Culture | 14.04.2014

L’amour en temps de guerre

Le 5 avril dernier, le Festival International du Film Oriental de Genève (FIFOG) projetait à  la Maison des arts du Grütli le documentaire «Would you have sex with an Arab?» de la française Yolande Zauberman. Cette dernière propose un regard original et décalé sur le conflit israélo-palestinien.
Dans son documentaire, Yolande Zauberman laisse une marge d'interprétation aux spectateurs et aux interviewés: parle-t-on uniquement de sexe ou aussi d'amour?
Photo: Urban Distribution "Yolande parle d'amour. Il n'est pas question de sexe brut", estime Gabry, interviewé dans le film et ami de la réalisatrice. Tamina Wicky

Dans ce documentaire sorti en 2012, la réalisatrice, munie de sa caméra, va à  la rencontre de la jeunesse noctambule de Tel Aviv avec une question déclinée en deux versions: aux jeunes Juifs, elle demande «pourriez-vous coucher avec un Arabe?», et aux jeunes Arabes «pourriez-vous coucher avec un Israélien?». Les réactions sont étonnantes et spontanées, drôles ou attendrissantes. Certains sont tellement surpris qu’il faut leur répéter la question plusieurs fois.

 

Une question ambigüe

D’autres répondent de but en blanc, telle une jeune femme qui s’exclame «Non!!», avant de reprendre qu’elle aurait simplement peur de tomber amoureuse et de s’attirer des problèmes. Yolande Zauberman laisse justement une marge d’interprétation aux spectateurs tout comme aux interviewés: parle-t-on uniquement de sexe ou aussi d’amour? Gabry, l’une des personnes interviewées, par ailleurs ami de Yolande Zauberman, s’exclame ainsi: «J’ai toujours voulu me marier avec une Palestinienne!» Interrogé par Tink.ch après la projection du documentaire au FIFOG, il considère que la question posée par la réalisatrice «parle d’amour. Il n’est pas question de sexe brut.» Mais ce n’est pas l’interprétation de tous les protagonistes du film: «Si c’est pour du sexe oui, mais sinon pas question!», s’exclame un homme lorsque la réalisatrice lui pose sa question. Ainsi, toutes les réponses ne sont pas comparables.

 

Un milieu particulier

Quant au choix du cadre pour son documentaire, «Yolande est allée vers les clubbers parce que les religieux ou les Palestiniens [ceux hors des frontières d’Israël, ndlr] n’étaient pas atteignables, estime Gabry. Et les orthodoxes par exemple, comment aurait-on pu leur parler de sexe aussi directement? Ce n’était pas possible.»

 

La réalisatrice tente une justification en montrant des Juifs orthodoxes fuyant la caméra, mais on regrette que seuls deux extrêmes, les clubbers ou les ultra-orthodoxes soient présentés. A un seul moment, un citoyen lambda interviewé dans un tram s’exprime: «Je suis juif, je ne peux me marier qu’avec une juive».

 

Ce film original expose le point de vue du monde de la nuit, un milieu rarement consulté à  propos du conflit, permettant un nouvel éclairage. Il ne laisse personne indifférent, que l’on soit séduit par sa liberté de ton ou agacé par l’impression de légèreté et d’insouciance laissé au spectateur. Car, finalement, il ne s’agit pas que de sexe. Juliano Mer-Khamis, Israélien militant pour le droit des Palestiniens, interviewé dans le documentaire et assassiné par la suite en avril 2011, avait résumé ainsi son sentiment: «ce n’est pas un conflit qui se terminera au lit!».