Culture | 18.02.2014

Des partitions bien gardées (copie 1)

Texte de Xavier Willemin | Photos de DR
Il est extrêmement difficile de se procurer des partitions originales de musiques de films, faute d'obtenir les droits auprès des studios de cinéma. Les partitions qui circulent sur internet sont toujours des transcriptions ou des arrangements.
La plupart des musiques de films qui circulent sont des transcriptions effectuées par de très bons musiciens.
Photo: DR

Si vous êtes musicien, débutant ou confirmé, vous avez certainement déjà  tenté de vous procurer une partition sur Internet. Les reprises de musiques de films sont notamment très populaires. La preuve : fin janvier, les représentations Disney in concert (projection de film avec orchestre en live) à  Montreux ont totalisé 2918 entrées, sur deux projections et 3150 places disponibles. Pourtant, qu’elles soient jouées par des particuliers sur leur instrument préféré ou par de plus grands orchestres (fanfares, harmonies ou orchestres symphoniques), le rendu, même s’il y ressemble, n’est que très rarement identique à  celui de la véritable bande-son du film. Abstraction faite de la qualité artistique de l’exécution, c’est principalement la disponibilité des partitions originales qui pose problème.

 

Un secret bien gardé

Comme tout ce qui touche au monde cinématographique, les partitions des bandes originales sont jalousement protégées par des droits d’auteur. Contre toute attente, ces droits d’auteur ne bénéficient même pas aux compositeurs, mais aux studios pour lesquels ils écrivent. Ce qui complique d’autant plus l’obtention de tels documents. Les revendeurs de partitions habituels n’étant pas en mesure de négocier un contrat avec ces entités, ils se retrouvent dans l’incapacité de proposer ce matériel d’orchestre tant convoité. Quant aux particuliers, ils ne font pas le poids face à  l’industrie du film.

 

Transcription d’oreille

Il ne reste alors plus que la transcription d’oreille et l’arrangement pour jouer ces musiques de films. La première technique consiste à  écrire une partition à  l’écoute, à  partir du CD de la bande originale. Pour obtenir un bon résultat, une excellente connaissance de la musique est bien entendu nécessaire. Mais même les plus grands spécialistes sont incapables de reproduire toutes les subtilités de l’enregistrement initial.

 

L’arrangement, quant à  lui, est l’art de transformer une pièce originale afin qu’elle puisse être exécutée par une formation orchestrale différente de celle pour laquelle elle a été composée. Par exemple, il est possible d’interpréter la musique du film Titanic au piano en jouant les thèmes (violons, instruments à  vent, etc) à  la main droite et l’accompagnement (violoncelle, contrebasse, etc…) à  la main gauche. Inutile de préciser que le rendu en est grandement altéré.

 

Le respect du travail des compositeurs

Grâce à  de bons contacts et des moyens financiers et logistiques, certains orchestres arrivent toutefois à  se procurer du matériel original. C’est notamment le cas de l’Orchestre symphonique Bande-Son, unique formation amateure qui joue des musiques de films en Suisse romande. Pour Thierry Besançon, son directeur artistique, il en va du respect du travail des compositeurs : « En tant que compositeur de musiques de films, je comprends ce que représentent ces partitions originales. Il est impensable pour moi de faire jouer mon orchestre sur des notes ne venant pas du crayon de son créateur. »

 

Ouverture progressive

Mais l’avenir n’est pas totalement sombre pour les amateurs de musiques de films qui ont soif d’authenticité. De plus en plus d’orchestres veulent faire découvrir les bandes originales à  un public novice en Suisse romande. Bande-Son se produit depuis plus de 20 ans et l’Orchestre du 21ème siècle a interprété la musique des deux opus premiers de Pirates des Caraïbes en concert, avec projection du film. Quant à  l’Orchestre de la Suisse romande, il se prépare à  intégrer un programme de musiques de films à  ses futures sessions d’orchestre.

 

 


 


 

Des instruments totalement inconnus

En plus de la difficulté de se les procurer, les musiciens n’ont pas l’habitude de jouer sur des partitions originales, souvent encore manuscrites. A ce sujet, Thierry Besançon confie une anecdote : « Lors de la première répétition de la session annuelle, c’était un peu le chaos sur certains morceaux. En plus de bien se répartir les voix, spécialement dans les vents, plusieurs instruments nous étaient totalement inconnus dans les percussions. Il se pourrait même qu’ils aient été créés par le compositeur lui-même. »