Culture | 25.02.2014

Viv(r)e la danse !

Le festival Groove n' Move, qui a eu lieu à  Genève du 13 au 22 février, fait la part belle aux danses urbaines et à  la culture qui les accompagne. Sébastien Boucher, danseur professionnel et directeur artistique du festival, et Alex, l'un des nombreux intervenants, nous éclairent sur un style de danse où les valeurs véhiculées sont aussi essentielles que la performance.
Performance lors du Juste Debout Suisse, le 16 février dernier.
Photo: MyBigGeneva/Carla DG O'Donnell La Compagnie par Terre, le 13 février dernier. Pierre Borasci

« Peace, love, unity and having fun ». C’est avec cette devise fondamentale du hip-hop, inscrite sur son large T-shirt, qu’Alex m’accueille dans les locaux du festival Groove n’ Move à  Genève. Il s’apprête à  donner un stage d’initiation au hip-hop. Sébastien Boucher, directeur artistique du festival, nous rejoint. Tous deux sont danseurs et chacun possède sa propre histoire: Alex, né aux Etats-Unis, a d’abord été attiré par la musique hip-hop et ses nombreuses influences que sont la soul, le jazz ou le funk, avant de s’intéresser à  la danse. Sébastien a commencé par les sports de combat puis s’est orienté vers le hip-hop à  la suite d’une rencontre avec d’autres danseurs. Dans leurs paroles, on retrouve cette volonté commune de s’exprimer librement, à  leur façon.

 

« Le hip hop, c’est une danse qui se vit »

Il y a quelque chose d’à  la fois beau et sacré dans le récit que font Alex et Sébastien des origines de la danse urbaine. « Au départ, le hip-hop se transmettait sur le terrain, d’individu à  individu, raconte Sébastien, qui danse depuis plus de 20 ans. Notre méthode d’enseignement se basait sur l’observation et l’échange des qualités de chacun. »  Comme des sages se réunissant pour transmettre les légendes de leur clan, le hip-hop a grandi dans le partage. Bien loin des idées préconçues sur le sujet, la danse urbaine est une discipline développée dès les années 1970 avec l’apparition de la soul et du funk qui, bien avant le hip-hop, servaient d’accompagnement musical aux danseurs. Puis, les années 90, véritable âge d’or du rap, propulsent le hip-hop sur le devant de la scène. Ce style devient alors la plus médiatisée des danses urbaines: il est le reflet de la multiculturalité et symbole de rencontres. Claquettes irlandaises, capoeira, salsa… Dans le hip-hop, on retrouve de nombreux mouvements influencés par le mélange des différentes populations présentes aux Etats-Unis, sa terre d’origine. Pour Alex, ces différences géographiques sont enrichissantes: « Chaque culture, chaque style de vie, chaque ethnie apporte son style. Ils expriment ce qu’ils vivent au travers de leur danse. »

 

Partage, respect et liberté d’expression

Le battle, cette confrontation où les danseurs se mesurent les uns aux autres par chorégraphies interposées, reste l’exercice favori de la majorité des amateurs de danse urbaine. Il n’est pas pour autant signe de rivalité ou de dévalorisation de l’autre. Au contraire, il règne dans ces manifestations beaucoup de respect et une notion importante de partage. « C’est une opportunité de partager ce que l’on connaît de la danse, de montrer son style et surtout de se nourrir de celui des autres », explique Alex. La danse permet également la libre expression des émotions et des sentiments grâce au mouvement corporel et à  la musique qui l’accompagne. Et même si l’évolution des styles se fait sentir à  travers les époques et les zones géographiques, ce n’est pas le cas de toutes les valeurs qui y sont associées : le partage, le respect et la liberté d’expression. Elles caractérisent la culture urbaine depuis ses origines et s’étendent bien au-delà  de la simple dimension artistique ou sportive. Avant tout, l’amour pour la danse et l’envie de se faire plaisir réunissent tous les artistes.

 

Casser les idées préconçues

Malgré toute la richesse qu’elle comporte, la danse urbaine reste victime de nombreux clichés pour ceux qui sont persuadés que tourner sur la tête reste l’exercice le plus représentatif du hip-hop. « Ce que nous voulons, c’est offrir une plateforme d’expression pour les spectacles, développer l’aspect créatif et faire naître une réflexion sur le hip hop et la danse en général », explique Sébastien lorsqu’il évoque l’objectif du festival Groove n’ Move, crée il y a quatre ans. Il faut dire que, sur le terrain culturel suisse, une petite place seulement est accordée à  la culture urbaine qui se cantonne bien souvent à  l’environnement dans lequel elle a vu le jour: la rue.