03.02.2014

Grossesses adolescentes : «Le risque zéro n’existera jamais»

Texte de Chrystelle Conus | Photos de DR
Responsable du Planning familial à  Genève pendant 12 ans, Dorette Fert a accompagné les femmes de la puberté à  la ménopause. Alors que la Suisse s'apprête à  voter sur le financement de l'avortement, elle revient sur son expérience auprès des adolescentes de moins de 16 ans confrontées à  une grossesse non désirée.
En matière de Planning familial, l'information n'implique pas seulement de donner des conseils techniques, mais aussi d'aborder les questions relatives à  la sexualité, aux rapports humains, aux aspects psychologiques et sociaux de la vie en commun.
Photo: DR

Comment expliquez-vous les cas de grossesses non désirées chez les adolescentes de moins de 16 ans?

Il s’agit souvent de ce qu’on nomme « un acte manqué », comme l’arbre qui cache la forêt. Il y a donc parfois non pas une mais un ensemble de difficultés : quête d’amour, désir d’émancipation, rêve d’enfant idéalisé pour remplir un vide intérieur ou encore difficulté à  refuser un rapport sexuel. La grossesse survient alors dans un contexte de difficultés familiales ou sociales et révèle un moment de crise ou de fragilité. La grossesse non désirée s’explique aussi parfois par un rapport non protégé suite à  la consommation d’alcool, par l’oubli de la pilule ou la difficulté à  imposer le préservatif. Or, à  l’adolescence, la fertilité des filles est maximale.

 

Parmi les adolescentes enceintes qui s’adressent au Planning Familial pour avorter, certaines se sentent-elles contraintes d’avorter à  l’insu de leurs parents ?

Contraintes, non. Les conseillers/ères du Planning familial sont justement là  pour les aider à  faire le choix le plus « juste » possible pour elles au moment où il se présente. Dans la mesure du possible, on essaie d’associer les parents à  l’accompagnement, car l’expérience montre qu’ils apportent un soulagement : cela passe d’abord par une confrontation mais peut ensuite dénouer le « conflit » qui existait éventuellement et rétablir la relation parent-enfant. Il y a cependant aussi certaines situations, relativement rares, où les parents ne peuvent pas être informés car l’adolescente veut se protéger de la violence, notamment dans certaines cultures intransigeantes.

 

Dans les rares cas où elles choisissent de mener leur grossesse à  terme, à  quel type de difficultés sont confrontées les adolescentes de moins de 16 ans ?

Il faut apprendre à  assumer le rôle de mère, « renoncer » à  poursuivre la vie d’ado et perdre ses amis pour vivre une vie d’adulte avec des responsabilités importantes. On constate donc régulièrement que les jeunes filles interrompent leurs études et rencontrent des difficultés financières. La majorité doit aussi gérer l’absence du père de l’enfant.

 

Selon l’Office fédéral de la statistique, la proportion d’adolescentes de moins de 16 ans ayant avorté entre 2007 et 2012 est resté stable, à  1% du nombre d’avortements total. Ce chiffre peut-il encore évoluer ?

C’est vraiment un chiffre très bas et le risque zéro n’existera jamais dans les relations intimes. Cette déclaration du Conseil de l’Europe de 1978 décrit bien la complexité de la réalité: « En matière de Planning familial, l’information n’implique pas seulement de donner des conseils techniques, mais aussi d’aborder les questions relatives à  la sexualité, aux rapports humains, aux aspects psychologiques et sociaux de la vie en commun. »

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