Sport | 17.06.2014

Krav Maga : de la vigilance à  l’auto-défense

En cas d'agression, peu de victimes sont préparées à  se défendre. Plus qu'un sport, le Krav Maga constitue une méthode d'auto-défense couvrant la prévention jusqu'à  la réaction. Sa pratique, tournée vers l'efficacité, permettrait aussi de développer sa confiance en soi. Présentation.
D'origine israélienne, le Krav Maga vise à  répondre à  des situations réalistes avec la devise "simplicité, efficacité, rapidité et maîtrise de soi".
Photo: © Fédération Suisse de Krav Maga

A l’approche de l’été, la police genevoise invite à  la prudence et diffuse des messages de prévention à  l’attention des citoyens. S’il n’appartient pas à  tout un chacun d’intervenir pour empêcher une infraction, l’officier de communication Eric Grandjean rappelle que les personnes directement agressées ont le droit de se défendre en proportion de l’agression subie. Sans préparation, il semble toutefois difficile de résister à  un agresseur. Eric Grandjean ne se prononce pas sur l’utilité des cours d’auto-défense mais déclare : « Si une bande de jeunes attaquent une vieille dame qui s’avère ceinture noire de Krav Maga et qu’ils se retrouvent par terre, c’est une très bonne chose. » Méconnue, cette discipline soulève plusieurs questions.

 

Une technique d’auto-défense pour tous

D’origine israélienne, le Krav Maga utilise différentes techniques de combat rapproché pour permettre l’auto-défense en cas d’agression. Il vise à  répondre à  des situations réalistes avec la devise « simplicité, efficacité, rapidité et maîtrise de soi ». Sept principes essentiels régissent la pratique (cf. encadré). La discipline exige une bonne condition physique, mais s’adresse à  tous : hommes, femmes, jeunes et moins jeunes. L’un des pratiquants du club de Krav Maga de Lausanne est même partiellement handicapé. D’autres ont en commun un milieu professionnel particulier.

 

Sans grande surprise en effet, 1/5 des élèves de Krav Maga sont issus du milieu de la sécurité publique ou privée. La plupart ne sont cependant pas particulièrement confrontés à  la violence au quotidien. C’est le cas de Marc*, employé dans les bureaux d’une grande entreprise, à  Genève. Il n’est exposé à  aucun risque spécifique, mais recherchait une nouvelle activité sportive intense avant de rejoindre des amis déjà  amateurs. Son objectif est à  la fois : se défouler, se dépenser et se concentrer. Selon Christophe Tornare, responsable Marketing & Events de la Fédération Suisse de Krav Maga, une majorité de pratiquants recherche néanmoins, en plus de la dépense physique, la dimension utilitaire de la self-défense. Dans notre région du monde, la démarche peut surprendre.

 

Au sein d’un Etat en paix tel que la Suisse, la frontière entre la vigilance et la paranoïa apparaît mince. Christophe Tornare confirme qu’il est très difficile d’évaluer le danger d’une situation, parfois en une fraction de seconde seulement. Il ajoute cependant « Si vous faites le mauvais choix, c’est vous qui payez les pots cassés. » Selon les principes du Krav Maga, une victime qui se fait agresser doit se protéger: d’abord en fuyant si possible, sinon en se défendant physiquement pour se créer une opportunité de fuite.

 

Théorie et pratique

En pratique, le Krav Maga conduit notamment à  faire suivre toute parade d’une contre-attaque. Dans ces conditions, on pourrait craindre de sortir du cadre de l’auto-défense, qui devrait idéalement se limiter à  neutraliser son agresseur sans le blesser. Christophe Tornare tient cependant à  écarter tout angélisme : « Pour la plupart des gens qui ont grandi en Suisse, la violence est une idée abstraite. Dans la réalité, on ne peut tout simplement pas se défendre sans risquer de blesser son agresseur. » Le Krav Maga suppose donc de renoncer au principe communément admis de ne pas faire de mal à  autrui. Pour Christophe Tornare en effet, « l’agresseur n’agit parfois plus comme un être humain. Certaines personnes n’ont rien à  perdre, sont très décidées et n’ont aucun respect pour la vie humaine. » Le jeune homme parle d’expérience : c’est un professionnel de la sécurité publique. A son niveau, Marc* est plus réservé sur les bénéfices concrets de son apprentissage : « La probabilité de réussir à  se défendre contre un couteau est très faible. »

 

Si la mise en Š«uvre des principes du Krav Maga en situation réelle n’est pas l’objectif recherché, il semble que la préparation permette d’apaiser les personnalités anxieuses. Christophe Tornare estime que les élèves asseyent leur confiance en eux au travers de leur pratique. Il ajoute : « Nous veillons cependant à  instaurer la valeur de l’humilité. » En ce sens, l’absence de règles techniques est contrebalancée par des règles de comportement propres aux conditions d’entraînement. Les pratiquants les plus avancés ne sont ainsi pas autorisés à  blesser les débutants. Le porte-parole de Fédération Suisse de Krav Maga insiste sur le fait que l’on n’y apprend pas à  se battre, mais bel et bien à  se défendre : « Nous ne formons pas des voyous : les élèves qui ont de mauvaises intentions sont vite repérés et exclus. »

 

Les sept principes du Krav Maga


Identifier et, si possible, éviter le danger

Tenter de dissuader son agresseur

Se défendre par la voie la plus directe et depuis la position dans laquelle on se trouve, sans position de départ définie ni considération esthétique

Solliciter les réflexes naturels du corps humain, reproductibles même en situation de stress intense

Viser directement les points sensibles du corps de l’agresseur (yeux, nez, parties génitales)

Essayer d’utiliser les objets à  sa portée (chaise, parapluie, etc.) avant d’utiliser son corps, pour ne pas se blesser

En situation de contrainte, sauver sa vie par tous les moyens : il n’y a aucune règle

 

Infos


La Fédération Suisse de Krav Maga (FSKM) compte 800 membres répartis au sein de 14 clubs, principalement en Suisse romande. L’encadrement est réalisé par des instructeurs de niveau ceinture noire ayant suivi une formation pédagogique et des cours de premier secours, renouvelés chaque année. La FSKM est affiliée à  la Fédération européenne de Krav Maga, dirigée par Richard Douieb, représentant en Europe du fondateur de la méthode, Imi Lichtenfeld.

 

Parallèlement à  son métier et à  son rôle auprès de la FSKM, Christophe Tornare dirige également l’entreprise « Faire Face », qui propose différentes formations relatives à  la sécurité personnelle.

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