Culture | 05.05.2014

«Histoires Condansées» : mélange de genres pour cocktail détonnant

Texte de Olia Marincek | Photos de © S. Letellier-CSS
A cheval entre les genres, passant du cours magistral sur l'Histoire de la danse du XXème siècle à  aujourd'hui, du théâtre à  la performance dansée, le spectacle du danseur Foowfa d'Imobilité à  l'occasion de la Fête de la danse, du 3 au 5 mai à  Lausanne, est avant tout une ode au corps et au mouvement.
Acteur, conférencier et danseur, Foofwa d'Imobilité se glisse tour à  tour dans le rôle des diverses figures de la danse du XXème siècle.
Photo: © S. Letellier-CSS

Dans une salle comble au Théâtre de Sévelin le 3 mai, annoncé comme un « spectacle-conférence sur l’Histoire de la danse », Histoires Condansées nous entraîne dès les premières minutes dans l’univers délirant de l’artiste multi-facettes Foofwa d’Imobilité.  Né en 1969 à  Genève, Frédéric Gafner de son vrai nom fut tour à  tour danseur au Ballet de Stuttgart (1981-1987) et de la Merce Cunningham Dance Company (1991-1998), avant de devenir chorégraphe. Il propose dans cette représentation une traversée des différents courants et styles qui ont animé la danse en Occident depuis le XVIe siècle. Du ballet classique, en passant par la danse moderne puis contemporaine, l’artiste enchaîne exposés historiques et chorégraphies afin d’illustrer son discours.

 

Une performance sous le signe du partage

Dans une plaidoirie contre le copyright et la propriété, le public est tout d’abord invité à  laisser les téléphones allumés et à  relayer ce moment sur les réseaux sociaux. L’artiste place d’emblée sa performance sous le signe du partage. Initialement vêtu d’un simple costume-cravate, il a tôt fait d’ouvrir l’énorme malle qui trône avec lui sur une scène déserte, à  l’éclairage minimaliste. Vidée avec fougue, le contenu de cette malle parsème la scène de vêtements aussi bariolés qu’improbables. Ils lui serviront de costumes lors de ses différentes interprétations.

 

Un artiste polymorphe

Acteur, conférencier et danseur, Foofwa d’Imobilité se glisse tour à  tour dans le rôle des diverses figures de la danse du XIXe et XXème siècle – Pina Bausch, Vaslav Nijinski, Martha Graham entre autres – adoptant les accents et les manières de ses personnages, ponctuant ses interprétations de références au contexte historico-politique propre à  chaque époque. Exposé des techniques, anecdotes historiques, plaisanteries plus ou moins scabreuses, références à  son histoire personnelle et performance dansée, l’Š«uvre de Foofwa d’Imobilité est un cocktail détonnant qui entraîne le public dans son sillage. La voix de l’artiste, unique instrument, reproduit la musique et gratifie même le public d’un étonnant morceau composé de rots. Se perdant parfois en digressions sur la fragilité du corps humain, il revient toujours à  son récit initial.

 

Lors de son exposé au sujet du ballet « le Sacre du Printemps » d’Igor Stravinsky, chorégraphié par Vaslav Nijinski, il invite les spectateurs à  reproduire l’ambiance de l’époque. Cette Š«uvre avait suscité un choc lors de sa première représentation à  Paris en 1913 et selon la légende, la réaction du public fut telle que la musique n’était plus audible. C’est alors qu’une moitié de l’audience est incitée à  le huer, pendant que l’autre l’acclame. Et dans une grande cacophonie, le public, composé à  la fois d’adultes et d’enfants, participe à  l’Š«uvre de Foofwa.

 

Conquis, les spectateurs ne manquent pas de l’acclamer durant de longues minutes à  l’issue de son spectacle. Celui qui fut lauréat du Prix Suisse de danse et de chorégraphie en 2006, auto-proclamé aujourd’hui « chercheur en danse pratique et théorique » a réussi à  concilier rhétorique, arts de la scène et danse autour d’une performance surprenante.