14.04.2014

Dans les profondeurs du web

Les pages internet accessibles à  tous ne représentent qu'une petite partie de la toile. Le reste se trouve dans le «deep web», un lieu hermétique aux novices.
«Il est possible de retrouver des informations échangées à  travers «Tor». Mais il faut y mettre le prix, et bien des gouvernements ne peuvent pas se le permettre», estime Philipe Curdé-Mauroux, professeur en informatique à  l'Université de Fribourg.
Photo: Lassedesignen/Fotolia.com

Le web est un iceberg dont nous n’utilisons quotidiennement que la partie visible. La part immergée représente le «deep web», soit l’internet des profondeurs. Il se compose de toutes les pages non recensées par les moteurs de recherche, et qui sont  de ce fait introuvables.

 

Parmi ces pages dissimulées, certaines le sont à  dessein parce que leur contenu n’est pas très honnête. Philippe Cudré-Mauroux, professeur associé en informatique à  l’Université de Fribourg, précise: «Il faut différencier deep web et dark net. Le dark net héberge bon nombre de sites frauduleux, alors que le deep web contient simplement les pages non-indexées, comme des contenus dynamiques». Concrètement, un contenu dynamique, c’est ce que nous créons en cherchant un horaire de train, ou un numéro de téléphone sur internet. Le résultat de notre demande ne sera pas répertorié, et sombrera donc dans le «deep web».

 

Jusque là , rien de très inquiétant. Pour autant, il ne faut pas sous-estimer le pouvoir informatif – et donc économique – de ces contenus. «Ceux qui ont accès à  ces informations peuvent les utiliser pour cibler les besoins des utilisateurs et les intégrer dans leur stratégie publicitaire ou marketing», indique Philippe Cudré-Mauroux.

 

Marché noir virtuel

Il faut plonger un peu plus profondément dans l’océan du web pour arriver dans l’obscur «dark net». «Pour y accéder, il faut installer un navigateur web sécurisé comme «Tor», à  partir duquel on accède à  internet», explique Bao-Khanh,  internaute curieux qui a exploré le deep web après en avoir entendu parler. Ce logiciel permet de dissimuler toutes les informations d’identification des utilisateurs, ainsi que celles des sites visités.

 

Sur le «dark net», les domaines ne sont pas des «.com» mais des «.onion», «parce que les profondeurs du web sont composées de plusieurs couches, comme un oignon», précise Bao-Khanh. La première couche, le portail de ces profondeurs, se nomme «hidden wiki». Un alter ego de Wikipédia, qui recense toutes sortes de pages, de la vente de drogue ou d’armes à  la pédopornographie, en passant par la location des services de tueurs à  gage. De quoi faire froid dans le dos. En toute discrétion, un marché noir immense et entièrement dématérialisé se développe. Sur le «dark net», tout se paie en bitcoin, assurant  ainsi l’anonymat des clients. Les livraisons se font quant à  elles en plusieurs étapes, de sorte à  ce que ni l’expéditeur ni le destinataire ne soient traçables.

 

Un cercle très fermé

Et ce n’est que la première couche. Pour aller plus en profondeur, il faut appartenir à  un cercle d’initiés. En effet, la liste des adresses URL mises en lien sur le Hidden Wiki n’est pas exhaustive. Pléthore de sites ne sont accessibles qu’à  ceux qui en connaissent l’adresse exacte, non répertoriée et introuvable, puisqu’elle ressemble à  quelque chose comme xvd4fauzy5lfd4.onion. Dynamiques, les URL changent constamment, les sites se déplacent à  travers les couches de l’oignon, afin d’être les plus discrets possible.

 

S’il est ardu de remonter jusqu’aux utilisateurs de ces pages, ce n’est pas totalement impossible, à  condition d’en avoir les moyens financiers. Pour retrouver la trace des criminels du web, les autorités peuvent y envoyer des taupes ou tenter de décrypter les données. «Il est possible de retrouver des informations échangées à  travers «Tor». Mais il faut y mettre le prix, et bien des gouvernements ne peuvent pas se le permettre», estime Philipe Curdé-Mauroux.

 

Le deep web ne doit pourtant pas être diabolisé: la cape d’invisibilité que représente «Tor» ne sert pas qu’à  assouvir des desseins frauduleux. «C’est grâce à  cet anonymat que les citoyens de pays oppressés peuvent dénoncer leur gouvernement, ou avoir accès à  un internet censuré», relève le professeur.

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