30.03.2014

Le blues du cycliste

Texte de Guy Schneider
La route est à  tout le monde. Et pourtant, le quotidien des cyclistes relève plus souvent du parcours du combattant que de la promenade dominicale. A Genève, les associations de promotion du vélo et les politiques encouragent depuis des années ce moyen de locomotion, mais la réalité est-elle aussi rose qu'on nous la présente ? Tink.ch enquête au bout du lac.
Les espaces dédiés aux vélos sont souvent occupés par d'autres usagers. De gros efforts sont encore à  fournir pour un réseau pratique! Le vélo reste un moyen de transport pratique et bon marché qui convainc davantage d'usagers chaque année. Photos: Guy Schneider

Depuis le 1er mars 2014, nouveauté pour ceux que la pluie, le froid ou les risques de problèmes techniques rebutent: les TPG (Transports publics genevois) autorisent à  présent les vélos dans les bus et trams lorsque la fréquentation le permet ! Ce service est malheureusement payant… « Genève est plutôt en retard par rapport au reste de la Suisse dans ses infrastructures pour cyclistes », estime Violeta Djambazova, coordinatrice de l’association Pro Vélo Genève. Acceptée en 2011, l’initiative 144 prévoit de parer aux lacunes en matière de mobilité douce. Par exemple, les huit « pénétrantes cyclables » promises devront permettre aux cyclistes de traverser rapidement la ville sans détours et avec un maximum de pistes cyclables. Elles ne sont toutefois pas encore d’actualité.

 

Aménagements toujours en cours

Contacté par téléphone, le Département genevois de l’intérieur et de la mobilité indique qu’entre 2010 et 2013, 100 kilomètres d’aménagements cyclables ont été réalisés, dont 60 sur les routes cantonales. Actuellement, 50% du réseau routier du Canton est équipé pour les cyclistes, précisent les autorités (pour un total de 267 kilomètres dont 60% de pistes cyclables).

 

Autre problème récurrent, les stationnements aux abords des transports publics sont saturés. La gare a obtenu un abri sécurisé payant efficace, mais il demeure difficile de trouver des places pour garer son vélo autour de Cornavin. Selon le Département, depuis 2013, plus de 350 places supplémentaires dans cinq nouveaux parkings en P+B+R (Park and Bike and Ride) sont disponibles. Un recensement des places publiques et une identification des besoins sont en cours. Un guide de stationnement vélo destiné aux communes est aussi en phase de réalisation, pour favoriser la réalisation de places. La Direction générale des transports indique toutefois que le délai prévu pour atteindre les objectifs de l’initiative 144 est fixé à  2019.

 

Aussi pour les professionnels

Des aménagements ont donc été mis en place progressivement pour répondre à  l’augmentation des adeptes du vélo ces vingt dernières années; mais pour certains, l’infrastructure n’est pas encore assez efficace. Violeta Djambazova de Pro Vélo relève: « il manque encore une vraie volonté politique pour améliorer la situation et convaincre plus de monde à  se déplacer à  vélo. »

 

Les agences de coursiers à  vélo prouvent pourtant que les cycles peuvent servir au transport en ville. Dans ces services, travaillent généralement des étudiants et des passionnés de cyclisme. Leur quotidien ? Cinquante à  huitante kilomètres par demi-journée à  travers tout le canton. Laurent Sommer, manager à  la Vélopostale, fait le point: « En général, on progresse: certains tronçons sont devenus pratiques pour le vélo. Mais ces avancées ne suffisent pas. » Outre le manque de qualité du réseau, le problème principal semble être le manque de considération des autres usagers. « Souvent, les automobilistes ne s’attendent pas à  ce qu’on arrive si vite, ils ont de la peine à  anticiper notre présence. C’est une question d’éducation… »

 

Un moyen de transport pourtant attractif

La peur dissuade souvent l’usager lambda d’enfourcher un deux-roues. Attention aux rails de tram et aux portes des voitures garées ! Pourtant, selon les statistiques de la Police cantonale, les risques d’accident restent cinq fois moins importants pour les cyclistes que pour les scootéristes.

 

Cela dit, le vélo n’est pas encore totalement assimilé à  un moyen de transport à  Genève. Longtemps considéré comme le moyen de locomotion du pauvre, son statut a nettement évolué. L’arrivée du vélo électrique et l’engouement pour l’activité physique ont convaincu de nombreux nouveaux utilisateurs, en jeans comme en costard. En sachant que 30% des trajets motorisés n’excèdent pas 3 kilomètres, et 45% les 5 kilomètres, les deux-roues sont une alternative efficace. En minimisant les déplacements à  pied et les problèmes de parking, le vélo concurrence les véhicules motorisés dont la vitesse moyenne s’élève à  25km/h seulement en trafic urbain. Il est donc grand temps que les cyclistes soient respectés comme de véritables usagers de la route.

 

Rester positif

Alors que proposent les associations de promotion du vélo pour améliorer la situation des cyclistes à  Genève ? Pro Vélo organise régulièrement des cours de conduite sur route, des bourses aux vélos et des tours en groupe – un bon moyen pour prendre (ou reprendre) confiance. Démarche plus radicale pour les «Critical Mass», populaires surtout durant les beaux jours. Ces manifestations mobilisent chaque dernier vendredi du mois une foule de cyclistes sur les routes. Des coups de gueule anti-automobilistes qui visent à  renverser la hiérarchie routière habituelle. Efficaces ou pas, il s’agit surtout de mettre en perspective la place des vélos dans le trafic routier.

 

La situation semble donc évoluer de manière positive. Reste aux usagers de se montrer plus zen et tolérants les uns envers les autres. Quant à  la meilleure philosophie à  adopter au guidon, conseil de pro par Laurent Sommer de la Vélopostale: « Il faut rester cool et ne pas s’énerver. La route est un espace de courtoisie, c’est dommage qu’elle devienne un lieu de conflit! »

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