Culture | 05.03.2014

Les Neuchâtelois fêtent deux anniversaires

Texte de Lena Würgler
REPORTAGE - Plus de 1500 personnes ont participé à  la 30ème édition de la Marche du 1er mars, dans le canton de Neuchâtel. Cette année, les marcheurs n'ont pas seulement fêté la Révolution neuchâteloise de 1848, mais aussi les 200 ans de l'entrée du canton dans la Confédération.
Photos : Lena Würgler

Le 1er mars 1848, des centaines de Républicains neuchâtelois marchent sur le château de Neuchâtel et renversent le gouvernement prussien en place. La démocratie est instaurée dans le canton. Samedi, pour la 30ème fois, plus de 1’500 Neuchâtelois ont bravé le froid, le brouillard et la neige pour suivre les traces de leurs ancêtres dans le but de commémorer cet épisode historique. « Ce genre d’événement est fondamental pour ne pas oublier le régime démocratique dans lequel on vit », estime Marc-André, un participant de 63 ans. « Nous avons besoin de telles manifestations pour nous réunir et réfléchir à  la manière dont nous vivons dans ce régime », ajoute-t-il avant de continuer sa route. Mais cette année, un deuxième événement s’ajoute à  la commémoration de la Révolution : les neuchâtelois célèbrent aussi l’entrée de leur canton dans la Confédération, en 1814.

 

Un budget quintuplé

Dans ce cadre, les organisateurs ont reçu un budget supplémentaire de 60’000 francs pour marquer l’événement. « C’est cinq fois plus que d’habitude », explique Catherine Huther, présidente de l’association « Marche du 1er Mars ». De quoi leur permettre de voir les choses en plus grand.

 

Tout d’abord, les marcheurs ont pu suivre non pas deux mais cinq itinéraires différents cette année. Certains sont partis du Locle, d’autres de Dombresson, Cressier, Noiraigue ou encore Boudry. Avec des tentes de ravitaillements montées tout au long des parcours. Ensuite, pour la première fois, un premier rassemblement s’est effectué à  Valangin où une grande tente, de nombreuses animations musicales et théâtrales, ainsi qu’un pique-nique gratuit attendaient les sportifs. « On aurait jamais pu faire cela sans l’édition du bicentenaire », affirme Catherine Huther. « Rien que la tente coûte 14’000 francs ».

 

La formule semble avoir ravi certains habitués : « La salve de fusil et le peloton d’honneur n’étaient jamais à  Valangin jusqu’à  présent, mais uniquement sur l’esplanade du château à  Neuchâtel », explique Marc-André, le participant chaux-de-fonnier. « C’est  fort agréable de voir que beaucoup de citoyens du canton se sont réunis à  Valangin. Excellente idée ! » Il vient d’arriver aux pieds du château médiéval de Valangin, qui profitait de l’occasion pour rouvrir ses portes, après la fermeture hivernale. Parti de La Chaux-de-Fonds, cet avocat aura marché plus de 23 kilomètres samedi.

 

Les jeunes au rendez-vous.

Malgré son côté traditionnel, la Marche a attiré une foule de jeunes cette année. À Valangin, ils étaient nombreux à  occuper les tables installées pour déguster le pique-nique offert. « Je m’attendais à  beaucoup moins d’organisation », s’étonne Judith, chaux-de-fonnière de 24 ans. « C’était indiqué qu’il y aurait des ravitaillements mais je m’attendais au strict minimum. En fait, il y avait vraiment un repas, avec de la soupe, etc. Je suis surprise en bien. »

 

Pour sa première participation, elle a convaincu Nathalie, une amie, de l’accompagner. Cette dernière se montre tout aussi enjouée, mais pour d’autres raisons. « La montée de la Chaux-de-Fonds à  la Vue-des-Alpes me paraissait plus longue et fatigante que cela. Finalement, ce n’est pas aussi affreux que je ne le pensais. On est vite à  Neuchâtel à  pied en fait », rigole-t-elle.

 

Arrivées sur la place de la Collégiale, elles ont assisté au spectacle musical donné par la fanfare des Armourins de Neuchâtel et aux démonstrations de coups de canons. Après avoir été cherché les diplômes décernés à  tous les participants, elles se sont finalement donné rendez-vous pour la prochaine édition, l’année prochaine.

 


 

Neuchâtel: une particularité historique

L’histoire du canton de Neuchâtel est particulière, puisque la région s’est trouvée dans une situation paradoxale pendant 34 ans. Entré dans la Confédération helvétique en 1814, après la chute de Napoléon 1er, Neuchâtel est à  la fois un canton suisse et une principauté prussienne jusqu’en 1848, année de la Révolution neuchâteloise.


Durant cette période de transition, les Royalistes, qui souhaitent la restauration de l’ancien régime, et les Républicains, désireux de faire tomber la domination prussienne, s’affrontent. Une première révolution a lieu en 1831, mais elle échoue en raison de l’incapacité des Républicains à  former un gouvernement. Il faudra donc attendre la seconde tentative de 1848 pour voir la création de la République neuchâteloise se concrétiser.