31.03.2014

Le cannabis pour mineurs jeté aux oubliettes

En raison de nombreuses oppositions, le comité à  l'origine d'un projet d'association de consommateurs de cannabis à  Genève a décidé d'écarter les mineurs du public concerné
Photo: Joshua Resnick à Fotolia.com

Les mineurs ne pourront pas faire partie de l’association de consommateurs de cannabis projetée par un comité interpartis genevois. Initialement partagés sur la question de l’accès des moins de 18 ans à  la structure, les membres du groupe de travail ont fini par écarter cette possibilité, suite aux réactions virulentes de la population. Arnaud Moreillon (PS), coordinateur du comité, rapporte les arguments invoqués à  l’encontre de la dépénalisation, même encadrée, de la substance pour les mineurs : premièrement, le jeune n’aurait pas la maturité de se fixer des limites, risquant ainsi de voir sa consommation déraper et devenir problématique. Deuxième inquiétude majeure: affaiblir le message d’interdiction équivaudrait à  banaliser la consommation de drogues. Il faut donc garder un message strict, comme pour l’alcool fort.

Mauro Poggia, chef du Département des affaires régionales et de la santé (DEAS) de Genève rejoint cette affirmation: «Comme pour l’alcool fort, interdire aux mineurs d’accéder légalement à  de la drogue semble évident.» Il ajoute que le projet pilote d’association de consommateurs s’adresse à  des majeurs consentants et capables de discernement, alors que les mineurs sont susceptibles d’être plus facilement influençables et «soumis aux tentations».

De meilleures mesures de prévention

Selon le groupe de travail, qui voyait en l’accueil des mineurs au sein de l’association le moyen d’identifier les jeunes consommateurs et de les prévenir plus efficacement, cette décision nécessitera un renforcement du système répressif envers les dealers qui s’adressent à  la jeunesse. Car la crainte d’Arnaud Moreillon est que la consommation de cannabis chez les mineurs s’accroisse, contraints de continuer à  s’approvisionner dans l’illégalité. La Police de Genève ne se sent pourtant pas concernée: «Nous n’avons rien à  dire dans le débat, nous ne faisons que nous adapter aux lois.»

Barbara Broers, vice-présidente de la Commission fédérale pour les questions liées aux drogues (CFLD) plaide plutôt pour le développement de moyens d’ «identification et d’accompagnement des jeunes en difficulté avec les substances», sans pour autant les leur rendre légalement accessibles. Bien que favorable à  une dépénalisation du cannabis, la CFLD tient fermement à  ce que celle-ci soit interdite en dessous de 18 ans.

Durcir le contrôle près des écoles

Pour une meilleure prévention, « il faut attirer avant tout l’attention près des écoles, car le trafic de drogue se fait parfois ouvertement à  proximité des enceintes scolaires », dépeint Mauro Poggia. Pour lui, l’idée trop répandue selon laquelle le cannabis n’aurait aucune conséquence sur la santé et le développement cérébral du consommateur justifie de sensibiliser les jeunes très tôt. A savoir dès la fin de l’école primaire ou « dès qu’un enfant est capable de comprendre ce discours ». Et de mentionner également le rôle des services médico-pédagogiques dans l’aide aux mineurs confrontés à  un problème de consommation. « Nous ne pouvons de toute façon pas rester les bras croisés. La consommation de cannabis n’est pas anodine. »