Culture | 19.03.2014

« La figure tourmentée » : au Palais de Rumine, les sculptures humaines chancellent

Le Musée des Beaux-Arts de Lausanne présente, jusqu'au 24 avril 2014, les S«uvres d'Alberto Giacometti, Marino Marini et Germaine Richier dans l'exposition "La figure tourmentée". La figure, au centre de leurs créations, leur permet d'exprimer leur vision souvent déséquilibrée de l'être humain.
Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, exposition « Giacometti, Marini, Richier. La figure tourmentée ».
Photo: Nora Rupp, Musée cantonal des Beaux-Arts

Le Musée Cantonal des Beaux-Arts (MCBA) de Lausanne offre jusqu’au 24 avril une visite sous la forme d’un parcours en neuf étapes. Elle permet aux visiteurs de découvrir les différents moyens artistiques utilisés par Alberto Giacometti, Marino Marinier et Germaine Richier pour représenter la figure humaine. Au travers des salles aménagées du Palais de Rumine, l’évolution et les différences entre les Š«uvres sont perceptibles. Personnages sculptés dans le bronze, à  la limite de la perte d’équilibre : Alberto Giacometti symbolise l’homme menacé par la chute. Quant à  Germaine Richier, c’est au travers de l’observation de la nature qu’elle trouve l’inspiration de ses créatures hybrides, mi-homme mi-bête. Cela donne naissance à  « La Mante », mante religieuse et femme, ou au « Griffu », mi-homme, mi-aigle. Les figures équestres de Marini sont, suite aux horreurs et aux dégâts de la guerre, déstabilisées. La relation entre l’homme et le cheval n’est plus. Ses sculptures exposent une monture qui tente de se débarrasser de son maître.

 

Déséquilibre

Dans la salle intitulée « Têtes et bustes », Giacometti cherche à  rendre la réalité de sa vision de l’homme en façonnant les portraits tels qu’il les perçoit. Traits de différentes personnes mélangés ou simplement effacés, les figures ne sont pas le reflet exact de la réalité : elles sont le reflet de sa propre réalité. Le modèle est interprété et sculpté au travers des yeux de l’artiste. Les autres salles du MCBA exposent des figures uniques, extrêmement maigres et tenant sur des socles. Au delà  de l’impression de mouvement, la sensation dominante est celle de personnages risquant de s’effondrer à  tout moment. Leurs jambes sont fines, leurs corps extrêmement minces. Leurs traits faciaux sont à  peine, voire pas du tout, visibles. La matière utilisée par les trois artistes, le bronze, attribue reflets et couleurs intenses aux Š«uvres. En s’approchant il est possible de percevoir les empreintes des doigts ou outils des sculpteurs. Il est même possible de distinguer à  quels endroits ils ont appuyé ou lissé les corps.

 

Trois artistes à  l’art nouveau

L’art du 20ème siècle est dominé par l’abstraction. Les trois artistes, Giacometti, Marini et Richier ne renoncent pourtant pas à  la figuration. Ils persistent et continuent de modeler des corps. Loin de la sculpture et des portraits parfaitement réalistes, les trois artistes amènent une nouvelle vision de l’être humain. Une manière de rendre compte, par exemple, des dommages de la guerre au travers de corps mutilés, imparfaits, presque irréalistes. Ne pas s’adapter à  son époque et aller contre la vision artistique de la société leur a permis de faire naître un art nouveau, unique. Une exposition troublante. Les Š«uvres réussissent à  véhiculer une image de l’homme tourmenté. Giacometti, Marini et Richier réussissent à  exprimer une vision qui semblait impossible à  illustrer.