Culture | 26.03.2014

Tattoo Session à  Neuchâtel: le concept se démocratise en Suisse

REPORTAGE - Dimanche 23 mars, Neuchâtel accueillait la troisième « Tattoo Session » au Queen Kong Café. Une occasion de découvrir ce monde et de rencontrer des artistes, des passionnés venus encrer leur peau, mais aussi des curieux. Reportage.
Mylène, ici en pleine séance de tatouage, confiera plus tard : " l'expérience de se faire tatouer en live est curieuse, mais vraiment sympa!". Les tatouages se font dans une ambiance détendue et décontractée. Photos : Sarah Gay-Balmaz

Après deux éditions réussies, les amoureux du tatouage, curieux et autres s’étaient donnés rendez-vous dimanche 23 mars au Queen Kong Café pour une troisième « Tattoo Session ». Une quoi ? Si vous ne connaissez pas, pas d’inquiétude ; les Tattoo Sessions sont un concept récemment importé en Suisse romande: durant un après-midi, un bar se privatise pour se transformer en salon de tatouage improvisé. Chloé Jeannet, co-organisatrice de cet événement explique que c’est sa participation à  une soirée biennoise « crêpes-tatouage » qui l’a incitée à  entamer une démarche similaire à  Neuchâtel. Des artistes suisses venus de Bienne ou encore de Lausanne étaient réunis cet après-midi-là  pour tatouer leurs croquis, mais également répondre aux demandes des amateurs de cet art. Au vu du monde présent dans la salle, le concept rassemble désormais des habitués, mais donne aussi l’opportunité aux flâneurs d’en apprendre un peu plus sur le tatouage.

 

Une démarche artistique mais pleine de sens

Aux abords des différents « stands » de fortune, une chose se remarque : chaque tatoueur propose un style imprégné de sa patte personnelle. Si l’un se complait dans le « old school », l’autre préfère un style plus détaillé à  base de pointillés. Yasmil, passionnée de tatouage depuis ses 18 ans, explique : « Je décide de me tourner vers un artiste en particulier en fonction de son style. Comme je choisis mon tatoueur en connaissance de cause, je le laisse ensuite interpréter mon idée de base avec la patte qui lui est propre, en toute confiance. » Si l’aspect esthétique est important, Diane, étudiante arborant également un tatouage, confie : « Pour moi, le côté artistique ne fait pas tout. Je conçois mon tatouage plus comme une représentation de quelque chose de significatif pour moi que comme une Š«uvre à  proprement parler. » Yasmil ajoute qu’à  ses yeux, le tatouage doit nécessairement raconter une histoire : « Je ne me ferai pas tatouer simplement par attrait pour un motif, car je prendrai ainsi le risque que cela soit éphémère. »

 

Entre démocratisation et préjugés

Si cet art semble de prime abord s’être démocratisé ces dernières décennies, Ronny, tatoueur de Bienne, affirme que « les petites pièces sont devenues plus communes ; mais pour les personnes possédant beaucoup de tatouages ou de grosses pièces, les regards insistants dans la rue sont chose commune. » Imprégné d’une histoire caractéristique des « rebelles » (prisonniers, militaires, etc.), le monde du tatouage subit encore aujourd’hui de nombreux préjugés. Délinquance, drogue, gangs, tout y passe. Déjà  abordée en Suisse par une femme lui demandant si elle n’avait pas honte de monter ses tatouages, Yasmil explique : « Aux Etats-Unis il est commun que les gens soient tatoués, ce n’est plus propre aux gangs ; le tatouage s’est réellement intégré aux différents modes de vie. » Pour la jeune femme, la Suisse reste encore fermée à  ce monde car « les modifications du corps sont toujours catégorisées comme des actes de rébellion« . Chloé Jeannet elle-même tatouée plusieurs fois, affirme que cet événement ne vise pas la rentabilité mais « à  réunir des passionnés comme des curieux en rendant le monde du tatouage un peu plus visible en Suisse« .

 

Un monde ouvert

Si l’une se fait tatouer, l’autre parle de ses futurs projets de tatouages autour d’une bière alors que des curieux se baladent, enfants tenus par la main. La Tattoo Session se propose comme un événement vulgarisateur qui rassemble tout en déconstruisant les stéréotypes. Diane note que « le tatouage représentait auparavant une sous-culture particulière et signifiait l’appartenance à  un groupe avec des codes lui étant propres« . Mais la foule présente au Queen Kong Café prouve que cet art touche aujourd’hui un public plus large et éclectique. Plus qu’un investissement, le tatouage est pour beaucoup une passion avec de beaux jours devant elle. Plusieurs événements sont à  suivre : Conthey accueillera les 17 et 18 mai la 20ème Convention du tatouage, et un webzine consacré au sujet (SwissInk Magazine) devrait voir le jour d’ici deux mois. Ce monde non seulement ouvert, mais devenu un art particulier avec une histoire et une esthétique personnel devrait réussir à  s’ancrer sans trop de réticences conventionnelles dans les années à  venir…

 


Info :

Intéressés par des artistes en particulier ou curieux de découvrir le tatouage en live ? RDV à  la prochaine Tattoo Session à  Neuchâtel, qui aura lieu d’ici le mois de mai.