Politique | 09.02.2014

Acceptation de l’initiative contre l’immigration de masse : quelles conséquences sur les séjours Erasmus ?

L'initiative UDC "contre l'immigration de masse" a été acceptée par le peuple suisse à  la majorité des cantons et de la population (50,3%). Quelles conséquences pourront avoir les renégociations qui suivront cette votation sur les séjours universitaires Erasmus ? Entretien avec Pierre Willa, directeur du service des relations internationales à  l'Université de Genève.
"Nous n'avons pas assez de doctorants et de chercheurs suisses : 40 à  50% de notre personnel académique vient de l'étranger."
Photo: DR Pierre Willa est le directeur du service des relations internationales à  l'Université de Genève.

Tink.ch : Comment les séjours Erasmus sont-ils actuellement réglementés ?

Pierre Willa: Nous possédons des accords universitaires par branches entre chaque institution suisse et ses partenaires à  l’étranger. L’administration fixe le nombre d’étudiants intéressants à  échanger.

 

Sur quels critères ?

Nous nous arrangeons pour que les échanges soient équilibrés sur les années et qu’ils correspondent à  nos intérêts. De nombreuses branches souhaitent envoyer des étudiants à  l’étranger mais nous ne pouvons pas tout accepter. Nous nous basons sur nos besoins et ceux des programmes pour définir combien nous envoyons d’étudiants.

 

Quels sont ces besoins ?

Par exemple, pour les bachelors en relations internationales, le voyage fait presque partie intégrante des études. Mais pratiquement tous les programmes désirent offrir la possibilité d’aller à  l’étranger, soit parce que l’université de destination est très reconnue dans le domaine, soit simplement pour garantir une expérience à  l’étranger. Acquérir des compétences de compréhension interculturelles et linguistiques fait de plus en plus partie du cursus normal d’études.

 

Combien d’étudiants sont annuellement en échange ?

Pour Erasmus seulement, c’est entre 400 et 500.

 

A votre avis, quelles seront les conséquences pour les échanges Erasmus de l’acceptation de l’initiative  » contre l’immigration de masse  » ?

Je ne sais pas quel impact cela aura sur les échanges académiques, car on ne connaît pas la manière dont la loi sera appliquée. Mais puisque le contrat Erasmus fait partie intégrante des accords bilatéraux, il se peut que tout soit mis en pause. Et si le programme Erasmus est remis en cause par l’UE, ou bloqué, il faudra renégocier un accord bilatéral individuel avec chaque université avec laquelle nous souhaitons effectuer des échanges. Aucun autre accord semblable à  Erasmus n’existe actuellement. L’initiative acceptée, la libre circulation n’est plus respectée donc Erasmus sera de toute façon impactée. Mais jusqu’à  quand et comment, cela reste à  être défini.

 

En quoi la Suisse bénéficie t-elle des échanges universitaires?

Les échanges sont la base d’une place académique forte qui non seulement attire les meilleures personnes mais donne aussi accès aux meilleures institutions à  l’étranger.  La Suisse ne possède pas une population jeune très croissante : si nos institutions veulent conserver un excellent niveau, il faut qu’elles puissent attirer les spécialistes venus de l’extérieur.

 

Quelles pourraient être les risques pour le milieu universitaire?

La mise en place d’une telle loi risque de rendre les gens plus suspicieux à  notre égard et de rendre la collaboration plus difficile. Mais nous pourrons l’estimer seulement au moment de la mise en pratique.

A moyen terme, la place académique suisse pourrait aussi être remise en cause. Nous n’avons pas assez de doctorants et de chercheurs suisses : 40 à  50% de notre personnel académique vient de l’étranger. Ce n’est pas aux dépens des Suisses que les places sont occupées mais parce que les meilleurs viennent d’ailleurs et ont un impact très positif.

 

 


 

« L’initiative ne concerne pas les échanges »

Interrogé sur les conséquences sur les séjours Erasmus de l’acceptation de l’initiative UDC, Oskar Freysinger, conseiller national et conseiller d’Etat (UDC/VS) a simplement répondu : « L’initiative ne concerne pas les échanges. »