05.02.2014

Jeunes, étudiantes, chez leurs parents : elles ont gardé leur enfant

Texte de Joëlle Misson | Photos de DR
Mégane et Cindy* sont toutes deux tombées enceintes avant 20 ans : étudiante pour la première et apprentie pour la seconde, elles habitaient encore chez leurs parents. Malgré les incertitudes, elles ont décidé de garder leur bébé et ne le regretteraient pour rien au monde. Alors que les divisions éthiques concernant l'avortement font rage, leurs témoignages montrent qu'il est aussi possible d'élever un enfant tout en étant jeune, étudiante puis femme active.
Mégane s'est demandé ce qui serait arrivé si elle avait pris le choix d'avorter : plus de facilité en cours, pas de difficultés financières, la possibilité de partir à  l'étranger... "Mais cela n'est rien à  côté d'un seul rire de mon fils".
Photo: DR

Quand Mégane apprend qu’elle attend un enfant, elle a 18 ans, habite encore chez ses parents et est en couple depuis un mois seulement. Elle vient de terminer sa dernière année de gymnase, qu’elle doit redoubler. « Autant dire que tout jouait contre moi! », affirme cette jeune maman d’un petit garçon maintenant âgé de deux ans.

« Voilà  ce que ça fait quand ça nous arrive »

A vrai dire, Mégane sait qu’elle est enceinte avant même d’effectuer un test de grossesse et que ceux-ci s’avèrent positifs : « C’est inexplicable, témoigne-t-elle. J’ai senti cette présence, cette conscience en moi, et je me suis mise à  parler à  mon bébé alors que les tests ne confirmaient encore rien. » Pourtant elle continue d’en faire, « car je savais qu’ils finiraient pas être positifs. » Le jour où elle voit finalement la petite barre s’afficher, Mégane est surprise et se met à  trembler. Elle pense : « Alors voilà  ce que ça fait quand ça nous arrive. » Déjà  attachée à  son fils depuis quelques jours, elle n’a aucune peine à  l’accepter et à  se dire «qu’il est là  pour une bonne raison».

Egalement tombée enceinte sans l’avoir prévu, Cindy présente un parcours un peu similaire. Lorsqu’elle apprend sa grossesse, à  19 ans et demi, elle suit un apprentissage de polygraphe, habite encore chez sa mère et est en couple depuis six mois. A l’annonce de la nouvelle, Cindy vit « un ascenseur d’émotions » : elle est prise d’un fou-rire avant de fondre en larmes. « Heureusement que mon copain était là ! »

« J’en étais tout amoureuse! »

Toutes deux ont pensé à  avorter, ou tout du moins envisagé cela comme une solution. Cindy est celle qui concrétise le plus la démarche: elle appelle son gynécologue et explique qu’elle et son copain ne souhaitent pas garder le bébé. « Finalement, il nous a dit qu’on avait deux mois et demi pour y réfléchir. » Le couple en discute avec leurs mères et pèse le pour et le contre. «  Et quand j’ai vu cette mini-crevette à  l’échographie, j-˜ai craqué direct : j’en étais déjà  tout amoureuse ! » Elle poursuit sa grossesse en continuant à  travailler. Après l’accouchement, elle fait une année de pause et finit par changer d’emploi en raison de conflits avec ses anciens patrons. Aujourd’hui en stage dans une garderie, elle débutera un apprentissage d’assistante socio-éducative en août prochain. Sa fille fêtera ses 3 ans cette année.

«C’était déjà  mon bébé»

«Dès le moment où l’on s’était mis ensemble, j’avais averti mon copain que je n’avorterais pas en cas de  « souci ». » A l’annonce de sa grossesse, Mégane pense plutôt « à  ce que cela ferait d’avorter », tout en subissant une certaine pression de sa famille qui l’encourage à  prendre cette décision, compte tenu de sa situation. « Mais au fond, je n’ai jamais considéré l’avortement comme une réelle possibilité pour moi. » Pour cette jeune adulte absolument fascinée par la grossesse, cela va de soi : «mon bébé était déjà … mon bébé» et elle y est déjà  attachée depuis sa conception. Son copain accepte sa décision de garder l’enfant tout en lui avouant qu’il a toujours rêvé d’être papa à  24 ans, soit l’âge auquel il le devient.

Après avoir emménagé avec son copain, Mégane poursuit ses études gymnasiales (collège) en tant que redoublante et femme enceinte: une particularité très bien acceptée par ses camarades de classe. Les trajets quotidiens et les rendez-vous médicaux l’épuisent et elle finit, après discussion avec la doyenne, par interrompre ses études. Mais pour une battante comme Mégane, cette décision ne signe pas la fin de l’épisode : elle reprend les cours à  la rentrée suivante, son fils alors âgé de 5 mois et demi.

Sa maturité fédérale enfin en poche, Mégane se prépare à  entrer en année préparatoire à  l’école de sage-femme quand elle apprend que son fils est touché par une maladie génétique. Elle choisit donc de faire une pause d’une année. Mais puisque cette jeune femme est « très active et ne supporte pas de ne rien faire », elle décide de devenir « doula », c’est-à -dire accompagnante à  la grossesse et à  la naissance. La formation à  distance lui convient parfaitement : « C’est l’idéal pour gérer études et vie de famille ». Aujourd’hui toujours en formation, Mégane pourra commencer, dès le mois de février, à  accompagner ses premiers couples en tant qu’apprentie doula (la doula ne délivre aucun acte médical car la formation n’est pas encore reconnue). En septembre, elle reprendra son année préparatoire à  l’école de sage-femme « car je n’ai certainement pas abandonné mon rêve ! »

« L’une des meilleures choses que j’ai faites de ma vie »

Au quotidien, être maman, « c’est un peu stressant mais c’est comme si ma fille avait toujours été là . Elle est l’une des meilleures choses que j’ai faites de ma vie ! », raconte Cindy. De son côté, Mégane « aime être une mère » et se montre toujours soucieuse d’apporter le meilleur à  son enfant.

Cette dernière ne s’est jamais vraiment demandé si elle avait fait le bon choix. Au contraire, elle s’est plutôt interrogée sur ce qui se serait passé si elle avait choisi d’avorter : plus de facilité en cours, pas de difficultés financières, la possibilité de partir à  l’étranger « comme je le voulais tellement ». Mais parallèlement, Mégane considère son fils comme sa motivation: « Sans lui, je ne sais pas si j’aurais eu mon bac. Il m’a prouvé que tout est possible tant qu’on y croit et je n’aurai jamais pu m’en rendre compte seule. Je ne me demanderai jamais si c’était le bon choix, c’est une évidence. » Si c’est parfois dur et qu’elle doit faire certains sacrifices, « cela n’est rien à  côté d’un seul rire de mon fils ».


Ce qu’elles pensent du financement de l’avortement

Toutes les deux sont pour que chaque femme ait le droit de choisir l’avortement ou non, même si Mégane a beaucoup de difficulté à  imaginer pourquoi certaines avortent. En tant que mère, elle pense que, sauf dans de rares cas, on ne peut regretter un enfant. Mais elle se dit consciente que certaines femmes n’ont pas la maturité pour en assumer un, «et ce ne serait rendre service ni à  l’un ni à  l’autre que de forcer quelqu’un à  garder un bébé. »

« L’assurance maladie idéale, où l’on pourrait cocher « oui » et « non », n’existe pas. Ce serait d’ailleurs terrible car il n’y aurait plus aucune solidarité. » Pour Mégane, si l’avortement était supprimé des prestations de l’assurance maladie, il n’en résulterait pas moins d’avortements mais seulement plus d’accidents. Elle comprend les opposants à  l’avortement et les arguments motivés par des convictions personnelles mais considère, à  regret, qu’« actuellement, on ne peut pas s’opposer à  cela sans remettre en question tout le système de la santé. » Quant à  Cindy, elle se contente d’approuver la prise en charge par l’assurance obligatoire car « tout coûte tellement cher. »