Sport | 05.02.2014

Les JO de Sotchi : enthousiasme et désillusion (copie 1)

Texte de Lena Würgler
Trois jeunes sportifs russes vivant en Suisse réagissent aux différentes affaires qui entourent les jeux olympiques d'hiver de Sotchi. Ils reviennent ici sur les sommes gigantesques investies dans la manifestation et sur la question des athlètes homosexuels.
Sasha (28 ans) commence la course d'orientation à  8 ans, quand elle arrive en Suisse. Elle rejoint ensuite l'équipe de Suisse en junior. Actuellement, elle continue de participer à  des compétitions au niveau national et régional, mais pour son plaisir. Maxime (24 ans) faisait de la boxe pour son université à  Moscou. Des problèmes de santé l'ont empêché de devenir professionnel. A contre-cŠ“ur, il a décidé de complètement changer de voie et de venir en Suisse pour suivre des études en finances. Serguei (24 ans) a joué au tennis de table pour l'équipe de Suisse au niveau international. Aujourd'hui, il est entraîneur pour plusieurs clubs, dont celui de Lancy. Il a aussi lancé la section tennis de table au service des sports de l'Université de Neuchâtel. Photos : Lena Würgler

Sasha, Serguei et Maxime sont d’origine russe et vivent en Suisse. Sasha est une ancienne coureuse d’orientation semi-professionnelle, arrivée en Suisse à  l’âge de 8 ans. Seguei vit en Suisse depuis 17 ans. Il faisait partie de l’équipe nationale suisse de tennis de table. Maxime, enfin, est arrivé dans le pays voici deux ans pour ses études. En Russie, il pratiquait la boxe de haut niveau pour son université. Pour ces trois passionnés de sport, les JO de Sotchi prennent une saveur particulière, puisqu’ils sont organisés dans leur pays natal. Après la passion et l’enthousiasme initial, ils livrent ici une vision très critique de la manifestation et de son organisation.

 

Une infrastructure entièrement neuve

L’élection, en 2007, de Sotchi comme ville d’accueil des Jeux Olympiques 2014 a été une véritable surprise pour Sasha: « J’étais étonnée qu’ils soient prévus à  Sotchi parce que, pour moi, cet endroit rime plutôt avec les vacances d’été », témoigne-t-elle. La ville russe, réputée en tant que station balnéaire, se trouve en effet au bord de la mer noire, à  1360 km au sud de Moscou. Pour pouvoir organiser les épreuves de glace, il a donc fallu bâtir à  neuf un gigantesque complexe sportif. Les compétitions de neige, elles, seront disputées dans les montagnes du Caucase, à  48km de là . Les deux sites seront reliés par une nouvelle route et un chemin de fer, dont le coût est estimé à  plus de 9 milliards de dollars. Des projets qui reflètent à  eux seuls la disproportion de ces jeux devenus les plus chers de l’Histoire.

 

Des dépenses démesurées

Le budget, déjà  record, de 10 milliards de dollars prévu initialement a littéralement explosé, s’élevant à  une somme estimée à  plus de 46 milliards de dollars à  l’heure actuelle. En comparaison, les derniers jeux d’hiver à  Vancouver en 2010 avaient coûté 2,5 milliards de dollars. Pour Maxime l’excitation du début a pris un goût amer. « Après coup, on a compris que c’était un projet complètement fou du président Poutine pour crâner face à  la communauté occidentale, pour satisfaire son ambition et celle des hommes du gouvernement », s’insurge l’ancien boxeur russe.

 

Actuellement étudiant en finances à  l’Université de Neuchâtel, il estime que ces jeux reflètent une partie de la culture et de l’âme russe. Selon lui, « à  chaque fois qu’un Russe réalise un projet, il veut le rendre parfait, pour pouvoir impressionner la communauté. Mais ces gens vivent en fait sur le dos de personnes âgées ou d’enfants malades, sans argent, sans aide.» Pour Serguei, le moment est simplement mal choisi : « Financièrement, le pays n’est pas prêt pour une telle compétition. Je pense qu’il ne fallait pas le faire maintenant, mais peut-être dans dix ans », estime l’étudiant en statistiques à  l’Université de Neuchâtel.

 

Homosexualité : le sujet qui fâche

Une autre affaire a quelque peu entaché l’organisation de ces Jeux. En juin 2013, la Russie instaure une nouvelle loi interdisant toute « propagande de relations sexuelles non traditionnelles » devant des mineurs. Une norme perçue par beaucoup comme discriminatoire envers les athlètes homosexuels, puisqu’elle limite leur liberté d’expression. « Je sais que les Russes sont contre les homosexuels, analyse Sasha, je pense que la Russie doit s’adapter aussi au XXIème siècle. Moi, en vivant en Suisse, j’y suis habituée et je trouve cela normal », affirme-t-elle.

 

Quant à  Serguei, il perçoit ce débat comme une offensive de la part de l’Europe et des Etats-Unis. « En Occident, tout le monde ne parle que de cette affaire. En Russie personne ne le fait. L’Occident met l’accent sur le problème de l’homosexualité pour casser l’image de la Russie, comme toujours », estime l’actuel entraîneur au sein de plusieurs clubs de tennis de table.

 

Pour Maxime, toute cette histoire permet au contraire à  la Russie d’éviter d’aborder d’autres sujets plus brûlants. Selon lui, il s’agit là  « de la manière russe de faire de la politique. Ils font une énorme affaire de la question de l’homosexualité pour cacher les vrais problèmes comme la pauvreté, les salaires bas, le manque de travail, les rentes basses, la corruption et toutes ces choses », estime le jeune homme de 24 ans.

 

Entre Russie et Suisse, leur cŠ«ur balance

Dans quelques jours, les trois jeunes athlètes suivront attentivement les Jeux. Aucun d’entre eux ne sait vraiment de quel côté penchera sa préférence entre les sportifs suisses et russes. Seule Sasha a sa petite idée : « Je pense que si les Russes l’emportent, j’aurai une plus grande fierté. Surtout parce que les Jeux se déroulent dans leur pays. Il faut qu’ils montrent aussi de quoi ils sont capables. Pas seulement au niveau des infrastructures, de l’organisation, mais aussi des athlètes, parce qu’ils seront devant leur public. »

 

Ähnliche Artikel