Culture | 02.04.2014

Tout plaquer par humour

La première édition du Festival du Rire de Genève s'est terminée le 29 mars avec un bilan à  la hauteur des espérances de ses créateurs, Tony Romaniello et Estelle Zweifel. De nombreux humoristes se sont succédé sur scène. Parmi eux, trois jeunes artistes ont décidé de vivre pleinement de leur passion: rencontre avec Thomas Wiesel, Marina Rollman et Nathanaël Rochat du Swiss Comedy Club.
"Le respect se gagne sur scène car le dernier juge, c'est le public", estime Thomas Wiesel (ici à  gauche; au centre Marina Rollman; à  droite Nathanaël Rochat).
Photo: © Sébastien Monachon/BSC Association

Rien ne prédisposait vraiment ces trois Romands à  faire de l’humour: avant, Nathanaël Rochat travaillait dans un bureau d’avocats, Thomas Wiesel était étudiant en HEC et Marina Rollman, après des études littéraires, a vendu des hamburgers. Progressivement, à  force de griffonner des sketchs sur un calepin, ils se sont lancés dans le stand-up. Mais la première fois n’a pas été la même pour tout le monde. Marina se souvient: « il y a cinq ans, j’ai été sélectionnée pour un concours d’humour à  Paris. C’est le pire truc qui se soit passé dans ma vie, ça a été un naufrage! Je me suis dit que je ne remonterais plus jamais sur scène! » Finalement, la passion reprend le dessus, et, de scènes libres en tournois, c’est le déclic…

 

«Le respect se gagne sur scène»

Le Banane Comedy Club, concours d’humour organisé par la radio universitaire Fréquence Banane et le Swiss Comedy Club, a été un premier tremplin pour Thomas Wiesel et Marina Rollman, sortis vainqueurs en 2012 et 2013. Mais selon Marina, il faut multiplier les atouts et ne pas se limiter à  une plate-forme: « il y a d’autres biais pour se faire connaître: la radio, la télé, écrire pour d’autres artistes…» Quant aux réseaux sociaux, outils du buzz et de la notoriété 2.0, ils peuvent être un avantage à  condition de savoir s’en servir judicieusement. « Pas mal de collègues ont une affiche avant d’avoir des gags! », note Nathanaël Rochat. La reconnaissance est également une affaire de contacts, surtout dans un univers aussi petit que l’humour suisse. D’ailleurs, Thomas réalise que la plupart des artistes sont connus dans le milieu humoristique bien avant d’être connus du public. « C’est un équilibre entre être marrant et avoir de l’entregent », complète Nathanaël. Mais au final, la scène reste l’unique endroit où la notoriété se construit, Thomas en est persuadé: « Le respect se gagne sur scène car le dernier juge, c’est le public. »

 

Entre passion et réalité

Thomas n’a pas hésité à  se consacrer entièrement à  la comédie: « J’avais 21 ans, j’étais comptable et je me faisais un peu chier. Alors je me suis dit: « si je ne fais pas ça maintenant, je ne le ferai jamais.» A partir de là , c’est un virage à  360 degrés qui s’opère : un rythme de vie différent, la découverte du système culturel, l’incertitude des contrats… « C’est à  la fois angoissant et excitant! », raconte Thomas. De son côté, Nathanaël a mis plus de temps avant de quitter son emploi. Question de budget bien sûr, mais c’est aussi ce qui lui a permis de « garder un pied dans la réalité ». Quand il a eu la certitude de pouvoir subvenir à  ses besoins en mettant les deux pieds sur scène, il a foncé. Car Thomas et Marina sont unanimes: « Dès le moment où tu peux gagner ta vie en racontant des blagues, tu ne veux plus faire autre chose! »

 

Je m’voyais déjà …

Quand on lui demande comment il envisage la suite, Nathanaël Rochat ne tarit pas d’ambitions: « Avoir mon nom en plus grand sur l’affiche! » Quant à  Marina, elle se fixe un objectif: faire un premier spectacle d’une heure. Puis, elle souhaiterait écrire d’autres projets pour s’améliorer dans son travail et correspondre à  ses propres critères d’exigence. Pour Thomas aussi, faire du bon boulot et s’améliorer sont des éléments indispensables: « j’aimerais que les gens s’intéressent et respectent ce que je fais ». Dans tous les cas, après leurs prestations au Festival du Rire de Genève, ils semblent désormais faire réellement partie du paysage humoristique romand.