20.03.2014

« Sans multilinguisme, il n’y a plus de Suisse »

Jusqu'au 23 mars, c'est la semaine de la langue française et de la Francophonie. A l'heure où des cantons suisses alémaniques souhaitent supprimer l'apprentissage d'une deuxième langue étrangère à  l'école primaire et préférer l'anglais au français, on s'interroge sur les fondements de la Suisse.
« Le projet économique de la Suisse repose justement sur la diversité culturelle et le multilinguisme », affirme François Grin.
Photo: © Peter Mosimann, Wikipédia

« La langue fait partie des valeurs fondamentales d’un pays et de l’identité nationale. » Avec 4 langues officielles (l’allemand, le français, l’italien et le romanche), « le projet économique de la Suisse repose justement sur la diversité culturelle et le multilinguisme », affirme François Grin, professeur en économie et directeur de l’observatoire élf (économie, langues et formation) à  l’Université de Genève. Et de poursuivre que « ce serait faire preuve d’une absurdité économique et politique, et d’une ignorance béante que de vouloir supprimer le français dans les classes primaires de Suisse alémanique. Ce serait ne rien comprendre au véritable ciment de la Suisse. »

 

Concernant les actuels débats quant à  l’enseignement obligatoire du français dans certains cantons alémaniques, le professeur considère qu’invoquer l’argument économique pour se détourner du multilinguisme suisse serait un faux prétexte. Il qualifie encore les arguments pédagogiques des enseignants comme moyennement convaincants. « Ils sont l’expression d’une vision qui ne comprend absolument rien au pays. »

 

Une politique du multilinguisme

Dans l’Union Européenne, il existe une politique officielle du multilinguisme. Néanmoins, les Européens se sont tournés vers l’anglais, considéré comme la langue la plus utile. Si les chiffres concernant la rentabilité des langues dans le pays montrent en effet que la langue de Shakespeare est plus rentable que le français, « la réalité est beaucoup plus contrastée et les besoins ne sont pas les mêmes d’une personne à  l’autre », remarque le professeur. Cette glorification de l’anglais a notamment contribué aux intérêts commerciaux des Etats-Unis dans l’exportation de leurs films et musiques au détriment de la richesse culturelle européenne.

 

A Nidwald, le Parlement a soutenu à  l’unanimité un postulat de deux députés UDC, qui demandaient la suppression des cours de français à  l’école primaire. Leur souhait est de remplacer ces heures de cours par des branches techniques et scientifiques. Dans ce canton, -¨le débat est récurrent: en 1996, le français avait été introduit en 5e année. Puis en 2004, avec l’introduction de l’anglais en 3e, le français est devenu une branche à  option. En 2005, la langue a carrément disparu du programme jusqu’en 2007 où elle a été réintroduite. Depuis 2008, le français s’apprenait à  nouveau dès la 5e. Aujourd’hui, son avenir semble plutôt sombre.

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