Politique | 16.05.2014

Les tarifs TPG de l’initiative AVIVO pénalisent les 19-24 ans

Texte de Chrystelle Conus | Photos de DR
Les Genevois sont appelés à  voter ce dimanche 18 mai sur une initiative populaire concernant les tarifs TPG. En cas d'acceptation, les jeunes de 19 à  24 ans ne bénéficieront plus du tarif junior et paieront leur abonnement au prix plein. D'autres déconvenues sont à  prévoir.
« L'initiative [AVIVO] dit plein de bêtises et nous met dans une situation très compliquée », a déclaré la présidente du conseil d'administration des TPG, Anita Frei.
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Bourde, oubli, ou maladresse ? Peu importe, les dés sont jetés. Le texte de l’initiative populaire cantonale sur les tarifs des Transports Publics Genevois assimile la catégorie junior à  la tranche d’âge 6-18 ans pour les abonnements, contre 6-24 ans actuellement. Pour le Groupe de Liaison genevois des Associations de Jeunesse (GLAJ), cette modification de barème pénaliserait lourdement les jeunes concernés. « Le montant de leur abonnement mensuel passerait de 45 à  70 francs. Or, les jeunes ont besoin de se déplacer, notamment pour se former ou effectuer les stages qu’on exige d’eux. Il faut leur donner les moyens de répondre à  ces exigences », estime le secrétaire général de la fédération, Vladimir Schwager. Selon le texte de l’initiative, le montant de leur abonnement annuel passerait aussi de 450 à  500 francs.

 

Le texte de l’initiative a été préparé par l’AVIVO, l’association de défense et de détente de tous les retraités. En réponse au GLAJ qui appelle à  voter « non » dimanche, son président, Jean Spielmann, tente d’éteindre l’incendie : « le texte de l’initiative ne détaille pas tous les tarifs, mais seulement les baisses. » A l’Etat de Genève, le secrétaire général adjoint du département chargé des transports, David Favre, conteste catégoriquement : « La liste des nouveaux tarifs Tout Genève proposés par l’AVIVO est exhaustive. Tout modification ultérieure devrait faire l’objet d’un nouveau projet de loi. » Or, les partis qui soutiennent l’initiative tout en promettant sa correction sont minoritaires au Grand Conseil. Ce qui n’est pas écrit n’est donc pas garanti.

 

Plus de Service direct suisse

Les conséquences de la modification du groupe tarifaire junior ne s’arrêtent pas là . D’après la présidente du conseil d’administration des TPG, Anita Frei, « l’initiative dit plein de bêtises et nous met dans une situation très compliquée. » L’acceptation du texte mettrait fin aux avantages du Service direct suisse. Autrement dit, les titres de transports Tout Genève TPG ne permettraient plus d’utiliser les lignes des CFF et des Mouettes de cette zone, et le tarif réduit lié à  l’abonnement demi-tarif des CFF ne serait plus valable.

 

Il y a en effet des règles à  respecter pour faire partie d’Unireso, et plus largement de l’Union des Transports Publics (UTP). Cette association regroupe la plupart des entreprises de transports publics suisses et fixe des règles pour tous ses membres. L’UTP exige notamment que le tarif junior corresponde à  un certain pourcentage du plein tarif, et qu’il s’applique aux jeunes jusqu’à  25 ans pour les abonnements. Rien n’oblige les TPG à  suivre cette règle, mais une entreprise de transports qui fixe une règle moins favorable en modifiant les catégories d’âges officielles ne peut pas rester membre de l’UTP.

 

Pas de compensation financière de l’Etat

Le président de l’AVIVO maintient son cap et conteste ce point. D’après lui, les TPG peuvent fixer des tarifs différents d’Unireso et le canton compenserait alors les montants. Précise, la réponse de David Favre ne laisse planer aucun doute : l’Etat de Genève ne peut pas compenser une catégorie tarifaire qui serait plus défavorable à  Genève qu’ailleurs en Suisse. A l’intérieur des groupes tarifaires définis par l’UTP en revanche, l’Etat peut à  l’inverse appliquer des tarifs plus avantageux que ceux de l’UTP et compenser en payant la différence de tarif aux opérateurs concernés. « C’est notamment le cas actuellement avec le groupe tarifaire senior pour les abonnements, qui n’existe pas partout en Suisse ».

 

Dans ce contexte, la revendication d’une baisse tarifaire supplémentaire pour le groupe senior peut surprendre. Bon joueur, Vladimir Schwager, pour le GLAJ, ne la conteste par pour autant : il avait d’ailleurs Š«uvré pour l’inscription du principe de solidarité intergénérationnelle dans la Constitution genevoise de 2012. Dans le cadre de l’initiative sur les tarifs TPG, il considère qu’il s’agit précisément de ne pas pénaliser les uns en aidant les autres.

 

Quel que soit le résultat de la votation dimanche, le peuple pourrait à  l’avenir refuser une augmentation de tarifs des transports publics par la voie démocratique, via ses représentants. Tout modification du contrat de prestations entre l’Etat et les TPG est en effet adoptée par le Grand Conseil. Fin 2010, une augmentation tarifaire avait d’ailleurs été décalée d’un an par ce biais.