Politique | 23.04.2014

Les petits jobs, concernés par le salaire minimum ?

Le 18 mai prochain, les citoyens helvétiques voteront pour ou contre un salaire minimum à  4'000 francs, soit 22 francs de l'heure pour tous. Malgré le grand débat que suscite cet objet, les répercussions d'une possible acceptation sont encore peu claires, notamment dans le domaine des petits jobs.
Les conséquences d'un éventuel salaire minimum sur les petits jobs d'étudiants sont encore peu claires et les différents acteurs du débat semblent peu uniformes sur la question.
Photo: © Gina Sanders - Fotolia.com

Prochain sujet brûlant soumis à  votation, la question du salaire minimum divise. Mais malgré le déballage d’arguments des initiants et opposants, la question des petits jobs n’a pour l’heure pas occupé le devant de la scène. Pourtant, selon la dernière étude de grande ampleur de l’OFS auprès des jeunes en 2005, près de 80% des seuls étudiants des Hautes Écoles en Suisse exercent une activité professionnelle rémunérée à  côté de leur formation. Cela représente ainsi plus de 180’000 individus.

 

Les différentes parties s’accordent sur le fait que certaines catégories d’emplois tels que les apprentissages, les stages et les emplois protégés, ou encore le travail des personnes handicapées, échapperont au cadre de l’initiative. Mais le discours des uns et des autres diverge lorsqu’il s’agit d’aborder la question des petits jobs d’étudiants.

 

Les petits jobs seraient-ils concernés ?

« Je pense qu’il y aura une clause spéciale pour ces petits jobs ». C’est en ces termes que s’est prononcé le Conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann lors d’une table ronde organisée au sujet de la votation par la Fédération des entreprises romandes le 14 avril à  Genève.

Aurélie Haenni, attachée de presse romande du PLR, membre du comité d’opposition, déclare pour sa part que « [le PLR n’a] pas connaissance d’une clause qui concernerait les jobs d’étudiants ou les emplois exigeant peu de qualifications. »

 

Autre son de cloche du côté du porte-parole de l’Union syndicale suisse Thomas Zimmermann. Pour lui, les petits jobs n’échapperont pas à  la réglementation sur le salaire minimum. « Un petit job payé moins de 22 francs équivaut à  du dumping salarial. Un étudiant qui doit financer une partie de ses études mérite un salaire correct. » Il ajoute qu’ « avec de telles pratiques, on crée une situation de sous-enchère salariale et on met sous pression les salaires des autres employés dont c’est le métier. » De l’exception en faveur des petits jobs à  l’application stricte de l’initiative dans ce domaine, les avis sont donc loin d’être uniformes.

 

Quelles répercussions pour les entreprises?

En admettant que les petits jobs soient soumis aux mêmes règlementations, quel en serait l’impact pour les entreprises? « Je pense que les entreprises joueront le jeu », explique Thomas Zimmermann.  « Il y aura malheureusement toujours des abus, mais lorsqu’on fixe une règle simple et compréhensible, à  la fois pour les employeurs et les employés, c’est aussi pour éviter ce genre de problèmes ».

 

Un avis non partagé par Aurélie Haenni, qui estime qu’une entreprise s’y soumettra uniquement « si elle le peut financièrement. Mais pour bon nombre de PME, ça ne sera pas viable ». Elle ajoute que le risque réside dans l’évolution des conditions de travail et l’augmentation du chômage : «Les petits jobs pourraient être transformés en stages, non soumis au salaire minimum.» et évoque aussi le risque d’une recrudescence du travail au noir pour cette catégorie d’emplois.

 

Et les jeunes dans tout ça?

L’accès pur et simple à  un emploi parfois vital pour des jeunes sans qualification est un aspect essentiel de la question. Si l’employeur est contraint de verser un salaire de 22 francs de l’heure, engagera-t-il des étudiants ou leur préférera-t-il des candidats dotés d’un CFC et/ou de davantage d’expérience ? Puisque «bon nombre de petits jobs ne nécessitent pas de compétences spécifiques», le porte-parole de l’USS ne voit pas pourquoi les entreprises se priveraient d’étudiants. Et ceci même si les candidats munis de CFC «risquent bien entendu d’être choisis en priorité». Les entreprises n’ont pas à  craindre, selon Thomas Zimmerman, d’être soumises à  des restructurations phénoménales découlant de cette votation.

 

Chez les opposants en revanche, Aurélie Haenni explique que si certaines entreprises peinent déjà  à  payer de tels salaires à  leurs employés fixes, elles ne pourront pas en plus recruter des étudiants pour des jobs à  ce tarif. Elle redoute également que les jeunes et les personnes peu qualifiées soient les plus touchés, même si l’initiative prétend les protéger. Pour les particuliers qui engagent régulièrement des jeunes, l’acceptation serait également un coup de massue selon Aurélie Haenni: « Les familles qui engagent une baby-sitter font déjà  souvent face à  beaucoup de frais. Leur demander de débourser 22 francs de l’heure pour ce service représenterait une charge supplémentaire que certaines d’entre elles auraient de la peine à  assumer. »

 

Entre le discours rassurant des partisans et l’alarmisme des opposants, difficile de prédire le sort des petits jobs. On constate que même au sein de la classe politique, dirigeants et syndicalistes ne semblent pas être d’accord quant aux applications concrètes de cette initiative aux petits jobs en cas de oui, preuve s’il en est que cet élément a pour l’instant plutôt été occulté du débat.