06.02.2014

Stéréotypes féminin et masculin à  l’école : la France s’agite, Genève pratique

Texte de Chrystelle Conus | Photos de © James Vaughan
En France, un programme de sensibilisation à  l'égalité entre filles et garçons est accusé de promouvoir la "théorie du genre". A Genève, sans querelles idéologiques, les enseignants sont formés à  déconstruire les stéréotypes de genre auprès de leurs élèves.
La notion de genre recouvre ainsi le fait que la définition de certains rôles, comportements et particularités de chacun des deux sexes relève non pas de la biologie ou de la génétique, mais du modèle socio-culturel environnant.
Photo: © James Vaughan

L’instauration de l’égalité entre les filles et les garçons passe-t-elle par la déconstruction des stéréotypes féminins et masculins ? Pour le Département de l’instruction publique de Genève, l’apport des études de genre ne relève pas d’une quelconque « théorie ». En conséquence, la sensibilisation à  la notion de genre est progressivement intégrée à  la formation des enseignants genevois, alors qu’elle crée le débat en France.

 

Dans l’Hexagone, un appel au boycott de l’école publique a été lancé le 23 janvier, par un nouveau mouvement populiste, pour protester contre le supposé enseignement de la « théorie du genre » en France. L’initiatrice du mouvement, Farida Belghoul, accuse en effet le programme français « ABCD de l’égalité » de ne pas se contenter de promouvoir l’égalité entre filles et garçons. Selon elle, il vise en réalité à  « remettre en cause les fondements traditionnels de l’existence de l’être humain, qui s’appuient […] sur un sexe bien défini, avec un rôle bien défini ».

 

Pendant ce temps à  Genève, les questions d’égalité sont ponctuellement abordées avec les élèves à  partir du cycle d’orientation (12-13 ans). La démarche pédagogique n’est pas systématique ni générale, mais c’est l’objectif annoncé par Franceline Dupenloup, responsable de l’égalité et de la prévention de l’homophobie au Département de l’instruction publique.

 

La sensibilisation aux stéréotypes sexués s’appuie sur les études de genre, qui examinent les rapports sociaux entre hommes et femmes. La notion de genre recouvre ainsi le fait que la définition de certains rôles, comportements et particularités de chacun des deux sexes relève non pas de la biologie ou de la génétique, mais du modèle socio-culturel environnant.

 

Des modèles constamment inégalitaires

En revanche, « la « théorie » du genre, ça n’existe pas ! », prévient Isabelle Collet, Maître d’enseignement et de recherche « Genre et Éducation » à  l’Université de Genève. Elle explique que l’expression est utilisée par ceux qui rejettent l’apport des études de genre, par crainte qu’il encourage les changements de sexe. Pour celle qui forme les enseignants à  la notion de genre, la réalité est tout autre : alors que certains considèrent que les hommes et les femmes disposent de particularités naturellement complémentaires, les études de genre suggèrent que les compétences plus ou moins développées par chaque sexe sont influencées par leur environnement socio-culturel. Or, si l’on observe que les modèles masculin et féminin varient selon les époques et les lieux, ils s’avèrent constamment inégalitaires: « la complémentarité n’est pas l’égalité », insiste la chercheuse.

 

Pour Isabelle Collet, sortir des caricatures et des traditions n’est pas un but idéologique mais permet à  chacun, quel que soit son sexe, d’exprimer pleinement son potentiel et de prendre des décisions librement. De fait, les enjeux scolaires sont concrets : en matière d’orientation professionnelle, Franceline Dupenloup relève, d’une part, que « la proportion de filles dans les filières scientifiques et techniques est bien plus faible que celle des garçons, dérisoire même par rapport aux autres pays européens. » Quant aux garçons, ils se destinent peu au secteur des soins et à  l’éducation de la petite enfance. Elle souligne, d’autre part, que la prédéfinition de modèles selon le sexe expose les élèves qui n’y correspondent pas exactement à  la violence de leurs camarades, à  laquelle s’ajoute « un risque élevé de suicide lié à  un sentiment de rejet et d’incompréhension ».

 

L’évolution des mentalités semble souhaitable. Pourtant, la question soulève encore quelques craintes, comme en témoigne actuellement la décision de certains parents français de retirer leurs enfants de l’école le jour de l’appel au boycott. D’après Isabelle Collet, certains imaginent que cette approche conduirait à  l’indifférenciation des sexes ou à  la fin du modèle hétérosexuel. Ils trahissent aussi parfois une « homophobie latente ». Franceline Dupenloup préfère ne brusquer personne : le Département de l’instruction publique travaille « main dans la main avec les associations de parents ».

Ähnliche Artikel