller leur alimentation afin de perdre du poids. Le mal-être est là , et il subsiste.

 

L’alimentation  « intuitive » pour retrouver ses sensations

Les régimes à  répétition et la restriction cognitive (le contrôle incessant de ce qu’on mange et en quelle quantité) entraînent souvent le dérèglement à  long terme des sensations de faim, de satiété et de plaisir. Pourtant, ce sont ces sensations qui nous permettent la régulation et la stabilisation de notre poids de forme. Après un repas riche, par exemple, il est probable que la faim se fasse plus longue à  revenir et de ne pas manger jusqu’au soir suivant; et selon l’expert, il n’y a aucun mal à  cela ! Mais à  force de se contrôler, les personnes en surpoids ne savent absolument plus si elles ont faim, de quoi elles ont envie ou à  quel moment elles doivent cesser de manger. A la fin d’un régime, elles reprennent donc presque automatiquement du poids. Selon l’auteur, s’imposer des règles alimentaires est contraire au fonctionnement physiologique de l’organisme : ce n’est pas à  la tête de décider, mais au corps de réclamer, selon ses besoins.

 

Identifier ses émotions

Manger ne répond pas qu’à  des besoins physiologiques, mais aide aussi, pour beaucoup, à  calmer des émotions, qu’il s’agisse de l’angoisse, de l’ennui, de la colère ou de la joie. Au travers de la psychothérapie cognitivo-comportementale, le patient peut apprendre, non pas à  lutter contre ses émotions, mais à  les accepter sans qu’elles déclenchent des envies de manger. Nombreuses sont d’ailleurs les peurs qui interagissent avec le comportement alimentaire. M. Apfeldorfer s’explique : « Il y a la peur de grossir, bien sûr, qui induit en général une prise de poids, parce qu’elle déclenche des mécanismes de restriction qui eux mêmes aboutissent à  des compulsions. » Il ajoute : « Il y a aussi la peur de manquer, très présente chez les personnes en surpoids, qui l’anticipent en mangeant alors qu’elles n’ont pas faim. » Puis, il mentionne cette peur du « mal-manger » (dont résulte l’orthopraxie – cette obsession du « bien-manger »), qu’il remarque très fréquente aujourd’hui. Il conclut, avec dépit : « on a peur de s’empoisonner, de l’effet qu’auront nos choix de nourriture dans vingt ou trente ans sur notre organisme. Manger n’est plus acte réparateur, c’est devenu une source d’angoisse ». Il ne faudrait ainsi plus s’interdire des aliments, mais apprendre à  les consommer, avec modération, selon nos envies et notre faim.

 

Renouer avec son corps

Les personnes en surpoids entretiennent souvent un rapport très négatif à  leur corps, qu’ils considèrent comme un ennemi, car il ne veut pas obéir ou fonctionner comme ils le voudraient : c’est bien là  que la lutte interne entre son corps et soi commence. Selon le psychiatre, celle-ci se solde souvent par une volonté inconsciente de ne plus ressentir ce corps, en le laissant le plus immobile possible : en effet, lorsque l’on ne bouge pas on ne « sent » pas son corps. Le spécialiste prône ainsi une remise en mouvement, non pas à  une finalité d’amaigrissement mais dans le but d’être « gentil » avec son corps et de se faire du bien, de se faire plaisir. Il précise : « J’ai pour habitude de comparer cela au chien de compagnie, qui, s’il reste en permanence dans un appartement devient triste. Si vous le sortez au parc, que vous jouez avec lui, lui faites respirer le grand air, il est heureux. Le corps a besoin de cela aussi ».

 

Tout au long de son livre, on découvre les différents exercices proposés par le Dr. Apfeldorfer pour se remettre à  l’écoute de ses sensations alimentaires et de son corps, sans le brutaliser. On y trouve entre autres un journal de bord, pour identifier ses schémas alimentaires, ou la dédiabolisation des aliments, qui consiste à  remplacer un aliment « nécessaire » par un aliment considéré « interdit » par le patient, sur une période donnée. Des moyens certes innovants, mais testés et approuvés par un certain nombre de lecteurs et lectrices, dont les témoignages foisonnent sur le net.

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