18.03.2014

Une semaine sans… smartphone!

Texte de Eva Hirschi | Photos de Eva Hirschi
CHRONIQUE - Avant Pâques, l'Eglise catholique célèbre le carême. Plutôt que de s'abstenir de toute nourriture, notre reporter Eva Hirschi renoncera chaque semaine à  quelque chose de différent. Sur Tink.ch Romandie vous pouvez suivre le récit de ses privations. Cette semaine: la vie sans smartphone.
Au début de ma semaine sans smartphone, premier gros problème: je ne sais plus quelle heure il est. Effectivement, je n'ai même pas de montre.
Photo: Eva Hirschi

Je dois avouer que c’est avec des sentiments mitigés que j’éteins mon smartphone et attaque cette drôle de semaine. D’un côté, j’ai l’impression d’avoir tant besoin de mon téléphone et tout le temps que j’ai dû mal à  m’en passer; de l’autre, je sais que je passe probablement un peu trop de temps à  fixer ce petit écran, et qu’une pause me fera peut-être du bien. J’appuie sur le bouton on/off, et le défi commence.

 

 

Le médium le plus utilisé

D’après les réactions de mon entourage, je ne suis pas la seule pour qui ne pas toucher un smartphone durant une semaine demande un réel effort. « J’en serais pas capable, oublie! », me lance une amie. Effectivement, l’étude JAMES, réalisée par la Haute école des sciences appliquées de Zurich, montre l’influence du téléphone mobile sur la vie quotidienne: en 2012, 95% des jeunes en Suisse possèdent un téléphone mobile, et 79% ont un smartphone. Le portable est le médium le plus utilisé par la jeunesse, avant même la télévision, la radio ou Internet.

 

 

Problèmes inattendus

La tentation la plus forte n’est pas d’appeler quelqu’un, d’écrire un message ou de jeter un coup d’Š«il sur Facebook. Premier gros problème: je ne sais plus quelle heure il est. Effectivement – et cette fois, je suis une mauvaise Suisse – je ne possède même pas de montre. Je me rends compte que j’utilise mon appareil pour bien plus que des coups de fil.

Au cours des dernières années, ce petit machin est aussi devenu une radio, une télé, un agenda, une lampe de poche, un assistant de navigation, un journal, un appareil photo et bien plus. Fin 2013, plus d’un million d’applications étaient disponibles sur Android, plus de 700’000 pour l’iOS de l’iPhone. Je trouve un vieux réveil que je mets dans mon sac à  main, et me balade avec pour le reste de la semaine.

 

 

Moins ou plus de stress ?

A côté de l’uni, j’ai plusieurs petits jobs. J’avais prévenu mes chefs que cette semaine, je ne serais joignable que par e-mail. La réaction de ma responsable: « Je te souhaite des journées plus relax sans portable. Ou peut-être que ça va te stresser encore plus…? » Au début, c’est effectivement le cas. Ma main glisse automatiquement dans la poche de mon manteau, mais reste vide. En ne regardant pas mes mails plusieurs fois par jour, j’ai l’impression de rater quelque chose.

 

Le soir, je vais boire un verre avec des amis. Et je me rends compte à  quel point on a intégré le smartphone dans notre vie quotidienne. Quand mes copains racontent leur weekend, ils me montrent des photos sur leur téléphone; si on ne se rappelle plus pour combien de dollars Facebook a acheté WhatsApp, on vérifie sur Google; pour fixer le prochain rendez-vous, on consulte notre agenda virtuel. Le smartphone a remplacé notre capacité de mémorisation.

 

 

Pas de distraction

Mais la plus grande épreuve est encore à  venir: pour aller à  deux réunions le jeudi, je dois d’abord prendre le train jusqu’à  Zurich, puis direction Berne, et de là  rentrer à  Genève. Ce sont donc six heures enfermée dans un véhicule, et une journée complète sans internet puisque mon ordinateur reste à  la maison. Sentiment bizarre. J’emmène avec moi un gros livre, La femme dans le miroir d’Éric-Emmanuel Schmitt, pour me divertir. Je suis quand même surprise du résultat: en une journée, je lis carrément 250 pages de ce bouquin. Je n’ai pas de téléphone pour me distraire, rien d’autre à  faire dans le train que lire – et c’est magnifique. J’arrive beaucoup mieux à  me concentrer.

 

 

La communication manque

A un moment, je regrette fortement de ne pas avoir un téléphone sur moi. A Berne, c’est le carnaval et je veux absolument voir l’une de mes meilleures amies même si je suis en route avec un autre groupe de personnes. Mais comment la retrouver ? Heureusement, j’ai noté son numéro dans mon agenda (Eva sans agenda, peu importe s’il est virtuel ou papier, n’existe pas). Je demande alors à  quelqu’un du groupe de lui envoyer un message de ma part. Réponse: elle est à  l’autre bout de la ville.

 

Il nous faut un sacré moment pour nous trouver, et entretemps – bien sûr – je perds mes autres camarades. Mais cette fois je me dis: je les verrai une autre fois, ce soir je danse ! Et il est déjà  cinq heures du matin – je le sais uniquement parce que je demande l’heure à  un type, étant donné que je n’ai pas pris mon vieux réveil avec moi – quand je cours pour attraper le dernier bus de nuit. Le bilan: je devrais peut-être davantage danser, lire et me divertir, et sortir mon smartphone seulement quand j’en ai vraiment besoin.

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