08.05.2014

Romance 2.0: ce qu’ils pensent du cyberamour

Texte de Célie Gachet | Photos de DR
Suite de l'article de la semaine dernière "Romance 2.0: au coeur du net", Célie Gachet a poursuivi son introspection du cyberamour sur la base de témoignages recueillis. Il semble que les sites de rencontre ont encore du boulot pour séduire les jeunes suisses.
Il faut l'admettre, les SDR facilitent le premier contact, et élargissent le pôle de partenaires potentiels. Cependant, une fois cette première étape franchie, tout se passe comme n'importe quelle autre interaction qui se serait produite, au départ, dans la vie réelle.
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« Les SDR ruinent les « vraies » interactions » – David, 19 ans

Beaucoup de jeunes estiment que les sites de rencontre sont à  bannir, car ils ruinent la spontanéité de la rencontre et de l’interaction, qui devient fausse et créée de toute pièce. Le débat se tient ici. Malgré ce que l’on peut pourtant souvent observer, le but du virtuel ne devrait pas être de supplanter le réel. N’est-ce pas la responsabilité des utilisateurs de ne pas laisser la technologie prendre le pas sur leurs interactions réelles ? Apprendre à  se connaître, c’est très bien, et encouragé, mais il est aussi très important de veiller à  faire basculer la relation virtuelle dans le réel à  un moment donné. Après tout, Internet devrait ici être utilisé en priorité comme moyen de créer des opportunités. Il ne faut pas oublier que c’est l’étape accomplie de la première rencontre qui engendrera, ou non, une histoire possible entre deux personnes.

 

« Ce n’est pas très romantique! » – Sarah, 23 ans

Les SDR sont souvent comparés à  un « zapping relationnel », un entretien d’embauche ou une industrie de l’amour. On remarque assez vite (surtout sur les sites comme Tinder ou AdopteUnMec.com) l’aspect jetable et consumériste de ces plateformes. Mais après tout, lors d’une sortie en soirée, « zieuter » les congénères présents dans la salle ne s’apparente-t-il pas à  du zapping visuel ? Et puis, n’est-il pas admirable que deux personnes puissent « s’aimer » sans se connaître réellement ? N’est-il pas romantique de pouvoir laisser ses chances à  tout le monde ? D’accepter les audaces du timide, peut-être passé inaperçu, dans le bar d’à  côté? Alors que beaucoup critiquent l’absence de la rencontre des corps ou l’évanouissement du charme romantique, « la toile » permet cependant de faire les choses à  l’envers, puisqu’on se découvre, en premier, de l’intérieur.

 

« Les SDR ne défavoriseraient-ils pas la pérennité amoureuse? » – Paul, 21 ans

Il faut l’admettre, les SDR facilitent le premier contact, et élargissent le pôle de partenaires potentiels. Cependant, une fois cette première étape franchie, tout se passe comme n’importe quelle autre interaction qui se serait produite, au départ, dans la vie réelle. Bien entendu, les rendez-vous douteux et histoires drôles seront de la partie, mais rares sont les horribles soirées. Ces gens n’ont tout de même pas été choisi pour rien. Moralité: si votre prétendant(e) s’amuse donc encore à  swiper sur son iPhone après votre troisième dîner, il est probable qu’il ou elle en aurait fait tout autant « dans la vraie vie ».

 

Alors, ça marche vraiment?

Certains maintiennent leur position. Pour eux, les SDR rendent tout le monde accessible en un claquement de doigts. Un contrôle social et une glaciation des rapports amoureux se créent. Si la toile devrait plutôt s’envisager comme une gigantesque machine à  produire des contacts, à  tisser des liens et à  générer des relations, il peut être effrayant de constater que l’ordinateur peut désormais « produire » des aventures et des histoires d’amour. Mais en fait, les reproches faits aux SDR ne seraient-ils pas semblables à  ceux lancés aux réseaux sociaux et aux nouvelles technologies de la communication de manière générale ? Effrayés par la nouveauté, on pense que les nouvelles technologies de l’information et de la communication prennent le contrôle sur la société, alors qu’en réalité, il devrait être de notre responsabilité de prendre position: en contrôleur et non en contrôlés.

 

Bien sûr, il ne va pas sans dire que les SDR ont engendré un changement important du statut de la relation amoureuse. Le célibat n’est désormais plus considéré comme effrayant. Avec un peu de volonté (il ne faut cependant pas être trop difficile), on peut s’en sortir ou y replonger très rapidement. On constate d’ailleurs vite que les conséquences de la rencontre sont les mêmes que dans la vie réelle; au fond, c’est simplement l’approche de la relation qui est différente.

 

Après plusieurs tentatives et discussions, il semble donc évident d’admettre qu’il n’existe pas de réponse catégorique à  cette question. Ainsi, l’appréciation des SDR se tient surtout dans une utilisation rationnelle et modérée de ces plateformes. Après tout, celles-ci ne constitueraient-elles pas l’équivalent d’un immense bar ou d’une « grosse soirée » virtuelle, où le tri ne se ferait pas visuellement mais via des critères sélectionnés au préalable ?

 

Anecdote


L’homme qui a hacké les sites de rencontre pour trouver son âme soeur: « Un génie des maths américain a piraté le site de rencontre OKCupid afin d’augmenter ses chances de trouver la partenaire qui lui conviendrait le mieux. Après 88 rendez-vous, il a enfin trouvé la perle rare, avec qui il va se marier prochainement. »

 

Tour d’horizon des SDR en Suisse


Tinder: disponible uniquement sur le téléphone, on « zappe » les profils et on « like » ceux/celles qui nous plaîsent. Si l’autre a aussi manifesté son intérêt, c’est gagné. Une critique ? Les gens n’y cherchent souvent que des aventures, et la communication est très relative.

 

AdopteUnMec.com: « Un site où les filles commandent » se vante la plateforme. A l’aide d’un panier, non pas à  commission, mais à  hommes, on sélectionne le « mec qui nous plaît »; on voit ses hobbies et nos concurrentes. Une critique ? Une approche très consumériste et très inégalitaire. Les hommes y sont interdits d’aborder les femmes, sans leur accord préalable.

Meetic: La crème des SDR, bien qu’orientée vers une moyenne d’âge souvent plus élevée. Une critique ? Il faut tout payer.

Swissfriends: Le premier site de rencontre en Suisse. Une critique ? Un brin sérieux, et très identique à  sa version française, Meetic.

OKCupid: Très en vogue chez les Américains, il ne fait pas encore beaucoup d’adeptes en Suisse. Une critique ? Il y a de tout; parfois, un peu trop.

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