Politique | 15.02.2014

Les Romands sont vénères

Texte de Joëlle Misson
EDITORIAL - Une fois de plus, ces huluberlus qui se cachent de l'autre côté du Röstigraben, dans " l'autre Suisse " ont décidé pour tout le monde. Et surtout pour nous, ô Romands.
Au lieu de continuer de se lamenter et de remettre la faute sur cette "autre Suisse", conservatrice, raciste et peureuse, qui n'a pas voté comme nous, décidons de prendre les choses en main.

L’Hebdo parlait le 13 février de  » deux Suisses « . Il est clair que la totalité des cantons suisses-romands ont rejeté l’initiative de l’UDC. Largement, pour Vaud et Genève. De là  à  parler de deux Suisses, il n’y a qu’un ravin. Les cantons suisses-romands ont rejeté massivement l’initiative – on l’a déjà  dit – mais qu’en est-il des suisses-romands eux-mêmes ? Que valent les 48,5% de votes favorables du canton de Fribourg (on nous dira que c’est la faute de sa situation géographique), les 48,3 % du Valais (on s’éloigne de Berne là , mais bon, il y quand même ce bon vieux Oskar là -bas ) des 44,1% dans le Jura, des (bien que dérisoires) 39,3 % à  Neuchâtel, 39,1% à  Genève et, champions du refus, des 38,9% de oui dans le canton de Vaud ? Sans oublier les refus de Bâle-ville, Zürich et Zoug.

 

Alors non ! les Suisses-allemands n’ont pas voté « pour » et les Suisses-romands « contre » (les Tessinois, on peut se permettre la généralisation, à  la limite, avec leur 68,2%. Pour une fois qu’ils se sentent écoutés !) Non, les Suisses: romands, allemands, italiens, ont voté. « Punkt, Schluss ». Des Suisses ont voté oui, d’autres Suisses ont voté non. En fait, la moitié des citoyens a voté pour, l’autre contre. Des citoyens. Pas de la Suisse.

 

A en croire les appels au secours lancés depuis dimanche, la Suisse romande ferait mieux de créer « sa » Suisse. Parce qu’il y en a marre, non mais, que les autres décident à  notre place. Bon et puis puisque les cantons de Neuchâtel, Genève et Vaud sont les rois du non, pourquoi ne pas créer notre petit pays rien qu’à  nous ? Parce qu’après tout, Jura et Fribourg sont bien trop proches de ces  » Schwyzerdutsch « , et dans le Valais, on ne compte pas ces Hauts-valaisans, ô combien pire.

 

Alors ces « deux Suisses », qui en veut ? Moi pas. Parce que, quels que soient les clivages culturels et idéologiques qui séparent nos deux régions (tiens, on oublierait même parfois que la Suisse possède trois régions et même quatre), la Suisse est une. Pas deux, pas trois. Et toute, je dis bien toute, votation fera son lot de malheureux, simplement parce que deux choix seulement sont possibles lors d’un vote.

 

Au lieu de continuer de se lamenter et de remettre la faute sur cette « autre Suisse », conservatrice, raciste et peureuse, qui n’a pas voté comme nous, décidons de prendre les choses en main et de considérer ce qu’il est possible de faire pour satisfaire à  cette votation que la Suisse a acceptée. Arrêtons de rejeter la faute sur les autres et assumons nos responsabilités ensemble, comme un pays uni. Il n’y a rien de pire qu’un pays désuni face au reste du monde. Gardons notre fierté et faisons en Suisse ce qu’il sera possible de faire, avec les outils que nous avons à  disposition. Ce n’est pas en faisant la guerre à  l’autre moitié du pays que l’on ira de l’avant.