10.03.2014

« L’apprentissage du français est dans une impasse »

Texte de Catherine Bellaïde | Photos de DR
Le Parlement du canton de Nidwald a soutenu à  l'unanimité un postulat de deux députés UDC qui demandaient la suppression du français à  l'école primaire. A l'occasion de la semaine de la langue française et de la Francophonie du 14 au 24 mars, nous avons interrogé le professeur Peter Hänni, directeur de l'Institut de fédéralisme à  l'Université de Fribourg sur la guerre menée au français de l'autre côté du Röstigraben.
L'apprentissage du français menacé en Suisse alémanique ? Photo tirée du film Tableau noir de Yves Yersin, © Filmcoopi Peter Hänni assure que s'il faut choisir entre l'enseignement du français et de l'anglais en primaire, ce dernier l'emportera.
Photo: DR

En supprimant le français à  l’école primaire, les Suisses alémaniques ne mettent-ils pas en danger le fédéralisme suisse ?

Dans l’immédiat, aucun indice permet de dire véritablement que cette situation met en danger le fédéralisme suisse. Mais la Conférence des directeurs de l’instruction publique de Suisse alémanique, censée s’occuper de cette question discutée depuis longtemps, traîne et n’est pas capable de trouver un consensus. Les différents cantons alémaniques n’arrivent pas à  se mettre d’accord et font acte de résistance au plan d’enseignement 21.

 

Qu’est-ce que le plan d’enseignement 21 ?

Le plan d’enseignement 21 est la principale source du problème. Mis en palce par les directeurs publics suisses alémaniques, ce plan visait au départ l’unification et l’harmonisation pour toute la Suisse alémanique des matières à  enseigner au primaire. Les cantons n’étant pas capables de se mettre d’accord, ils se retrouvent maintenant dans une impasse.

 

Quand et comment le conflit a-t-il débuté ?

Le conflit sur la question des langues étrangères au primaire a commencé il y a déjà  dix ans avec le canton d’Appenzell, qui avait une préférence pour l’anglais. Comme c’est un petit canton, personne ne s’en est inquiété. Mais après Appenzell, c’est Zurich qui a souhaité supprimer le français. Ensuite, sous prétexte de subir trop de pression, chaque canton a voulu faire comme il le voulait. La Berne fédérale, quant à  elle, continue à  maintenir l’idée que l’on doit garder le français comme langue étrangère.

 

Pourquoi devoir choisir entre deux langues ?

Certains enseignants disent que deux langues étrangères, c’est trop pour des enfants de cet âge. Si cela dépassait les capacités intellectuelles des élèves et qu’il fallait choisir entre le français et l’anglais, c’est l’anglais qui l’emporterait. Cela ne va à  l’encontre de nos compatriotes romands, mais c’est une question de niveau scolaire. A ce propos, on peut dire que les résultats des élèves romands en langues ne sont pas très brillants.

 

C’est bien pour cette raison que l’apprentissage des langues a été avancé au primaire… Alors pourquoi ce retour en arrière en Suisse alémanique ?

En effet, sur le principe vous avez raison, c’est un retour en arrière. Nous nous trouvons dans une véritable impasse. Cette situation devient assez difficile à  gérer puisque de nombreux enseignants contestent l’apprentissage de deux langues étrangères au primaire et choisissent d’enseigner uniquement l’anglais.

 

 


 

Impératif économique

Gilbert Rist, professeur retraité de l’Institut de hautes études internationales et du développement à  Genève et professeur à  Sciences Po à  Paris, explique qu’aujourd’hui, il y a une tendance dans les Universités à  parler anglais: « Tout le monde parle l’anglais. Cela me désole d’ailleurs, car on devrait pouvoir enseigner et parler la langue du pays dans lequel on se trouve. » Invité à  donner ses cours à  Paris en anglais, ce disciple de Claude Hagège (Dictionnaire amoureux des langues)  considère que « plus on a de langues mieux cela vaut. Il faut multiplier les langues et c’est ce que font nos petits romands. »

 

Pour lui, le choix des langues étrangères est lié à  un problème économique car entrer dans le marché international est plus facile en parlant la langue de Shakespeare que celle de Molière. « En ce qui concerne les alémaniques, ils nous excluent du débat, comme ils l’ont toujours fait avec leur dialecte. »

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