Culture | 24.03.2014

Le rire s’installe à  Genève

Texte de Anne Maron | Photos de DR
Du 26 au 29 mars le tout premier Festival du Rire de Genève prendra place. Durant quatre jours, le Casino-Théâtre accueillera près d'une dizaine d'humoristes locaux et internationaux qui présenteront des spectacles originaux «pour les gens qui aiment rire».
"C'est notre rôle de promouvoir des humoristes peu connus", explique Tony Romaniello, co-directeur du Festival du Rire de Genève, du 26 au 29 mars.
Photo: DR

«Les blagues Carambar: tout part de là  !» Lorsqu’on demande à  Tony Romaniello, co-directeur du Festival du Rire de Genève, quel lien il entretient avec le monde de l’humour, la réponse est assez surprenante. En réalité, Tony a commencé l’improvisation il y a une vingtaine d’année dans une maison de quartier, comme ça, pour rigoler. «Mais je n’ai aucun talent de comédien !», avoue-t-il. Il a donc fallu trouver un autre moyen de mettre les pieds là -dedans. Alors, après de nombreux projets florissants (il est le fondateur de la Compagnie LesArts, directeur du Théâtre le Caveau et organisateur du Mondial de Catch impro), il décide de mettre sur pied le premier festival d’humour à  Genève, en compagnie d’Estelle Zweifel, comédienne au sein de la compagnie LesArts. Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’une telle manifestation tente de voir le jour. «Mais nous, nous sommes les seuls qui allons réussir!», déclarent ensemble les deux responsables, plein d’enthousiasme. Et il faut dire que c’est un évènement qui se faisait attendre dans le paysage culturel genevois. Interview.

 

Après le Montreux Comedy Festival ou encore Morges-sous-Rire, pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de créer un festival du rire à  Genève ?

Estelle: Il y a déjà  une offre culturelle assez importante à  Genève, passablement soutenue par la Ville et le Canton, mais pas forcément du domaine du divertissement. On a envie de mettre en avant l’humour qui mérite tout autant sa place que les autres spectacles. C’est ce qui crée un paysage culturel intéressant. Lorsque nous avons commencé à  travailler sur le Festival du Rire, l’accueil des artistes a été plutôt positif et nous avons été satisfaits de voir l’engouement de nos partenaires.

Tony: L’humour existe depuis toujours, c’est vrai que c’est assez étonnant qu’un tel évènement ne lui ait pas été consacré plus tôt !

 

Comment vous est venue l’idée d’un festival faisant la part belle à  l’humour ?

Tony: Les gens sont frileux, ils ne vont pas voir des humoristes qu’ils ne connaissent pas et c’est un peu notre rôle de promouvoir ces artistes-là . Il est plus intéressant pour nous de faire découvrir des talents que de programmer des têtes d’affiche. Cécile Giroud par exemple, est au même niveau que Florence Foresti: même type d’humour, même qualité de sketches…

Estelle: Je dirais même qu’elle est plus complète: elle chante, elle fait du piano… On aura réussi notre festival si les gens nous disent en sortant « c’était vraiment cool, j’étais content de découvrir cet humoriste ». Le pari sera gagné !

 

L’humour, est-ce un simple divertissement?

Tony: Le but premier de l’humour devrait être de divertir, peu importe de quelle façon et avec quel sujet. Mais ça ne veut pas dire que, parce que c’est du divertissement, cela ne peut pas être engagé et traiter de sujets d’actualité.

Estelle: Je pense que l’humour est l’un des meilleurs vecteurs qui soit en matière de communication, de rassemblement, d’unité. C’est dommage qu’il ne soit pas suffisamment utilisé et reste cantonné au simple rang de divertissement. Souvent le fait de rire ou de faire des comédies est dévalué alors qu’en fait, ce n’est pas moins valable que d’autres pièces.

 

Lorsqu’on parle d’humour, une fameuse question revient toujours: est-ce qu’on peut rire de tout ?

Tony: Oui ! Sans condition ! On peut rire de tout, mais tout le monde ne va pas comprendre l’humour d’une blague particulière: si cela ne me fait pas rire, cela ne veut pas dire que ce n’est pas drôle et fera certainement rire quelqu’un d’autre.

Estelle: Ce qui me gêne beaucoup, ce sont les amalgames: pour moi, un humoriste fait ce qu’il veut, écrit ce qu’il veut, tant que ça reste dans le cadre de son métier d’humoriste. Mais l’humour peut aider à  relativiser, pour avoir un autre point de vue sur les choses. Par exemple, dans des films comme La Vie est Belle ou Intouchables, qui traitent de sujets difficiles, l’humour permet d’avoir une autre sensibilité et ajoute une note encore plus forte au message.

 

Tony Romaniello et Estelle Zweifel n’ont pas encore inauguré le premier Festival du Rire de Genève qu’ils pensent déjà  à  la suite: «On a déjà  bloqué les dates pour l’année prochaine! On est très confiants, on pense vraiment que c’est quelque chose qui doit exister à  Genève