21.05.2014

Ouverture de l’Espace DIS NO: agir avant le premier abus sexuel

Au lendemain de l'acceptation de l'initiative populaire fédérale concernant les pédophiles condamnés, l'Espace romand de prévention DIS NO se dévoile en exclusivité à  Tink.ch. Créée en avril 2014, la structure s'adresse aux potentiels futurs auteurs d'abus sexuels sur les enfants, et notamment aux adolescents qui se découvriraient une sexualité déviante. L'association DIS NO, active pour la prévention de la maltraitance envers les enfants depuis 1995, vise ainsi à  compléter les mesures de prise en charge existantes dans le domaine. Lisa Ancona, en charge du service avec François Boillat, présente les enjeux de ce défi délicat.
L'Espace de prévention DIS NO a ouvert en avril 2014. "Avant un premier abus, il y a en effet un temps où la plupart des personnes perçoivent leur problème sans savoir que faire ou à  qui parler. DIS NO propose donc un espace de parole sur ce sujet pour leur permettre de mettre de l'ordre dans leurs pensées", explique Lisa Ancona, co-responsable de la structure.

Pourquoi la prévention des abus sexuels sur les enfants orientée vers les victimes potentielles et les auteurs condamnés ne suffit-elle pas ?

A l’origine, l’Association DIS NO est intervenue auprès des potentielles victimes (prévention secondaire) pour leur apprendre à  dire non, d’où le nom de l’association. Mais on s’est rendu compte que les enfants les plus vulnérables étaient aussi les moins réceptifs et que cette approche fait porter à  l’enfant la responsabilité de se protéger. La prévention orientée vers les « potentiels auteurs » (prévention primaire), en complément des autres structures, permet d’agir avant qu’il y ait une victime et un abuseur. Avant un premier abus, il y a en effet un temps où la plupart des personnes perçoivent leur problème sans savoir que faire ou à  qui parler. DIS NO propose donc un espace de parole sur ce sujet pour leur permettre de mettre de l’ordre dans leurs pensées. On peut également aider à  identifier et éviter les comportements à  risque, mais il ne s’agit pas d’un espace thérapeutique. Selon les besoins, DIS NO offre l’accès à  un réseau de spécialistes sensibilisés au sujet.

 

 

Le rapport 2011 de l’Université de Lausanne concernant la prévention primaire relève que « pour bon nombre d’adultes abusant d’enfants, les fantasmes sexuels déviants apparaissent souvent dans l’adolescence ». Comment distinguer les déviances du développement chaotique de la libido à  l’adolescence ?

Il faut d’abord faire la différence entre un fantasme ou un ressenti ponctuel et des pensées qui s’inscrivent dans la durée. DIS NO ne fait pas de diagnostic, mais les discussions permettent justement d’éclaircir la situation des jeunes et de faire le point ensemble sur ce qui rentre dans le cadre d’un développement « normal » et ce qui relève d’un problème dans ce domaine. Dans le cas où les signes montrent effectivement l’apparition d’une déviance, il faut éviter d’abandonner les jeunes à  leur détresse: de nombreux jeunes témoignent qu’être confrontés à  l’image sociale de « monstres » leur donne des pensées suicidaires. Il faut aussi éviter de poser des étiquettes trop tôt, car les adolescents sont encore en plein développement et rien n’est figé.

 

L’étude Optimus réalisée en Suisse en 2012 relève qu’il n’y a pas un profil type d’auteur d’abus sexuels sur les mineurs, mais que « la violence sexuelle ne surgit pas du néant: elle se développe dans un contexte souvent marqué par la violence et la négligence ». Faut-il relier la protection de l’enfance maltraitée et la prévention de la violence sexuelle chez les jeunes ?

Oui, la prise en charge de la maltraitance a une importance capitale aussi dans une optique préventive. La plupart des victimes de violences sexuelles ne reproduisent pas les abus subis, mais il est vrai que presque tous les abuseurs ont été victimes de l’une ou l’autre forme de maltraitance (physique, psychologique, sexuelle ou négligence) durant leur enfance. La violence est un cycle qui peut se répéter à  travers les différentes générations si on ne prend pas le problème en main. DIS NO prépare actuellement des outils de sensibilisation qui sont adressés spécifiquement aux adolescents pour leur donner la possibilité d’en parler sans dramatiser ni banaliser ce type de problèmes.

 

A combien estime-t-on le nombre de pédophiles en Suisse aujourd’hui ?

L’évaluation Dunkelfeld, réalisée en Allemagne en 2005, a montré qu’environ 1% des hommes ressentent une attirance sexuelle pour les enfants. Mais il y a d’autres personnes à  risques, car 50% des abuseurs d’enfants ne sont pas des pédophiles: d’autres problématiques peuvent conduire aux abus sexuels sur les enfants, comme les contextes incestueux ou la reproduction d’actes subis. DIS NO s’adresse donc plus largement aux personnes qui ont une attirance, des pulsions ou des fantasmes sexuels envers les enfants.

 

Une démarche de prévention basée sur le volontariat semble indiquer que les potentiels auteurs d’abus sexuels sur les enfants ne contrôlent pas leurs désirs mais pourraient contrôler leurs actes. Est-ce réaliste ?

Oui, les expériences menées dans d’autres pays le montrent. La plupart des personnes concernées ne passent pas à  l’acte car différentes peurs et réticences liées aux conséquences les en empêchent, ou car elles ont la conscience du bien et du mal, c’est-à -dire une barrière éthique. Il peut s’agir de personnes au-dessus de tout soupçon, qui ont une position sociale satisfaisante, des relations sociales classiques et même parfois une vie familiale. Mais beaucoup de ces personnes souffrent quand même et risquent de passer à  l’acte si elles ne sont pas aidées, ou alors de sombrer dans la dépression. Accompagnées dans un travail d’autogestion, elles peuvent empêcher leur déviance de prendre une place démesurée et développer les autres facettes de leur personnalité.

 

Comment peut-on agir auprès des personnes qui ne sont pas identifiées ?

DIS NO s’appuie sur l’auto-identification. D’après les résultats de différentes campagnes d’aide à  l’étranger, les personnes concernées se manifestent d’elles-mêmes si on leur propose des services appropriés. Le premier contact peut également être initié par un proche qui a remarqué des comportements inappropriés ou qui a reçu des confidences. Ceci étant, nous avons conscience qu’il existe une tranche de personnes inatteignables, qui n’ont pas acquis les notions du bien, du mal ou du respect d’autrui.

 

Pourquoi l’Espace de prévention ne s’adresse-t-il pas aux personnes qui sont passées à  l’acte ?

C’est d’abord un choix éthique, pour éviter les amalgames: on ne veut pas que les personnes « abstinentes » hésitent à  prendre contact de peur d’être assimilées à  des abuseurs. D’autre part, les personnes ayant commis un abus sexuel rentrent dans le cadre pénal, et des services existent déjà  dans ce domaine (services de probation). Pour DIS NO, il était justement important d’ouvrir un service à  un public pour lequel aucune structure, jusqu’alors, ne se profilait en Suisse romande.

 

Links

  • Pour en savoir plus:
  • Espace DIS NO
  • Tél: 
0840 740 640
  • e-mail: 
espace@disno.ch
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