28.03.2014

Les séries policières: fiction ou réalité ?

COMMENTAIRE - Les séries policières ont le vent en poupe sur les petits écrans, pour le plus grand plaisir des téléspectateurs qui ne se lassent pas de plonger dans ce monde inconnu, de percer les secrets d'une enquête et de comprendre le jeu du tueur. Mais au-delà  de la fiction, le réalisme est mis à  mal.
Dans les séries policières, les "experts" savent tout faire et endossent le rôle de multiples professions.

Les Experts, NCIS, mais aussi Hawaii 5-0, Esprits criminels, Bones, Dexter… Les séries policières plaisent, c’est sûr. Mais si celles-ci reposent incontestablement sur de réelles compétences en matière de sciences forensiques, la part de fiction prend cependant l’ascendant sur les démarches réelles d’une enquête criminelle. Mise en scène oblige, courses poursuites, arrestations et identifications des suspects prédominent, tandis que les lois de la recherche scientifique sont laissées de côté.

 

Dramatisation télévisuelle

Les experts arrivent sur la scène de crime dans un crissement de pneus. Ils se précipitent sur le cadavre pour récolter les premiers indices avant de courir les analyser. Cela se déroule sur le petit écran. Ces experts multitâches assurent aussi bien les aspects techniques de l’enquête que l’investigation de la police elle-même. Mais il s’agit là  d’une dramatisation télévisuelle. La réalité est en effet bien autre et se confine plutôt, pour les « vrais experts », à  un univers de laboratoire. En blouse blanche et penchés sur leur microscope, les scientifiques analysent les indices qu’on leur livre sur place afin de répondre aux questions posées par le magistrat. Les experts ne mènent pas l’enquête.

 

De plus, si un expert est réellement appelé à  se rendre sur les lieux d’un délit afin d’analyser la scène du crime et de collecter des traces, il fera tout le contraire de ce qui se passe dans les séries policières. Car le maître mot est de ne surtout pas se précipiter sur un cadavre, au risque de détruire les indices. Il s’agit de visualiser le chemin emprunté par le coupable et d’analyser toute indication laissée de son passage : une empreinte, une trace de pas, du sang, une fibre de textile, un cheveu. Ainsi, les experts avancent très lentement jusqu’à  la victime, récoltent les indices, et portent une combinaison blanche antistatique afin de préserver au mieux la scène de crime. Ainsi, le plus grand danger lorsqu’on investigue une scène de crime est de détruire les indices. Une menace supplémentaire réside dans le fait que, lorsque les experts techniques cherchent une trace, un transfert de textile, de terre ou de poussière peut s’effectuer. Cet échange inévitable est ce que l’on appelle « le principe de Locard ». D’où cette nécessité de revêtir une combinaison afin d’éviter de contaminer la scène de crime et les traces qui s’y trouvent. Pourtant, dans la plupart des séries télévisées, aucun expert ne porte une telle tenue.

 

Des traces toujours pertinentes et de qualité

Pour les experts de fiction, les traces collectées sont toujours pertinentes et de bonne qualité. Les indices sont récoltés, traités et analysés en une poignée de secondes et les résultats sont immédiats et correspondent toujours à  un suspect. Dans la réalité, les analyses sont longues, les traces incomplètes ou inexploitables. Mais scénario oblige, une enquête doit être bouclée en moins d’une heure. Alors forcément, les raccourcis sont nombreux.

 

Et si les experts du petit écran arrivent à  coup sûr à  identifier avec précision un suspect grâce aux correspondances entre une séquence ADN et une base de données, dans la réalité, bien souvent, les traces récoltées ne correspondent à  aucun suspect et ne se trouvent dans aucune base de données. Entre l’analyse d’une trace et l’identification, la route est longue et les résultats pas forcément concluants.

 

Les experts de fiction ont la science infuse

Aucun problème n’est un obstacle et chaque énigme est résolue en un temps record pour les experts des séries télévisées. Il suffit de connaître quelques éléments de la vie de la victime, de récolter deux ou trois indices par-ci par-là , pour parvenir à  définir le profil psychologique du suspect et connaître son mode opératoire. Et bien évidemment, ils ne se trompent jamais: la première hypothèse est (presque) toujours la bonne.

 

De plus, les experts de fiction maîtrisent bien souvent tous les domaines des sciences forensiques : chimie, analyse criminelle, médecine légale, criminologie,… Ces véritables petits génies savent absolument tout faire et endossent de multiples professions. Dès lors, les confusions sont multiples, les experts de fictions étant à  tour de rôle juge d’instruction, scientifique et inspecteur de police. Ainsi, ils contrôlent chacun des aspects reliés à  l’enquête et ont une vision globale de la situation. Ils prennent toutes les décisions, réalisent chacune des interventions et trouvent à  chaque fois le coupable.

 

Réaliste ces séries policières ? Pas vraiment. Mais bien évidemment, hormis pour quelques curieux et passionnés, peu de personnes les regarderaient si l’action, les courses poursuites et les rebondissements n’étaient pas au rendez-vous et s’il fallait attendre la fin de la saison pour déboucher sur le résultat de l’enquête. Alors forcément, le réalisme prend un sacré coup.

 


 

Notre journaliste Lauriane Constanty est détentrice d’un Master en droit et sciences criminelles, avec mention criminologie et sécurité.

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