Culture | 10.05.2014

Sidilarsen: le triomphe du mal-placé

Texte de Joëlle Misson | Photos de © Joëlle Misson
Sidilarsen en a mis plein la vue au Balélec. Leur recette: une énergie débordante et une complicité contagieuse avec le public.
Sidilarsen réussit de main de maître à  chauffer la foule qui se masse petit à  petit devant la grande scène à  20:30 heures au Balélec. Chapeau !
Photo: © Joëlle Misson

Il n’est pas chose facile d’être le premier groupe à  entrer en scène lors d’un festival. Parce qu’à  20h30, les spectateurs sont encore en train d’arriver sans se presser, et parce qu’il fait encore jour. Ce dernier désavantage, la lumière, est l’une des plus grandes difficultés des manifestations estivales. Comment chauffer une foule qui n’est pas encore là , dans une ambiance diurne moins magique que celle de la nuit ? Les lumières de la grande scène n’éblouissent pas déjà  les yeux vitreux des spectateurs, et les esprits n’ont pas encore changé le disque de leur journée de travail pour laisser place à  l’ivresse nocturne.

 

Pourtant, le 9 mai au Balélec, le groupe français Sidilarsen, originaire de Toulouse, réussit l’exploit de tout donner, qu’importe la densité du public. Rassemblant plus que ses admirateurs – ils étaient bien là , portant T-shirts et casquettes à  l’effigie de leur groupe favori – la formation aura provoqué la rencontre entre hommes, femmes, jeunes, moins jeunes, visiblement « dark » ou dégaine tout ce qu’il y a de plus « normale ». Amateurs de rock, de métal et d’électro – ils jouent même un morceau de The Prodigy. Une véritable explosion de son. Sur le site internet du Balélec, le groupe français est qualifié de formation « dancefloor métal ». Quant à  sur Wikipédia, on parle de « nu-métal » – sorte de fusion entre métal, rap et grunge – ou d’ « électro-métal ». En tout cas, la contradiction des termes illustre parfaitement l’ambivalance de Sidilarsen.

 

Crowdsurfing

Quelques minutes après le début du concert, les têtes sont éparses devant la grande scène. Pourtant, c’est sans hésitation qu’au deuxième morceau, David, le chanteur, descend de scène et prend place face au rare public. Pour lui demander de se resserrer près de l’endroit où il se trouve. Et effectuer un numéro de crowdsurfing sur la quinzaine de personnes disponibles. Le truc que tout bon groupe de rock se doit de faire.

 

Face à  ces cinq gaillards allumés, la réaction du public ne se fait pas attendre: des plus timides aux plus expressifs, chacun y met du sien et personne n’est statique. Niveau un: les jambes accusent le phénomène de la «bougeotte». Niveau deux: on ajoute la tête qui se balance d’avant en arrière. Niveau trois: les hanches s’y mettent aussi. Niveau quatre: on sautille et on pogote. Niveau ultime: il n’y a plus aucune limite ! Et les cheveux volent au vent…

 

Si l’espace reste relativement disponible devant la grande scène durant tout le concert, le public ainsi que le groupe semblent en faire très peu de cas. L’énergie des spectateurs est entraînante – attendez, on me sollicite pour un selfie – et les cinq Français sont si communicatifs qu’il paraît naturel de leur répondre. Ils s’exclament: «Merci!», on leur renvoie: «de rien!».

 

« Bouge comme tu veux! »

«Je compte sur toi, tu peux bouger n’importe comment, bouge ton cul, bouge ta tête, fais ce que tu veux!» Une quinzaine de minutes avant la fin du concert, l’ambiance est toujours à  son comble, augmente même de minute en minute. Devant la grande scène, vers 21h20, la place commence à  se remplir à  mesure que la luminosité faiblit pour laisser place à  l’éclairage des lampadaires. Certains arrivent peut-être en prévision du concert qui suivra, celui de Kadebostany. Ou ils sont seulement attirés par l’énorme final célébré sur les notes de Des milliards, issu de leur dernier album Chatterbox (2014). Quelle que ce soit la raison qui nous a fait venir devant la grande scène du festival Balélec à  cet instant, personne n’a pu résister à  l’effroyable maîtrise de Sidilarsen dans l’art de mettre une ambiance de folie.