25.06.2014

Etre homosexuel en Ouganda: « On est menacés et kidnappés »

Le 24 février 2014, l'Ouganda a promulgué une loi durcissant la répression envers les homosexuels. Elle a déclenché une véritable chasse aux sorcières à  travers tout le pays et un tollé international. Tink.ch est allé à  la rencontre d'Allan, un militant gay qui a trouvé asile en Suisse après avoir fui l'Ouganda pour survivre. Témoignage.
Mais s'affirmer en tant qu'homosexuel et militer n'est pas sans risques en Ouganda. "C'est dangereux, on est menacés. Tu ne sais pas exactement qui, tu devines, ils te kidnappent à  la sortie de ton travail, t'emmènent et t'interrogent, ils ont besoin d'informations, qui tu vois, où tu travailles, comment tu baises...".
Photo: © Blacqbook - Fotolia.com

Un grand sourire aux lèvres, Allan apparaît dans la fenêtre de notre conversation Skype et me gratifie d’un chaleureux « hello« . Difficile à  cet instant d’imaginer ce que ce jeune homme de 28 ans, originaire de l’Ouganda, s’apprête à  nous raconter. Difficile de percevoir, à  son ton enjoué, le calvaire qui l’a mené jusqu’à  notre pays.

 

Le rejet et la persécution

La vie d’Allan a basculé lors d’une fête familiale. « Mon père m’a demandé devant tout le monde si j’étais gay. Je n’ai pas donné de réponse, juste que je n’aimais pas vraiment les femmes. Il m’a mis à  la porte. » Chassé de son domicile, Allan quitte aussi son école n’acceptant pas les homosexuels. Le jeune homme doit, par la force des choses, travailler pour subvenir à  ses besoins. D’un naturel communicatif et empathique, il rejoint La Cour pénale internationale en Ouganda. Durant son temps libre, il s’engage pour défendre la cause homosexuelle, ce qui lui permet de rencontrer des activistes d’envergure tels que David Kato, important militant pour les droits des homosexuels en Ouganda, assassiné en janvier 2011.

 

Mais s’affirmer en tant qu’homosexuel et militer n’est pas sans risques en Ouganda. « C’est dangereux, on est menacés. Tu ne sais pas exactement qui, tu devines, ils te kidnappent à  la sortie de ton travail, t’emmènent et t’interrogent, ils ont besoin d’informations, qui tu vois, où tu travailles, comment tu baises… » Ce climat de haine est le quotidien d’Allan. Aller voir la police ? Impensable. L’absence de preuves le discrédite. Allan parle même de prison où seraient emmenés les homosexuels afin d’y être violenté par des représentants de l’ordre. Mais la persécution atteint son paroxysme le jour où il voit son nom publié aux côtés de celui de David Kato dans le tabloïd ougandais « Rolling Stone ». Une liste non exhaustive de personnes accusées d’être gays y a été rendue publique.

 

Fuir pour survivre

La succession des menaces et le climat devenant de plus en plus électrique, ses amis lui conseillent de quitter le pays. « J’avais peur de tout laisser, d’être un réfugié. Je gagnais bien ma vie, plus qu’un médecin« . Mais le danger était de plus en plus palpable. « Nos noms passaient à  la radio, dans un nouveau journal… On s’est tous cachés dans nos maisons. Ma mère m’a dit  »Allan, fait ça pour moi, pars, je sais que tu es fier de toi, mais pour moi l’important c’est que tu sois vivant ». » Sa décision prise, Allan rejoint Nairobi, la capitale du Kenya, pour se cacher, et appelle un ami suisse, docteur en droit. Ce dernier lui conseille de faire sa demande d’asile et s’occupe des formalités à  Berne. « Je n’avais plus d’argent et seulement un visa de réfugié. J’ai essayé de rentrer mais je ne pouvais pas, c’était trop dangereux. Je ne pouvais même pas passer de frontière ni d’aéroport. Je suis resté à  Nairobi pendant 2 ans ».

 

Finalement, la Suisse lui accorde l’asile politique. « Il n’y a pas que le chocolat et le fromage en Suisse. Cela n’a pas été facile, toutes les choses que j’avais peur de vivre en tant que requérant d’asile, je les ai vécues. J’étais coincé dans un ghetto à  réfugiés, et en tant que gay je devais me protéger moi-même« . Un mois après être arrivé en suisse, devant la TV du centre de réfugiés, Allan apprend au télé-journal que David Kato a été sauvagement assassiné « frappé à  mort avec un marteau« . Sa mère l’appelle alors pour lui dire qu’elle est contente qu’il soit à  l’abri en Suisse. « J’étais vivant, ça ne se passait pas bien, mais j’étais vivant ».

 

La force de se tourner vers l’avenir

Aussi surprenant que cela puisse être et malgré tout ce qu’il a vécu, Allan ne nourrit aucune rancŠ«ur envers ceux qui l’ont traqué. « Je leur pardonne car eux-mêmes n’avaient pas idée de ce qu’ils faisaient. Je n’ai personne à  haïr. » Aujourd’hui tout cela est derrière lui. Maintenant qu’il a validé son Test de Connaissance du Français, le prochain projet d’Allan est d’entrer à  l’Université de Fribourg en Droit. Altruiste et impliqué, il souhaite devenir avocat pour défendre la cause homosexuelle et, pourquoi pas retourner en Ouganda pour essayer de changer les choses. « Je ne veux pas que les personnes qui m’ont menacé gagnent », conclut-il.