Culture | 06.05.2014

Distribution des films: un difficile équilibre

Plus de 7'000 films sont produits chaque année dans le monde, mais seuls 400 sont projetés dans les salles obscures suisses. Comment s'effectue la sélection ? Quels sont les acteurs en jeu ? Tink.ch a voulu en savoir plus.
Entre diversité culturelle et impératifs financiers, les distributeurs font le choix des films qui seront projetés en salles.
Photo: Rainer Sturm / pixelio.de "Dans le circuit traditionnel, il faut qu'un film rapporte aux distributeurs. C'est toute la différence avec un festival comme le nôtre, qui est à  but non lucratif", rappelle Tahar Houchi, directeur artistique du FIFOG. Pour le réalisateur algérien Chérif Aggoune, les distributeurs "privilégient certains cinémas pour suivre la mode et ne pas prendre de risques". Photos: Tamina Wicky

Après le Festival du Film Oriental de Genève (FIFOG), qui s’est tenu du 4 au 13 avril, la rédaction de Tink.ch s’est posée la question: pourquoi les salles suisses projettent-elles si peu de films, et notamment de longs métrages orientaux ? Comment fonctionnent les rouages de la distribution ?

 

L’importance des festivals

D’après les organisateurs du FIFOG, les festivals ont un rôle de plus en plus décisif dans la distribution des films. « Pour s’assurer la vente de son film, il faut à  présent être sélectionné dans les plus grands festivals du monde : Cannes, Berlin ou Venise », explique Tahar Houchi, directeur artistique de l’évènement. « Dans le circuit traditionnel, il faut qu’un film rapporte aux distributeurs. C’est toute la différence avec un festival comme le nôtre, qui n’a pas de but lucratif. » Les festivals peuvent ainsi prendre plus de risques dans leur programmation, car ils sont libérés des contraintes financières qui pèsent sur les distributeurs. « Au FIFOG, notre mission est de permettre à  un cinéma qui ne répond pas aux critères financiers des distributeurs d’arriver sur le marché genevois », poursuit Tahar Houchi.

 

L’avenir pourrait réserver des surprises

Le cinéma arabe est-il donc condamné à  rester hors des grands circuits de diffusion, pour n’être projeté que dans le cadre de quelques festivals ? C’est oublier un pan de l’histoire du cinéma: « Les films égyptiens ont envahi les écrans de nombreux pays à  une époque », rappelle Tahar Houchi. « Aujourd’hui encore, l’Egypte compte parmi les pays les plus prolifiques en matière de fabrication et de consommation de films. » Ainsi, il n’est pas improbable que, dans le futur, le cinéma égyptien s’exporte hors des frontières arabophones et se retrouve sur les toiles des salles romandes.

 

« Les distributeurs font la loi »

A côté des festivals, qu’en est-il du circuit traditionnel de la distribution ? Laurent Dutoit est co-directeur de la société de distribution indépendante Agora Films, installée à  Genève et dont le plus gros succès est le film français Etre et avoir. Selon lui, le rôle du distributeur est avant tout stratégique: « il est l’intermédiaire entre les producteurs du film et les salles de cinéma. Il choisit les films qu’il va distribuer et doit ensuite trouver des salles, mettre en place des promotions pour faire en sorte que ces films soient vus. » Venu présenter son film L’héroïne au FIFOG, le réalisateur algérien Chérif Aggoune est plus incisif. « Il se peut qu’un très bon film soit produit quelque part dans le monde, mais que les Européens ne le voient jamais parce que les distributeurs n’en veulent pas, estime-t-il. Ces derniers privilégient certains cinémas pour suivre la mode et ne pas prendre de risques. »

 

Pourquoi arrive-t-il qu’un film ne sorte même jamais ? « Les distributeurs ne jugent pas son potentiel commercial assez grand pour rentrer dans leurs frais, analyse Laurent Dutoit. Et parfois, ce sont les producteurs eux-mêmes qui ne sont pas prêts à  donner le film en distribution s’ils jugent insuffisant le prix proposé par les distributeurs».

 

Chacun son rôle

Les distributeurs ne sont ainsi pas les seuls responsables. Parfois, ils prennent même des risques à  leurs dépens. « Il y a beaucoup de films que l’on sort et sur lesquels on est déficitaires, ajoute Laurent Dutoit. Mais on ne peut pas faire que cela, il faut un équilibre ». Sans distributeurs, le choix des films ne serait pas plus diversifié car les exploitants se fourniraient alors directement auprès des vendeurs, et ne prendraient pas plus de risques. Pire, il n’y aurait pas de promotion, sans laquelle les films ne peuvent pas être diffusés à  large échelle.