Culture | 23.04.2014

A Polymanga, «le public présent est déjà initié»

Texte de Helen Berih | Photos de Cyrille Polier
Du 18 au 21 avril, Montreux a accueilli la 10ème édition de Polymanga, événement dédié à  la culture japonaise. Cet événement est-il représentatif de l'influence de la culture japonaise en Suisse ou permet-il de faire des adeptes ? Une employée à l'agence de presse japonaise Kyodo News à  Genève nous donne son avis.
Pour l'employée à l'agence de presse japonaise Kyodo News, les événements tels que Polymanga ne démocratisent pas la culture japonaise en Suisse: "la majorité des visiteurs sont déjà initiés".
Photo: Cyrille Polier

Durant le week-end de Pâques à  Montreux, l’habillement le plus classique s’est juxtaposé au plus excentrique. La raison de ce contraste ? La tenue de l’événement annuel Polymanga dans ce haut lieu de la Riviera vaudoise. En une décennie seulement, la manifestation consacrée à  la culture japonaise a pris du galon. Jeux vidéos, culture pop et mangas agitent cet univers animé. Une vaudoise d’origine nippone et employée de l’agence de presse japonaise Kyodo News à  Genève nous parle de sa perception de l’influence japonaise en Suisse, notamment au travers d’événements tels que Polymanga.

Selon vous, des événements tels que Polymanga popularisent-ils la culture japonaise en Suisse ?

Je ne pense pas. En grande majorité, le visiteur présent à  ces différentes conventions est déjà  un initié.

Le manga tient une place importante lorsqu’on parle de culture japonaise…

La conception change en fonction des générations. Les jeunes des années 80 et 90 ont connu l’avènement de la culture manga notamment par les chaînes françaises et ont été baignés dans cette culture, contrairement aux générations précédentes plus ancrées dans les traditions, comme la cérémonie de la majorité à  l’âge de vingt ans, la calligraphie, le Haiku (poème japonais), la cérémonie du thé, la calligraphie et l’Ikebana (l’art floral).

La perception du manga est-elle identique entre le Japon et la Suisse ?

Au Japon, le manga touche un large public, peu importe l’âge, le genre ou les thématiques abordées. Toutes les couches sociales et les tranches d’âge le lisent. Voir un homme d’affaire lire un manga après une journée de travail est donc courant,. Les parents d’une amie d’école lui avaient interdit la lecture de mangas, mais l’explication du cycle menstruel avait été délégué à  un manga ! Ce dernier peut être un support d’apprentissage de l’histoire ou des traditions.

Mais le manga représente aussi la face cachée du Japon, la société concurrentielle, une société dure envers ses individus et la violence, dissimulée, qui en résulte. Le taux de suicide au Japon est l’un des plus élevés au monde… La violence du manga est une métaphore de cette société, mais aussi un exutoire.

En Suisse, le manga est considéré comme un divertissement principalement destiné aux adolescents. L’offre est relativement limitée et aussi onéreuse… Je trouve dommage que l’image du Japon soit majoritairement véhiculée par le manga. Même au Japon, les traditions s’estompent…

Justement est-ce que le manga permet de susciter l’intérêt des jeunes lecteurs sur les traditions japonaise ?

Je pense que leur intérêt se focalise davantage sur la gastronomie, ou la culture plus contemporaine, telle que la culture pop, que sur les traditions…

Gloablement, quelle est l’influence de la culture japonaise en Suisse ?

En Suisse, la culture japonaise se manifeste essentiellement au travers de la gastronomie, et plus particulièrement des sushis. Uchitomi, un magasin et traiteur japonais le prouve. A ses débuts, l’enseigne possédait une petite surface à  Genève pour ensuite s’agrandir et s’étendre à  Lausanne.  Mais le client potentiel reste un habitué, ou celui qui partage un intérêt pour le Japon… En 1990, les dessins animés ont eu une influence, qui a permis de démocratiser la culture japonaise, mais pas de la généraliser !