10.03.2014

«Zurich est tout aussi exotique que Barcelone»

Erasmus: le mot magique pour beaucoup d'étudiants avides de nouveaux horizons. Le mot de la colère aussi, après que la Commission Européenne a annoncé le 26 février dernier que la Suisse ne participerait plus au programme «Erasmus +» qu'en tant qu'Etat tiers. Alors, pourquoi ne pas changer d'air sans changer de pays ? Saviez-vous qu'il était aussi possible de faire un semestre d'échange dans une autre université suisse ?
Partir au bord de la Limmat est tout aussi "exotique" que de se rendre à  Barcelone, selon Olivier Lombard.
Photo: Wikipédia, Adrian Michel Si le séjour de mobilité suisse est si peu convoité, c'est peut-être parce que les étudiants n'ont pas conscience qu'il existe... Montage: Juliette Ivanez

La mobilité entre universités helvétiques est-elle une alternative crédible à  Erasmus pour les étudiants ? Pour Raymond Werlen, secrétaire général de la Conférence des recteurs des universités Suisses, « cela dépend des disciplines ». Selon lui, la mobilité suisse peut « compléter, mais pas remplacer » les échanges internationaux. Pour Olivier Lombard, « s’il y a moins de possibilités de partir à  l’étranger, il est possible que de plus en plus d’étudiants se tournent vers la mobilité suisse.»

 

En 2012-2013, sur 138’000 étudiants inscrits dans les universités suisses, seulement 364 ont effectué un séjour de mobilité helvétique. Ils étaient 2’612 à  partir en Erasmus. La mobilité en Suisse, pas assez dépaysante ? Pas pour Olivier Lombard, responsable mobilité entre les Hautes écoles suisses à  l’UNIGE, qui assure qu’« il est aussi exotique d’aller à  Zurich qu’à  Barcelone. Le changement sur le plan culturel et linguistique est tout aussi radical. »

 

Selon Selver, 24 ans « l’étranger attire beaucoup plus en général. » En semestre de mobilité à  l’Université de Zurich, elle a pourtant décidé d’effectuer un échange sans sortir de Suisse. Pour elle, il s’agit d’un choix pragmatique. « La Suisse a de très bonnes universités, pourquoi aller chercher ailleurs ce que nous pouvons trouver ici ?», plaide l’étudiante en deuxième année de master en science politique à  Genève. De son côté, Christa, 25 ans, a apprécié de pouvoir partir en mobilité de Lucerne à  Neuchâtel pendant son master bilingue en droit: « Ainsi, je n’ai pas dû quitter mon travail, ni demander à  mes parents de financer un séjour à  l’étranger. »

 

Simple comme «Grüezi»

Elles sont d’accord: un séjour de mobilité suisse est extrêmement simple à  organiser. Pour Severin aussi, bouger de Saint-Gall à  Genève n’a été qu’une formalité: « J’ai juste rempli un document, et c’était fait. » Sur le site de l’Université de Genève dédié à  la mobilité suisse, un contrat d’études est téléchargeable: une fois rempli, il suffit de le faire signer par son conseiller aux études puis de renseigner un formulaire en ligne. « En plus, ces places d’échange ne sont pas limitées, explique Olivier Lombard. Les étudiants qui en font la demande sont admis d’office. »

 

Dans certaines universités, des bourses sont même réservées aux étudiants qui restent en Suisse pour leur échange. Toutefois les conditions d’attribution diffèrent selon les établissements. A Genève, la bourse se monte à  1000 francs par semestre pour autant que l’on change de région linguistique; à  Lausanne, elle varie entre 500 et 2500 francs selon l’accord. L’Université de Fribourg n’en accorde aucune.

 

L’auberge helvète

Pour ceux qui tentent l’aventure, les bénéfices se font bien sentir. Sur le plan de la langue tout d’abord. Christa a perfectionné son français à  Neuchâtel: « mon chef actuel m’a explicitement employée à  cause de mes connaissances linguistiques. » Lors de son semestre à  Zurich, Selver sait que l’allemand sera « compliqué. Mais c’est un challenge. » Quant à  Fouad, étudiant en communication à  l’UNIGE, il avait choisi l’Université de Suisse italienne à  Lugano car elle est la seule de Suisse à  proposer des cours de communication financière. A son retour, il estime que « les cours suivis [l]’ont clairement aidé à  mener à  bien [s]on mémoire de master ».

 


Défaut de publicité?

 

Si très peu d’étudiants choisissent d’effectuer un semestre dans une autre Uni helvétique, c’est peut-être parce qu’ils ne savent pas que cette possibilité existe. « On parle évidemment moins de ce programme que des autres », admet Olivier Lombard. En fait, les échanges à  l’intérieur de la Suisse souffrent certainement de l’arrivée à  échéance du programme CH-Unimobil au début des années 2000. Depuis, ils ne sont supervisés par aucune organisation de niveau fédéral. Dans chaque établissement, un responsable dédié traite les demandes; et de fait, aucune structure n’existe pour faire la promotion de la mobilité suisse à  l’échelle nationale. « Chaque université définit ses propres règles », reconnait Raymond Werlen, comme en témoignent durement les disparités en termes d’attribution des bourses de mobilité.

 

La Fondation ch pour la collaboration fédérale, par l’intermédiaire de son programme «GO», supervise des programmes d’échanges internationaux tels que Erasmus, ainsi que la mobilité intra-suisse pour les jeunes du secondaire, en formation professionnelle ou récemment diplômés. Contactée par le biais de sa secrétaire Anouk Hiedl, la Fondation ch explique toutefois n’avoir « jamais été impliquée dans la gestion des programmes de mobilité à  l’intérieur de la Suisse au niveau universitaire. »

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