Culture | 19.03.2014

Philippe Halsman au Musée de l’Elysée: quand se mélangent extravagance, innovation et esthétique!

EXPOSITION - Proposée jusqu'au 11 mai 2014 au Musée de l'Elysée, à  Lausanne, l'exposition "Etonnez-moi" présente l'oeuvre de Phillipe Halsman, photographe portraitiste américain d'origine lettone à  la carrière internationale. Plus de 300 photographies et pièces de collection en noir et blanc pour un peu de culture, d'étonnement et de sourires.
Photo: Philippe Halsman,Dalí Atomicus 1948, Musée de l'Elysée © 2013 Philippe Halsman Archive / Magnum Photos Tirées du Philip Halsman's Jump Book: "Lorsque vous demandez à  une personne de sauter, son attention est essentiellement portée sur l'action de sauter et le masque tombe, révélant la vraie personnalité." Photos: Philippe Halsman, tous droits réservés.

Durant trois années consécutives, l’équipe du Musée de l’Elysée s’est attaché à  réunir en une seule exposition la diversité de l’oeuvre de Philipe Halsman, choisissant avec minutie parmi la pluralité de sources que constituent les archives familiales de l’artiste. Avec des tirages originaux, des maquettes de livres, des « unes » de journaux, des « portraits-interviews », des collages et courts-métrages, répartis sur quatre sections du musée, l’exposition dévoile ainsi le génie et les multiples facettes d’un grand homme et artiste du 20e siècle. Quatre sections pour quatre oeuvres majeures qui ont marqué à  la fois son travail et son temps.

 

Une exposition à  quatre échelles

Au premier abord, l’oeuvre de Halsman semble sans fond. En avançant lentement au travers de nombreuses salles que comporte le Musée de l’Elysée, on redécouvre, au fil d’une jolie trame chronologique, la (presque) totalité du travail de cet homme savant et brillant. A l’entrée, on aperçoit déjà  son travail de portraitiste et de publicitaire dans le Paris des années 30: après des études d’ingénieur, c’est en photographe autodidacte et indépendant qu’il lance sa carrière artistique, sous le double emblème des avant-gardes européennes et de l’avancée fulgurante de la presse magazine et de la publicité visuelle. Avancée qui l’amènera également à  en voir le déclin, avec l’arrivée de la télévision. Mais l’artiste se bat pour faire survivre son art, réinventant sans cesse les fonctions de la photographie. Photographe d’exception, sérieux mais extravagant, il s’adapte, touche à  tout, sans retenue. Dès les années 40, il s’installe à  New York, peu après l’invasion allemande, où, inconnu mais passionné, il réussit à  s’imposer comme une référence du marché américain en moins d’une année seulement.

 

La deuxième salle du musée revisite certaines des couvertures réalisée pour Life Magazine, ses études d’expression et l’ensemble de ses portraits de Marylin Monroe, dont il a suivi le formidable parcours. En quelques pas seulement, l’homme nous redonne le sourire et détient déjà , toute notre admiration. Au gré des textes, présentés en vis-à -vis de ses travaux visuels, sont dévoilés le processus créatif et l’extraordinaire inventivité du photographe, toujours en avance sur son temps. Déployés sur les deux derniers étages du Musée, ses nombreuses mises en scène, ses travaux personnels, ainsi que sa collaboration sur plus de trente ans avec le grand peintre Salvador Dali – avec qui il dit avoir partagé une forte « complicité intellectuelle » – constituent les pièces d’or finales de l’exposition: entre la jumpologie et la « photo-interview », les concepts novateurs de Halsman ne vieillissent pas.

 

La jumpologie de Halsman, ou la plus importante galerie de célébrités des années 40

Talentueux metteur en scène et artiste de la narration, Halsman n’a cessé d’expérimenter et de repousser les limites de son art, pour laisser libre cours à  son imagination, qu’il chérit. Qualifié de « spécialiste du portrait psychologique », Halsman utilise la photographie tant pour capturer la vérité du monde, que révéler la personnalité et l’individualité de ses sujets multiples et variés. Innovateur sans retenue, il va notamment concevoir la jumpologie (du verbe anglais to jump qui signifie sauter), une démarche artistique pour laquelle il sera grandement reconnu, puis copié. Le but ? Déshiniber le sujet, qui par la concentration qu’il porte à  l’action de sauter, laisse finalement tomber son masque et dévoile sa vraie personnalité. L’artiste s’explique:  » Chaque visage que je vois semble cacher – et parfois, l’espace d’un instant, révéler – le mystère d’un autre être humain. Capturer cette révélation est devenu le but et la passion de ma vie « .

 

Une quête photographique donc, mais aussi humaine: exposer et saisir la fragilité des individus. Les clichés qui en découlent sont d’ailleurs phénoménaux et l’on ne peut s’empêcher de sourire: qui aurait pensé voir le Duc et la Duchesse de Windsor accepter de se prendre au jeu, si amusés ? Si les personnalités s’avouent d’abord gênées, elles succombent peu à  peu au charme de la démarche; et à  cela tient aussi sa grande réussite. Au cours de ses 50 années de carrière, Halsman capturera ainsi, à  travers le viseur de son appareil argentique, les portraits des plus grands scientifiques, acteurs, politiques et industriels des temps modernes. On cite, entre autres, Marylin Monroe, Edward Reicher, Audrey Hepburn, Brigitte Bardot, Albert Einstein, Mohamed Ali, parmi 170 autres profils enjoués et inattendus; pas des moindres donc, vous l’aurez compris.

 

Des innovations tant artistiques que techniques

Sur ses clichés, les contrastes et les lumières sont fortes, les nuances de gris puissantes et pointues, maniées avec talent par la photographie argentique. Grâce à  des cadrages serrés, et à  une lumière recherchée, Halsman réussit à  accentuer et mettre en valeur les détails qu’il voit se dégager des visages. Assister à  l’exposition, c’est être contemplatif d’un travail à  la fois de photographe et d’inventeur, d’artiste et de passionné. Plus qu’un travail, c’est même une splendide révision de l’histoire de la photographie qui se cache derrière ces clichés. Car c’est avec brio que Halsman, a, au fil de sa carrière, mélangé les domaines (publicité, marketing, journalisme, portrait, artistique), les techniques (photomontages, multiplication des procédés de tirage), les outils, et les fonctions de la photographie elle-même.

 

En grand innovateur, Halsman n’a cessé d’ouvrir la voie. Toujours à  la recherche de nouvelles idées, l’artiste explore continuellement de nouveaux effets, réalise de nouvelles expériences pour maintenir son pas d’avance et parer au mieux à  son imagination artistique. Et rien ne l’arrête. Quand la technique l’empêche de réaliser ses projets, Phillipe Halsman n’hésite pas à  trouver ressource dans son imagination: il a ainsi créé son propre appareil photo à  doubles lentilles, manuellement modifié de multiples négatifs pour ses photomontages farfelus, ou détourné une variété de clichés en tous genres. Et si une moue d’étonnement se dessine sur le visage des visiteurs, le pari est réussi.

 


 

Philippe Halsman, Etonnez-moi! au Musée de l’Elysée, Lausanne. Jusqu’au 11 mai 2014.

Entrée gratuite chaque premier samedi du mois.

Links